Nacional – Peñarol : histoire du clásico uruguayen

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¡Soy el decano! No, ¡el decano soy yo! On peut entendre cette phrase depuis plus de 100 ans dans les rues de Montevideo lorsqu’un tricolor croise un aurinegro. Découvrez le pourquoi de cette rivalité entre Nacional et Peñarol.

Nacional -- Peñarol : une guerre de paternité

Fondé le 14 mai 1899, le Nacional s’autoproclame le pionnier du football uruguayen, le plus ancien, le decano. Les origines de Peñarol sont plus troubles, car il a pour racines le CURCC (Central Uruguay Railway Cricket Club), fondé le 28 septembre 1891, qui a existé sous ce nom jusqu’au 1913 lorsqu’il est devenu le CURCC Peñarol, et enfin le 12 mars 1914, le Club Atlético Peñarol. Pour cette raison, Peñarol lui aussi s’autoproclame « padre y decano » du football uruguayen, étant plus vieux de 8 ans que le Nacional.

Mais le Nacional et de nombreux historiens disent que le Peñarol de 1914 était distinct du CURCC de 1891… Bref la « guerre de la paternité » continue aujourd’hui encore.

Quelques chiffres autour du clásico

Quand tout a commencé : lors d’un match amical entre le Nacional et le CURCC 0-2, le 15 juillet 1900. Et, plus assidûment, lors du match nul 2-2 entre Nacional et le récemment nommé CURCC Peñarol, le 14 décembre 1913.

Meilleur buteur : Atilio García (Nacional) : 35 buts

Qui a le plus gagné (en match officiel) : Peñarol – 165 victoires (até outubro / 2018). Le Nacional a gagné 158 fois. Il y a eu 156 matchs nuls.

Plus larges victoires : Nacional 6-0 Peñarol, 14 décembre 1941

  • Peñarol 5-0 Nacional, 25 octobre 1953
  • Peñarol 5-0 Nacional, 27 abril 2014

La naissance du Clásico del fútbol uruguayo

Nacional et Peñarol se partagent quasiment à eux seuls la passion footballistique exceptionnelle d’un petit pays. Depuis la fin du XIXe siècle, les deux clubs se disputent la définition du plus ancien club de football en Uruguay, et bien sûr, de nombreux titres nationaux et internationaux.

Les deux clubs ont ainsi bâti une rivalité entre criollos (fils d’Européens et d’Africains ou d’un mariage inter-racial avec l’un des parents Espagnol), capitalinos (de Montevido) et étudiants universitaires du côté de Nacional, contre les Britanniques, ceux de la tierra adentro (de la Villa Peñarol) et les cheminots, qui représentent Peñarol.

Nacional et Peñarol peuvent être fiers d’une chose : ils nourrissent la plus vielle rivalité du monde, si on exclut les clubs anglais, bien entendu.

Nacional -- Peñarol : l’origine de la rivalité

Du CURCC au Club Atlético Peñarol

La principale dispute a commencé à cause de l’origine de Peñarol. Le club aurinegro compte dans ses origines le CURCC, fondé en 1891 dans la Villa Peñarol à Montevideo. L’équipe de cheminots a décidé d’opter pour le jaune et le noir sur son maillot, en référence à la locomotive Rocket, créée par George Stephenson en 1829.

Cette année-là, lors d’une exposition réalisée à Londres en hommage à la reine Victoria, une compétition entre locomotives a eu lieu pour découvrir laquelle allait être choisie pour réaliser le trajet Manchester-Liverpool. La locomotive qui allait effectuer le trajet le plus rapidement serait déclarée gagnante. Trois véhicules étaient en courses : Rocket, Sans Pareil et Novelty. Sur le trajet, la Sans Pareil et la Novelty ont eu des problèmes mécaniques et ne sont pas arrivées à destination. En revanche, la Rocket, toute-puissante en jaune et noire a réussi à atteindre son objectif et a été déclarée vainqueur, en plus de mettre en place des innovations marquantes pour les locomotives à vapeur de l’époque.

Le CURCC en 1900, premier champion national.
Le CURCC en 1900, premier champion national.

Comme le nom était trop long et difficile à prononcer, le club a commencé à être connu sous le nom CURCC voire même Peñarol, du fait du quartier où le club a été créé. Le club a été champion à cinq reprises entre 1900 et 1911 et est rapidement devenue l’une des plus grandes équipes du pays.

Nacional , un club nationaliste

Le Nacional est né en 1899, à Montevideo. C’est le premier club à compter des enfants d’africains, d’européens et d’espagnols en Amérique Latine, en opposition avec les origines européennes de la plupart des clubs du continent. Comme son propre nom l’indique, le club était en faveur du nationalisme, créant ainsi une animosité avec les Européens du CURCC, ce qui a suscité le soutien et les encouragements des étudiants universitaires de la ville de Montevideo.

Nacional en 1905, année lors de laquelle l'équipe a remporté la Copa de Honor Cusenier
Nacional en 1905, année lors de laquelle l’équipe a remporté la Copa de Honor Cusenier

1900 : le premier clásico

En 1900, le Nacional a disputé sa première rencontre contre le CURCC et s’est incliné 2-0. Un an plus tard, les tricolores ont obtenu l’usufruit du Estádio Parque Central, inauguré un an plus tôt, ce qui a fait leur fierté de bénéficier d’un grand stade, contrairement aux aurinegros, qui jouaient dans le vieux stade de Villa Peñarol.

En 1913, le CURCC a envisagé de fermer sa section football et de se consacrer aux pratiques récréatives. Cette décision a suscité de vives discussions et le changement de nom de la section foot, qui s’est alors nommée CURCC Peñarol, et le départ de Villa Peñarol. En 1914, le club a une nouvelle fois changé son nom, son écusson, son siège social, son conseil administratif et est devenu le Club Atlético Peñarol.

La remise en cause du decanato

Au début, tout le monde voyait clairement que le club était dans la continuité du CURCC, mais au fil des années et de la rivalité grandissante, les dirigeants du Nacional ont commencé à remettre en question cette origine, car Peñarol était un nouveau club avec un nouveau nom, une nouvelle entité juridique, ce qui remettait donc en cause le decanato.

Ils disaient que le CURCC ne prétendait pas poursuivre en tant que club de football et que ce furent les employé de l’entreprise ferroviaire qui ont créé le Peñarol en 1914. Bref, aujourd’hui encore, ce sujet génère des discussions houleuses et passionnées.

Des clásicos disputés

Sur le terrain, les clásicos ont toujours été disputés et avec des bonnes et des mauvaises périodes des deux côtés. À l’époque du CURCC, le duel était très équilibré avec 23 victoires pour les aurinegros, 20 pour le Nacional et 12 matchs nuls, on a même assisté à un frénétique 7-3 en faveur du CURCC, en novembre 1911, en Copa Honor, match avec le plus grand nombre de buts de l’histoire du clásico.

Dans les années 20 et 30, lors des années dorées de la Sélection Uruguayenne, les deux équipes ont été les grands fournisseurs de la Celeste lors des titres olympiques de 1924 et 1928 et de la Coupe du Monde 1930, avec neuf joueurs du Nacional et cinq de Peñarol.

Atilio Garcia, le meilleur buteur de l’histoire du clásico uruguayen

Dans les années 30, Peñarol a remporté quatre titres consécutifs, mais a vu son rival faire mieux avec cinq trophées entre 1939 et 1943, période lors de laquelle le but Atilio García est devenu la plus grande terreur de l’histoire du clásico en inscrivant des buts à profusion, dont quatre buts (le record) lors de la victoire 5-1 du Nacional contre son rival le 8 décembre 1940.

En 1941, le tricolor a infligé sa plus lourde défaite de l’histoire du clásico à Peñarol : 6-0, dernier match d’une série de huit victoires consécutives du Nacional, autre record de l’histoire du clásico du football uruguayen. Ce chiffre monte même à dix matchs consécutifs si on ne compte que les matchs du Championnat Uruguayen.

C’est aussi à partir de cette période que le stade Centenário est devenu la grande scène de la confrontation, avec des matchs à guichets fermés, des chants, des fumigènes et des grands matchs.

Mais lors de la fin de la décennie, Peñarol a bati une équipe fantastique qui a servi de base à la Celeste championne du monde en 1950, connue sous le surnom de “escuadrilla de la muerte”, avec des noms comme Obdulio Varela, Schiaffino, Míguez, Hohberg, Ghiggia et Vidal.

Le clásico de la fuite

Ce Peñarol, champion invaincu en 1949, a fait fuir son rival lors du dénommé « clásico de la fuite ». Le 9 octobre 1949, Peñarol gagnait 2-0 à la mi-temps et deux joueurs du Nacional avaient été exclus (Tejera et Walter Gómez). De peur de prendre plus de buts du fait de son infériorité numérique, les tricolores ne sont pas revenus sur la pelouse pour disputer la deuxième période, ce qui a provoqué des moqueries de la part du rival, et fait les gros titres des journaux du pays en raison du manque de courage et d’esprit sportif de l’équipe.

Deux équipes top mondiales

Dans les années 60, Peñarol a laissé son rival loin derrière en remportant la Libertadores en 1960 et 1961, le Mondial des clubs en 1961 puis une nouvelle Libertadores et un autre Mondial en 1966, avec des victoires historiques face au Nacional durant la compétition. À cela, on peut ajouter les cinq titres consécutifs entre 1958 et 1962 et une série de 17 clásicos sans défaite en championnat (10 victoires et 7 nuls entre 1960 et 1968).

L'équipe de Peñarol, vainqueur de la Copa Libertadores 1960
L’équipe de Peñarol, vainqueur de la Copa Libertadores 1960

Ce n’est qu’en 1971 que le tricolor a remporté ses premières compétitions internationales, en gagnant la Libertadores et le Mondial de cette même année, qui a également marqué le début de la plus grande série d’invincibilité du Nacional face à son rival : 16 matchs, avec 7 victoires et 9 matchs nuls entre 1971 et 1974.

Néanmoins, l’équipe tricolor a tout de même souffert face au talent de Fernando Morena, attaquant talentueux qui est devenu le meilleur buteur de Peñarol de l’histoire du clásico avec 27 buts en 49 rencontres disputées entre 1973 et 1979 puis entre 1981 et 1983.

Dans les années 80, des équipes légendaires ont renforcé le mysticisme du duel. En 1980, le Nacional a remporté sa deuxième Libertadores et son deuxième mondial.

En 1982, c’est Peñarol qui a remporté les deux compétitions. Entre 1984 et 1985, le club aurinegro a enchaîné une série de 14 matchs sans perdre face au rival avec 7 victoires et 7 matchs nuls.

En 1987, le club a remporté une nouvelle Copa Libertadores, mais à ensuite perdu le mondial (contre le FC Porto).

En 1988, c’est le Nacional qui a remporté une nouvelle Libertadores et un Mondial de plus, égalant alors Peñarol en nombre de titres intercontinentaux remportés.

L’équipe de Nacional, championne de la Copa Libertadores 1988

En 1991, Peñarol a célébré son centenaire, et bien sûr, le Nacional en a profité pour provoquer son rival en envoyant à la presse un document intitulé “El Decanato”, dans lequel était écrit notamment que le CURCC ne souhaitait pas poursuivre avec son département de football et que Peñarol était un nouveau club. Oui, 100 ans plus tard, cette discussion revenait sur le tapis…

Curieusement, c’est à partir de ces années 90 que les deux équipes sont entrées en sommeil en terme de titres internationaux et qu’elles ont commencé à lutter exclusivement pour les titres nationaux.

Le côté sombre du clásico uruguayen

Les affrontements entre hinchas aurinegros et tricolores sont devenus routiniers, provoquant même la mort de Walter de Posadas, âgé de 16 ans à peine, égorgé par un supporter de Peñarol, le 12 juin 1994, avant un clásico au Centenário.

Le 12 janvier 2006, un supporter de Nacional, âgé de 25 ans, a souffert d’un violent coup porté à la tête lors d’un clásico disputé à Maldonado et est mort huit jours plus tard.

Sans compter les dizaines de bagarres avant et après les matchs, que ce soit au Parque Central ou au Centenário.

En novembre 2016, pour la première fois, un clásico a été suspendu à cause du comportement des supporters de Peñarol dans la Tribuna Amsterdam. Ils se bagarraient avec des fonctionnaires de la billetterie, avec la police, ont volé la buvette du stade et plus de 300 policiers anti-émeutes ont dû aller au stade pour contenir les débordements des barrabravas. En tout, 171 personnes ont été arrêtées.

La banderole la plus grande au monde

Pour revenir aux choses positives, une récente curiosité est que Peñarol a présenté en 2011 la « plus grande banderole du monde », d’une longueur de 309 mètres, déployée au stade Centenário lors d’un match de Copa Libertadores de cette année-là. Le Nacional ne pouvait pas laisser passer ça, et en 2013, les supporters ont déployé une banderole de 600 mètres de long, qui couvrait presque toutes les tribunes du Centenário. La rivalité…

Depuis, les équipes essayent de revenir à leur époque de gloire internationale, continuent à lutter l’un contre l’autre pour le Championnat d’Uruguay et disputent désormais chaque rencontre dans leur propre stade, depuis que Peñarol a inauguré le stade Campeón del Siglo, en 2016, d’une capacité de plus de 40 000 spectateurs.

Même loin du sommet de l’Amérique, le clásico entre Nacional et Peñarol fait partie des plus important du monde. Et on ne sait toujours pas qui est le decano du football uruguayen.

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