Brésil : Le jour où un joueur de Botafogo a simulé un enlèvement

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Le jour où un joueur de Botafogo a simulé un enlèvement

Le milieu de terrain Somália a été victime d’un enlèvement alors qu’il se rendait de la Barra da Tijuca vers l’Engenhão mercredi matin. Le joueur a déposé une plainte à la 16ème DP et ne s’est pas entraîné. L’information a été révélée par le vice-président du football alvinegro, André Silva. Le club a envoyé un avocat pour aider le joueur au poste de police. Somália a été séquestré pendant environ deux heures par un bandit qui a agit seul.

Voilà ce qu’on pouvait lire dans la presse brésilienne le 5 janvier 2011 après que le joueur ait manqué la reprise des entraînements, alors qu’il évoluait sous les couleurs de Botafogo. Toutefois, il s’est avéré que cette déclaration de crime était fausse et que le joueur tentait simplement de justifier son absence lors du premier entraînement de cette année-là.

Vous aviez déjà entendu parler de cette histoire ? Pourquoi Somália a-t-il menti ? Comment la police a-t-elle eu des soupçons ? On revient sur cette affaire.

L’histoire de l’enlèvement de Somália

Somália, qui vit aujourd’hui à São Paulo avec sa femme et ses enfants a parlé de cette affaire avec Joel Santana, sur la chaîne YouTuve de l’entraîneur. A celui qui était alors son entraîneur à Botafogo, il a expliqué :

C’était un énorme enfantillage d’écouter les autres. Cela m’a causé beaucoup de problèmes. A l’époque, je buvais, j’étais alcoolisé ce jour-là et c’était le jour de la reprise des entraînements. Je ne voulais pas décevoir les personnes qui avaient misé sur moi à l’époque. J’avais un contrat d’un an, je venais de le renouveler après avoir disputé le championnat brésilien. Je jouais bien, je me démarquais un peu et il y avait toute cette pression : Mec, je ne pouvais pas laisser tomber papa (Joel), Anderson Barros et les gens qui me faisaient confiance. C’était un acte irréfléchi.

Somália a simulé un enlèvement selon la police de Rio

Rapidement, la police s’est rendu compte que le joueur de Botafogo, qui avait déposé une plainte pour enlèvement, avait inventé toute cette histoire. La déléguée Juliana Domingues, du 16e DP (Barra da Tijuca, dans la zone Ouest), a alors déclaré que les images du circuit interne de l’immeuble du joueur prouvaient qu’il était chez lui au moment où le crime était censé avoir eu lieu.

Le joueur, qui avait déclaré avoir été kidnappé, est filmé par le circuit de sécurité interne de l'immeuble où il vit (Photo : Polícia Civil)
Le joueur, qui avait déclaré avoir été kidnappé, est filmé par le circuit de sécurité interne de l’immeuble où il vit (Photo : Polícia Civil)

En effet, dans une interview accordée à RJTV, la déléguée Juliana Domingues a déclaré que le mensonge a été confirmé par les images du circuit vidéo de l’immeuble où vit le joueur, qui est arrivé chez lui vers 4 heures du matin mercredi. Il apparaît en train de monter dans l’ascenseur à 8h46, avec la sacoche et la montre qu’il avait déclaré volé au commissariat. Peu après 9 heures, Somalia apparaît à nouveau sur les images dans l’ascenseur, en train de descendre, cette fois sans la sacoche ni la montre.

« Nous avons analysé des images du bâtiment et du parcours du joueur. Nous avons découvert qu’il est arrivé à l’aube et qu’il est parti au poste de police à 9h07. Dans sa déclaration, il a dit avoir été approché vers 7 heures du matin. Nous avons également des images du joueur en train de retirer de l’argent dans son portefeuille et quittant la maison sans la sacoche qui, selon lui, avait été volée. Nous avons eu des doutes, car la victime s’est contredite dans sa déclaration. Pour cette raison, nous avons cherché la vérité.« 

Le lendemain, le joueur s’est entraîné normalement et a commenté l’enlèvement avec bonne humeur. Il a parlé de traumatisme et a dit : « J’étais très nerveux et je pensais à ma fille. »

Des contradictions dans la déposition

Le mercredi 5 janvier, le joueur s’est présenté au poste de police en affirmant qu’il avait été enlevé à 7h15 et relâché à 9h40 par un homme armé. C’est pour cette raison qu’il aurait manqué l’entraînement. Selon Somália, le suspect lui avait volé de l’argent et des bijoux. Mais la police a commencé à avoir des doutes lorsque le joueur s’est contredit à plusieurs reprises lors de sa déclaration, comme lorsqu’il évoquait l’arme utilisée lors du crime présumé.

La police a contacté l’avocat de Botafogo pour savoir si le fait d’arriver en retard à l’entraînement pouvait causer un quelconque désagrément à Somália. Selon la police, l’avocat a déclaré que les retards pouvaient entraîner une réduction de salaire allant jusqu’à 40%. Cela aurait été la raison du mensonge.

Joker en 2010

Somália a été annoncé par Botafogo en décembre 2009 comme la première recrue pour la nouvelle saison. Le milieu de terrain, âgé de 25 ans, s’était distingué en série B du championnat brésilien avec l’América-RN et arrivait au club alvinegro sous forme de prêt jusqu’à la fin de 2010.

En 2010, Somália était un joueur qui se distinguait. Il n’avait pas été recruté pour être titulaire, mais Joel Santana lui a beaucoup donné sa chance pendant le Championnat Carioca. Milieu défensif d’origine, il lui est arrivé de jouer défenseur droit à plusieurs reprises, mais Joel a surpris tout le monde dans la dernière ligne droite du championnat régional en le faisant jouer au poste d’arrière gauche. Il a ainsi bloqué les latéraux adverses contre Fluminense, qui avait Mariano, et contre Flamengo, qui avait Léo Moura. Botafogo a fini champion carioca. Pendant le Brasileirão, Joel a souvent fait ça, Somália était en quelque sorte son joker et a même joué numéro 10.

En tout, Somália a joué 66 matchs pour l’Alvinegro et a marqué trois buts, tous en 2010. Il était également présent lors de la campagne du championnat carioca de cette année-là, au cours de laquelle Botafogo a remporté le championnat régional grâce à une panenka de Loco Abreu.

Une « autre personne » en 2011

Le journaliste Gustavo Rotstein, reporter de Botafogo pour GloboEsporte.com en 2011 a suivi l’épisode de l’enlèvement de près : « Je me souviens que le premier jour de la reprise en 2011, au Nilton Santos, nous avons vu que Somália n’était pas sur le terrain et nous avons demandé au staff, car il y a toujours un joueur qui demande quelques jours de plus, qui a des problèmes à résoudre…. Mais personne ne pouvait nous répondre à ce moment-là, pas même Anderson Barros, qui était le directeur du football, un gars très organisé, un disciplinaire, qui résolvait tous les problèmes de Botafogo. »

« Nous avons quitté l’entraînement sans en savoir plus et, plus tard, Botafogo a annoncé qu’il avait été informé par le joueur qu’il avait été enlevé sur le chemin du stade et que le club avait déjà envoyé un avocat au commissariat pour lui prêter assistance. Le lendemain, les pages des journaux consacrées à la police annonçaient que la police enquêtait sur une supposée fausse déclaration de crime. C’est Botafogo lui-même qui lui a demandé de déposer plainte, mais il a commencé à se contredire.« 

Finalement, comme la police a fini par le découvrir, Somália avait fait quelque chose la veille, et il était arrivé chez lui que dans la matinée. Comme il était incapable de se présenter à l’entraînement et que, s’il n’avait pas de justification valable, il risquait un retrait de 40% de son salaire, qui correspond à l’amende donnée par Botafogo pour les joueurs absents, il a pris peur et a décidé d’inventer un enlèvement, en imaginant que ça en resterait là. Sauf que, bien que le club croyait en son histoire, il l’a encouragé à déposer une plainte et cela a fini par poser un problème.

Somalia en conférence de presse
Somalia en conférence de presse

« Il a dû faire une déclaration en conférence de presse, il a pleuré, il était vraiment secoué. Je me souviens qu’après cela, Somalia n’était plus la même personne, il a changé sur et en dehors du terrain. »

Il est alors devenu quelqu’un de très introverti, il a perdu la confiance des supporters et cela s’est reflété sur le terrain. Il n’a jamais été un grand joueur, mais il était efficace, très bon physiquement, il pouvait tenir tout le match, il était volontaire. Il a commencé à être mis de côté après que Caio Junior ait remplacé Joel.

Le divorce en 2012

En 2012, avec Oswaldo à la tête de l’équipe, il a été totalement mis de côté et n’entrait plus dans les plans de Botafogo. Pour se rendre compte de l’importance qu’avait pris Somália en 2010 : il était en prêt jusqu’à la fin de l’année et Botafogo pouvait exercer l’option d’achat en milieu de saison. Fluminense a fini par entrer en lice, et a essayé de le faire signer, mais Bota a anticipé et a offert un contrat de trois ans au joueur.

Comme quoi un mensonge peut briser une carrière.

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