Le jour où un Boca-River n’a intéressé personne

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Le jour où un Boca-River n'a intéressé personne

Au petit matin du lundi 6 mai 1985, les habitants de Buenos Aires se réveillaient en lisant des titres de journaux qui parlaient de sujets divers et variés. La crise et la situation sociale compliquée, les bandes criminelles, la défaite de l’équipe nationale argentine contre le Brésil lors d’un match amical juste avant la Coupe du monde au Mexique et la défense du titre mondial WBA des poids mouches de Falucho Laciar à Paris contre Antoine Montero. Mais le journal Popular en avait choisi un qui semble aujourd’hui invraisemblable : “Incroyable : un match de Boca River est annulé par manque d’intérêt“. En effet, cela s’est passé à Jujuy il y a 37 ans de cela.

Le public quitte le stade sans avoir assisté au match entre Boca et River

L’histoire du Superclásico annulé en raison d’un manque de spectacteurs

La trêve internationale et la période de vaches maigres des deux géants du football argentin les ont amenés à accepter de jouer un tournoi quadrangulaire dans le nord du pays, malgré certaines conditions qui avaient suscité des doutes au préalable. Le Millonario, entraîné par Héctor Veira, a voyagé sans Oscar Ruggeri, Ricardo Gareca et Nery Pumpido, convoqués pour jouer avec l’Albiceleste, mais avec des joueurs de renom comme Enzo Francescoli, Américo Rubén Gallego et Norberto Alonso. Du côté du Xeneize, dont l’entraîneur était Alfredo Di Stéfano, on retrouvait Hugo Orlando Gatti, Julio Olarticoechea – vainqueur de la Coupe du monde l’année suivante – et Carlos Tapia. Les deux autres équipes étaient Juventud Antoniana (Salta) et Gimnasia de Jujuy.

Boca a embarqué dans l’avion avec la promesse de revenir avec 12 millions de pesos, une somme conséquente au vu de la situation économique. Le club n’était pas au top non plus sur le plan sportif : ils avaient perdu scandaleusement 6-0 contre Guaraní Antonio Franco lors d’un match d’exhibition et avaient même été éliminés de la phase des perdants du Nacional. River, en revanche, se portait mieux et se préparait pour le Metropolitano, que le club allait finir par remporter. Habituellement, les dirigeants demandaient une avance de 50 % des frais de participation, mais cette fois-ci ils ont fait confiance à la bonne volonté de l’organisation de Jujuy. Grossière erreur.

Le tournoi quadrangulaire dans le nord du pays

Le “Cuadrangular de las Estrellas” a débuté le samedi 4 avec la rencontre entre Juventud Antoniana et Boca, disputée au stade Fray Honorato Pistoia de Salta, et le match entre River et Gimnasia de Jujuy au stade 23 de Agosto, la Tacita de Plata. L’équipe azul y oro a fait match nul 2-2 face au Santo (Tapia et Sergio Giachello ont marqué pour Boca) et l’équipe de Núñez a gagné 3-0 grâce à un doublé de Francescoli et un but de Roque Alfaro.

Le dimanche, on a assisté à une confrontation entre les deux clubs du nord du pays, mais….. Et le Superclásico ? A 12h15, il y avait à peine deux mille spectateurs présents au stade. À 12h30, il a été annoncé dans les haut-parleurs que le match était annulé et que l’argent des billets serait remboursé. Au final, que s’est-il passé ?

La réponse est simple : ils n’ont pas fait les chiffres. Les recettes n’ont même pas suffi à couvrir un tiers des dépenses et l’entreprise “Sandoval Producciones” n’a pas pu joindre les deux bouts. Au-delà de cela, l’erreur fondamentale avait été dans le choix de la date : le match amical devait avoir lieu le week-end suivant, lorsque la majeure partie des employés de la province auraient déjà leur salaire en poche, mais le Cercle des Journalistes locaux avait réservé le stade du Lobo pour son bingo annuel et le détail du changement de date – qui au final aura eu son importance – est passé inaperçu.

L’article dans le quotidien Popular qui a titré “¿River y Boca no le interesan a nadie?”

J’ai réussi à faire partir les deux bus avec les joueurs pour le stade. Ils sont arrivés jusqu’au virage juste avant le stade, prêts à jouer”, a déclaré Gustavo Sandoval, alors défini comme “l’homme d’affaires suicidaire” par Crónica, lui qui faisait partie de l’armée dans le 5e groupe d’artillerie de San Salvador de Jujuy. A Página 12 en 2018, il a également précisé : “Avec le temps, j’ai tout remboursé et je ne leur devais pas un centime”. Mais ce jour-là, la dette concernait les quatre clubs, les arbitres et même la logistique.

Les deux équipes réunies pour regarder Brésil-Argentine

La fin de l’histoire n’est pas moins surréaliste. Après avoir déjeuné séparément par manque de place, les deux équipes se sont retrouvées dans le même hôtel et ont partagé une collation en regardant le match Brésil-Argentine à la télévision. Il y a alors eu des provocations des deux côtés : “Ils ressemblent à Boca“, a dit Alonso dans une critique acerbe des équipes de Bilardo et Di Stéfano, ce à quoi Tapia a répondu : “Allez, vous êtes encore pires“. Au final, Beto a déclaré qu’il ne doutait pas que l’Argentine se qualifierait pour la Coupe du monde, qu’elle allait d’ailleurs ensuite remporter grâce notamment à un certain Diego Maradona.

Lire aussi : Argentine – Brésil : une rivalité de plus de 100 ans !

Les joueurs de Boca et River ensembles à l’hôtel

Cette année 1985, Boca et River faisaient tout pour échapper à la crise et au manque d’intérêt. Plus de trois décennies plus tard, ce sont les deux grandes équipes du pays qui paralysent le pays avant chaque Superclásico. Comme quoi la roue tourne…

Photos : Crónica – Popular – El Gráfico – El Tribuno.

Source article : TyC Sports

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