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Racing – Independiente : histoire du clásico de Avellaneda

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L'histoire du clasico d'Avellaneda

Le clásico entre Racing et Independiente, qui oppose les deux clubs populaires de la ville d’Avellaneda, compte plus de 100 ans d’histoire, ce qui fait de lui un des clásicos les plus historiques et plus chauds d’Argentine.

La ville d’Avellaneda, qui fait partie du grand Buenos Aires, et ses quelques 350 000 habitants sont coupés en deux au moment de supporter les couleurs des deux principales équipes installées depuis le début du XXe siècle dans la ville, et qui font parties des plus importantes du pays transandin : Club Atlético Independiente et Racing club. Rouge d’un côté et albiceleste de l’autre, ce match est considéré comme le deuxième plus important du football argentin du fait de son histoire et de ses nombreux supporters, qui ne se trouvent pas uniquement dans les limites de la ville, mais sur tout le territoire argentin.

Les origines du clásico de Avellaneda

La naissance du Racing Club

Le 12 mai 1901, des élèves du colegio Nacional Central créent l’équipe de Barracas al Sud, la première du pays à être fondée par la population locale, contrairement aux autres clubs, qui ont été créés par des Anglais. Quelques années plus tard, une grande partie des membres quittent le club pour en former un nouveau : les Colorados Unidos del Sud. Mais ils se rendent vite compte que c’était une erreur, car Barracas s’est retrouvé amoindri suite à cet exode, tandis que la nouvelle équipe n’a jamais réussi à décoller.

Le 25 mars 1903, lors d’une réunion à laquelle assistent les membres des deux clubs, il est décidé que la meilleure chose à faire pour les deux institutions est de réunir leurs forces sous un même nom. L’une des personnes qui y assistait (d’origine française) a alors montré un magazine automobile français, où on pouvait lire sur la couverture : Racing Club. C’est ainsi qu’a été fondée la première équipe de cette histoire.

La naissance du Independiente Football Club

En 1904, les employés de l’un des plus grands magasins de Buenos Aires nommé A la ciudad de Londres, forment un club qu’ils appellent Maipu Banfield, pour disputer des matchs contre d’autres marques commerciales. Les travailleurs les plus jeunes qui font partie de l’équipe ne sont alors pas autorisés à jouer les matchs, ils ne peuvent que les regarder. Du coup, ils se sont réunis et après en avoir discuté, ils ont décidé de quitter le club. D’autres équipes leur ont ouvert les portes, mais les jeunes employés ont voulu créer leur propre club et montrer leur indépendance par rapport aux autres équipes. C’est ainsi que le 1er janvier 1905 (date officielle de fondation du club) est né le Independiente Football Club.

Période amateur : la première rencontre entre Racing et Independiente

Le premier match officiel

Le premier match officiel entre les deux équipes s’est disputé le 9 juin 1907 pour le tournoi de troisième division, alors que le football argentin se jouait encore au niveau amateur. Dès cette première confrontation, on a commencé à sentir la rivalité qui existerait entre les deux institutions. D’abord parce que les fans du Racing n’étaient pas d’accord avec l’idée de partager un quartier avec une autre équipe, car ils étaient arrivés quelques années avant. Puis, avec l’arrivée d’Independiente à Avellaneda, le club a obtenu le soutien des travailleurs et des classes inférieures, qui se sentaient déjà identifiés à l’équipe. Alors que les fans de Racing étaient plutôt des employés municipaux et d’un statut supérieur. Et cette différence génère toujours des rivalités, comme cela arrive dans d’autres classiques à travers le monde.

Quelques jours avant le match, les murs des rues d’Avellaneda, ont été peints avec le résultat du match qui, selon les supporters de la Academia, serait de 40-0 pour eux. Cela semble ridicule et exagéré, mais ils avaient leurs raisons de penser comme ça. Racing luttait pour le titre et était invaincu dans le tournoi. Tandis que « el rojo » était l’équipe qui avait souffert le plus de but, et venait d’être battu 21-1 lors de la journée précédente. Personne n’imaginait une possible victoire pour Independiente.

Le tout premier clásico de Avellaneda, le 9 juin 1907

Le match s’est déroulé sur un terrain situé dans la rue Manuel Ocantos avec les deux équipes qui arboraient des couleurs différentes de celles d’aujourd’hui : Independiente jouait en blanc, tandis que les joueurs du Racing portaient un maillot celeste avec du rose.

Quelques minutes avant le début du match, Independiente n’arrivait toujours pas à réunir les onze joueurs à mettre sur le terrain. Rosendo Degiorgi (fondateur, président et capitaine du club) s’est alors approché de l’entraîneur du Racing, Luis Carbone, pour lui proposer qu’ils prennent les points et que le match soit joué, mais en amical. Carbone n’a pas accepté, estimant que la meilleure chose à faire pour son équipe était de jouer et de marquer le plus de buts possible, ce qui serait important dans la lutte pour le titre. Du coup Independiente a dû rentrer sur le terrain avec une équipe qu’il a dû improviser sur le moment.

Dès le coup de sifflet initial, tout s’est déroulé de manière inattendue. Independiente a pris une avance de 2-0 en première période. Mais Racing a su réagir et est revenu à 2-2, avec le score qui s’est maintenu ainsi jusqu’à la 85e minute de jeu. Alors que le match touchait à sa fin, le fondateur et capitaine de Independiente, Degiorgi, a décroché un tir puissant qui a donné la victoire au Rojo dans le premier Clásico de Avellaneda de l’histoire.

Suite à cette défaite honteuse, le coach de l’équipe perdante s’est approché de Degiorgi et lui a proposé de lui acheter les points de la victoire afin d’éviter l’humiliation, et parce qu’ils en avaient besoin pour jouer le titre. Mais la réponse a été claire et nette : NON. Ils leur avaient donné une chance avant la rencontre, mais maintenant Independiente ne vendrait sa victoire pour rien au monde. Une autre raison qui a cimenté la rivalité entre Racing et Independiente.

A savoir : Racing Club a remporté son premier titre national de première division en 1913. Independiente a dû attendre jusqu’en 1922.

Le premier match parmi l’élite

Quelques années plus tard, les deux équipes se sont affrontés pour la première fois en première division du football argentin, le 12 décembre 1915. Le match a eu lieu dans le premier stade du Rojo, dans le quartier de Crucecita. L’équipe locale a gagné 2-1 mais les points lui ont ensuite été retirés et la victoire a été donnée au Racing, car Independiente avait fait participé un joueur qui n’était pas autorisé à jouer.

Les 15 années qui ont suivi, Racing est devenu une des équipes qui a le plus gagné en Argentine. Il a été neuf fois champion national, dont sept titres consécutifs (de 1913 à 1919), un record absolu du football argentin, inégalé jusqu’à aujourd’hui encore. C’est à ce moment-là que la presse a baptisé le club « La Academia« , pour le beau football qu’il pratiquait. Quant à Independiente, durant cette période il n’a obtenu que deux titres.

Durant cette période amateure en première division, le Clásico de Avellaneda a été disputé à 18 reprises, avec 8 victoires pour chacun et deux matchs nuls. Ce match était considéré par les amateurs de football comme le match le plus populaire du pays, vu qu’à cette époque Boca Juniors et River Plate jouaient dans différentes associations de la AFA et ne s’affrontaient donc presque jamais. Pendant le football amateur, Racing et Independiente étaient les principaux protagonistes du football argentin.

L’arrivée du professionnalisme

Le professionnalisme a fait son apparition en Argentine en 1931. Lors de ce premier tournoi, le match Independiente-Racing a été tout proche d’être le premier clásico à être disputé dans cette nouvelle étape du football local, car il était programmé lors de la première journée. Mais les dirigeants de la Academia ont demandé à reporter le match, car ils n’avaient pas eu le temps de monter leur équipe. Independiente a accepté leur requête, du coup le match allait se jouer à la fin du championnat. Les habitants d’Avellaneda ont dû attendre jusqu’au 27 septembre de la même année, pour le compte de la 18e journée, pour voir les deux équipes de la ville s’affronter.

C’est dans l’ancien stade de Racing que s’est joué ce premier Clásico d’Avellaneda de la période professionnelle et la rencontre méritait d’être épique. Et elle l’a été. En effet, jamais plus on a revu un tel résultat entre les deux équipes. Racing a battu son rival 7 buts à 4, ce qui a fait de ce match, le match avec le plus de buts inscrits de l’histoire de tous les clásicos en Argentine dans l’ère professionnelle.

Le premier clásico de l’ère professionnelle : Racing -Independiente 7-4

Lors du match reporté, qui s’est donc joué après la dernière journée de championnat, Racing s’est rendu sur la pelouse du Rojo et à gagner à nouveau, cette fois sur le score de 4-1.

Cette différence de résultats entre les deux équipes était due aux situations différentes que vivaient les deux institutions. Le Racing Club était à son apogée, et remplissait son placard à trophées. Cela a d’ailleurs été la meilleure période de son histoire. Les hinchas d’Independiente ont dû attendre plusieurs décennies avant de voir leur équipe triompher de façon significative.

Les années 40 : les plus gros scores

Pour se venger de cette terrible défaite concédée en 31, il faudra attendre neuf petites années. Lors du championnat de 1940, Independiente est arrivé en tant que double champion, après avoir remporté les titres de 38 et 39. Sur son terrain, le Rojo a été largement supérieur, et grâce à son attaque historique composée de Erico, De La Mata, Maril, Zorrilla et Sastre, a étrillé son rival 7 buts à 0. C’est la plus grosse victoire de l’histoire du Clásico de Avellaneda.

Arsenio Erico

Le Paraguayen Arsenio Erico a été l’un des buteurs de cet après-midi magique pour le Rojo. L’attaquant a inscrit le nombre incroyable de 295 buts avec l’équipe d’Avellaneda. Des buts qui l’ont aidé à atteindre de nombreux records. Aujourd’hui encore, il est le meilleur buteur de l’histoire du club, et ce total n’est pas près d’être battu. Ce total lui permet également de se positionner en tête des meilleurs buteurs du football argentin, raisons pour lesquelles la FIFA l’a élu meilleur joueur paraguayen de tous les temps. Pour revenir au clásico, Arsenio Erico est également le meilleur buteur de ces confrontations directes, avec 19 réalisations.

En 1945, Independiente a à nouveau battu son rival, lors du premier clásico joué en dehors d’Avellaneda, sur un score de 5-1. À la fin des années 40, le Racing a enfin pu se venger des deux grosses défaites souffertes durant la décennie grâce à une victoire face au Rojo à domicile 5 buts à 2.

Les années 60 : de nombreuses polémiques

Pour la suite, on passe directement en novembre 1961 pour évoquer un des clásicos qui a été le plus violent. Racing avait déjà été sacré champion, mais un derby reste un derby et il faut le jouer à fond. Le match s’est joué sur la pelouse de la Academia, et la rencontre était équilibrée, jusqu’au moment où les joueurs ont commencé à s’échanger des coups, provoquant une bagarre générale, qui a contraint l’arbitre à suspendre le match pendant une trentaine de minutes. Si cela était arrivé aujourd’hui, c’est sûr que le match aurait pris fin suite à ces débordements. Mais après avoir calmé les esprits, l’arbitre a pris la décision d’expulser quatre joueurs de chaque côté, un nombre record d’expulsion lors d’un clásico. Le match s’est ensuite terminé sur un match nul 1-1.

Durant cette décennie, la rivalité entre les deux clubs a été consolidée en raison de toutes les polémiques. En mai 1965, a eu lieu un nouveau match plein de controverses. La Academia gagnait 2-0 contre Independiente, mais en deuxième période, l’arbitre Dellacasa, connu pour ne pas hésiter à sortir des cartons rouges, a signalé deux penalties pour le Rojo. Considérant que ces derniers étaient litigieux, les joueurs du Racing ont fortement protesté contre l’arbitre. Résultat, l’arbitre a sorti cinq cartons rouges, ce qui a fait que Racing n’avait plus le nombre de joueurs nécessaires sur la pelouse selon le règlement. Le match a alors été arrêté alors qu’il restait 23 minutes à jouer. L’AFA a décidé de reprendre le match un autre jour, mais ces minutes n’ont jamais été rejouées. Dellacasa a été suspendu pendant 3 mois.

A savoir : Independiente a remporté sa première Copa Libertadores en 1964. Racing l’a gagné en 1967. Ce clásico est le premier en Argentine à avoir été joué entre deux équipes championnes d’Amérique.

Les années 70 : le tour d’honneur du Rojo

La dernière journée du championnat de 1970 n’était pas adaptée pour les cardiaques, avec River Plate et Independiente qui se disputaient le titre. Les Millonarios ont battu leur rival de la journée 6-0, et comptaient donc à ce moment-là 2 points de plus que le Rojo et une différence d’un petit but de plus. Independiente se déplaçait au Cilindro avec pour mission de gagner afin de soulever le trophée de champion.

Racing a rapidement mené au score, mais à la 21e minute de jeu, l’arbitre Dellacasa (bien connu à Avellaneda) a accordé un pénalty pour Independiente. Tarabini s’est chargé de le tirer, mais son tir a été repoussé par le gardien Agustín Cejas. Mais l’arbitre a ordonné de re-tirer le penalty, car le gardien s’était avancé. Une nouvelle fois, Cejas a arrêté le penalty, mais Dellacasa a une fois de plus signalé que le gardien s’était avancé. À la troisième tentative, Tarabini a enfin égalisé.

Alors qu’il ne restait plus que 9 minutes à jouer et que les deux équipes étaient à égalité 2-2, Independiente a inscrit le but qui lui a donné la victoire, ce qui lui a permis de remporter le titre. Le Rojo a alors fait un tour d’honneur (tradition en Argentine lorsque l’on est champion) sur le terrain de son grand rival pour la première fois. Racing n’a encore jamais eu le privilège de pouvoir le faire sur le terrain d’Independiente.

Nous arrivons maintenant à une période importante de l’histoire du Clásico de Avellaneda. De leur première confrontation, jusqu’en 1974, le Racing était devant son rival en terme de résultats. Mais lors de cette décennie a commencé l’âge d’or d’Independiente, qui lui a permis de renverser pour la première fois les statistiques en sa faveur. Une différence qui dure jusqu’à aujourd’hui encore. De plus, le Rojo a remporté 4 Copa Libertadores et trois coupes intercontinentales au cours de ces années. C’est ainsi que ce clásico a été le premier en Argentine à se disputer entre deux équipes championnes du monde.

A savoir : il y a peu de villes au monde qui peuvent se vanter d’avoir deux clubs qui ont été champions mondiaux : Milan, Madrid et Buenos Aires. Avellaneda a également l’honneur d’être la plus petite ville à y être arrivé.

En 1979, deux derbys ont beaucoup fait parler d’eux. Le premier s’est disputé le 2 septembre sur la pelouse de Racing. L’équipe locale gagnait 2-0 grâce à des buts de Cárdenas et Rodríguez. Mais les visiteurs n’ont eu besoin que de 13 minutes pour renverser le score. Ricardo Bochini, l’une des plus grandes idoles d’Independiente, se souvient de cet après-midi :

« Nous perdions 2-0, les joueurs du Racing m’ont chauffé et m’ont énervé … En 15 minutes, j’ai délivré trois passes décisives et nous avons gagné 3-2 »

Un peu plus d’un mois plus tard, les deux équipes se sont re-rencontrées, mais cette fois sur la pelouse d’Independiente. Racing menait 1-0, lorsqu’à la 40e minute, le match a été suspendu pour une agression sur un des arbitre de touche. Le match s’est terminé le 22 novembre à La Bombonera, où Racing l’a remporté 3-2.

Les années 80-90 : Le Racing invincible

1983 est une année dont les supporters d’Independiente se souviennent avec beaucoup de satisfaction. Le 22 décembre, le Rojo a reçu le Racing dans son stade, avec la mission de gagner pour devenir champion d’Argentine. En plus de cela, la Academia avait déjà été condamné à la relégation lors de la journée antérieure. Grâce à des buts de Ricardo Guisti et Enzo Trossero, Independiente a fait le tour d’honneur pour la deuxième fois face à son grand rival, tandis que le Racing pleurait pour sa première et unique descente de l’histoire du club.

Le Racing a mis trois ans pour remonter en première division, et donc de pouvoir à nouveau disputer le Clásico de Avellaneda. Les joueurs et les hinchas de la Academia voulaient absolument remporter ce match afin de se venger de leur dernière défaite avant de descendre. Mais ils n’ont pas pu faire mieux qu’un match nul. Ce qu’ils ne savaient pas à ce moment-là, c’est que le Racing commençait une série de matchs consécutifs sans perdre, et qui deviendrait la plus longue de l’histoire du clásico. Au total, ce furent 16 matchs invaincus entre 1986 et 1994 ! Le milieu de terrain uruguayen Rubén Paz, une des plus grandes idoles de l’histoire de Racing a ainsi rappelé de ses propres mots :

« Dès mes débuts en 1987, tout s’est bien passé pour moi. Nous perdions 1-0 et j’ai égalisé. Je n’ai jamais perdu contre eux, je leur ai mis des buts et j’ai bien joué. Que puis-je demander de plus ? « 

Independiente a mis fin à la série de défaites avec une victoire 2-0 en 94. Un an plus tard, Marcelo Delgado a marqué un but magnifique au Doble Visera pour égaliser dans le temps additionnel. C’est l’un des souvenirs les plus mémorables pour les hinchas de la Academia.

En 1998, le Racing a réussi à mettre fin à une très mauvaise série sur le terrain de son rival. Cela faisait 17 ans qu’il ne gagnait pas dans le stade du Rojo, mais une victoire a enfin pu changer cette statistique. Mais une fois encore, le match a été entaché d’une polémique. Alors que Racing menait 2-0, une coupure de courant suspecte a contraint l’arbitre de suspendre le match, qui a repris 3 jours plus tard. Independiente a réduire le score, mais la Academia a réussir à mettre un nouveau but, l’emportant ainsi 3-1.

Les années 2000

En 2001, Racing a été sacré champion d’Argentine, 35 ans après son dernier titre. Le Clásico de Avellaneda a été vital pour y parvenir, car la Academia avait égalisé en toute fin de match grâce à un but de Gabriel Loeschbor. Ce but s’est avéré décisif car le Racing a été champion avec seulement un petit point d’avance sur River au classement.

Le pire du Clásico

Ces matchs font parler d’eux pour la grande passion des supporters. Ce sont des matches différents, pour lesquels il n’y a pas de favoris au coup d’envoi. Peu importe la forme des équipes, tout peu arriver. Les supporters les plus fanatiques disent même qu’ils préfèrent battre leur grand rival que de se sacrer champion. C’est le type de match où les entraîneurs et les joueurs disent qu’il faut laisser la vie sur le terrain. Et cette phrase, certains hinchas l’interprètent trop à la lettre.

En 2002, lors de l’avant match du Clásico de Avellaneda, des sympathisants des deux clubs se sont affrontés dans plus d’un endroit de la ville. Mais le plus grave s’est passé à quelques mètres du stade. Une vingtaine de personnes ont été admises dans des hôpitaux avec des blessures par balle et par armes blanches. Un jeune de 24 ans (supporter d’Independiente) est alors décédé dans l’ambulance à cause de la gravité de ses blessures. Il a été le martyr n° 165 de la violence dans le football argentin. C’est pour cette raison qu’actuellement les matchs se jouent sans supporters visiteurs…

En 2003, l’un des événements les plus curieux de l’histoire de ce grand duel s’est produit. Les frères Milito se sont affrontés sur le terrain. Gabriel jouait pour Independiente et Diego pour le Racing. En plus, celui qui jouait pour le Rojo était défenseur, et celui de la Academia attaquant. Impossible de faire mieux ! Cette année-là, le match s’est joué sur le terrain de Lanús. À un moment du match, Gabriel a coupé une contre-attaque du rival en faisant faute, et Diego a demandé à l’arbitre de lui mettre un carton rouge. Le temps d’un match, les liens de sang ont été oubliés et chacun défendait ses couleurs.

En 2005, d’après de nombreuses personnes, on a pu voir le plus beau but de l’histoire de ce clásico. Le 11 septembre, au Doble Visera, Independiente a facilement battu son rival quatre buts à zéro, grâce à un triplé de l’attaquant Nicolas Frutos, qui a bien sûr été l’homme du match. Mais ce que personne n’attendait, c’est qu’un jeune joueur de 17 ans à peine, lui volerait la vedette en inscrivant le quatrième but. Le petit bijou dont nous parlons a été inscrit par un joueur qui aujourd’hui fait les beaux jours de Manchester City : Sergio Aguero.

Actualité

Independiente a connu la descente en 2013, sa première relégation en plus de 100 ans d’histoire. Du coup, le derby de la ville ne s’est pas joué pendant quelque temps. Mais l’équipe est vite remontée, et a remporté la première rencontre contre son grand rival.

Actuellement, le Rojo compte un avantage de 19 victoires en matchs officiels, après en avoir compté 22, ce qui correspondait à la plus grande différence entre les deux équipes de l’histoire de ce clásico.

En tout, la Academia et le Rojo se sont affrontés à 234 reprises, entre coupes nationales, coupes internationales, première division et période amateure. Racing compte 70 victoires contre 89 de son rival et 75 matchs nuls.

Voisins mais pas amis

Comme c’est généralement le cas à travers le monde, le fait que Racing et Independiente partage la même région, ville ou quartier aide au fait que la rivalité entre les deux clubs soit encore plus forte. Mais à Avellaneda, on retrouve une situation que l’on ne peut pas voir partout, et qui en rajoute une couche à cette inimitié entre les supporters. Seulement 300 mètres séparent les stades des deux clubs.

Racing a été le premier à s’installer dans le secteur (au début du siècle dernier) entre les rues Alsina et Colón. Le stade a été agrandi au fil des années et, dans les années 20, il pouvait accueillir 30 000 personnes. En 1946, le président Perón (supporter du club) accorda un prêt pour la construction d’un nouveau stade plus moderne. Le 3 septembre 1950, le nouveau stade, nommé Président Perón, plus connu sous le nom de Cilindro a été inauguré.

Independiente au contraire, n’est arrivé dans la zone qu’en 1928. Le lieu choisi était un marais situé derrière le stade de Racing. Les gérants du Rojo de l’époque ont alors dû assécher le marais et le remplir de terre pour pouvoir construire le stade. Le 4 mars 1928, le stade qui quelques années plus tard se fera appeler Doble Visera a été inauguré. En 2005, il a été remodelé et a été renommé Libertadores de América.

La proximité des stades du Racing et d’Independiente

Les « traîtres »

Souvent considérés comme des traîtres par les supporters, il y a des joueurs qui ont joué pour les deux équipes d’Avellaneda durant leur carrière. Le mot traître est fort, mais pour les supporters qui vivent pour leur couleur, et qui le dimanche font des gros efforts pour soutenir leurs joueurs, il n’y a pas d’autres mots pour refléter ce qu’ils ressentent lorsqu’un joueur que l’on a soutenu passe dans le camp adverse.

L’ex joueur Miguel Ángel Ludeña peut en témoigner, lui qui a défendu les couleurs du Racing en 88 et 89, et remporté des titres continentaux. Lorsqu’il a décidé de rejoindre Independiente la saison suivante, les hinchas de la Academia ne lui ont pas pardonné et ont tiré sur sa voiture en pleine rue.

L’ex joueur et entraîneur José Omar Pastoriza, sait également ce que c’est de passer d’un club à l’autre, lui qui est passé par les deux équipes sur le terrain, et sur le banc.

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Argentine : retour sur la journée des clásicos

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Argentine : la journée des clásicos

On a eu droit à un week-end de folie en Argentine avec le Superclásico, le clásico de Avellaneda, de La Plata, de Rosario et plus encore dans le cadre de la 7e journée de la Copa de la Liga Profesional.

La septième journée de la Copa Liga Profesional, celle des clásicos, s’est jouée entre le vendredi 29 septembre et le lundi 2 octobre. Elle a débuté par le match entre Tigre et Vélez, qui s’est soldé par un score nul et vierge.

Samedi, San Lorenzo a arraché l’égalisation dans le temps additionnel face à son rival Huracán, Rosario Central a battu Newell’s grâce à un golazo d’Ignacio Malcorra, Independiente a été chercher la victoire chez son voisin Racing au Cilindro, ce qui a entraîné la démission de Fernando Gago, et Banfield a pris une bouffée d’air frais en s’imposant face à Lanús.

Dimanche, River a remporté le Superclásico contre Boca à la Bombonera, tandis que le clásico de La Plata entre Estudiantes et Gimnasia s’est terminé sur un score nul et vierge. À Santa Fe, Colón et Unión se sont également quittés sur un 0-0 et, tout comme Talleres et Belgrano dans le derby de Cordoba.

Découvrez ci-dessous tous les résumés de cette journée des clásicos.

La journée 7 de la Copa de la Liga

Tigre 0-0  Vélez

Arsenal 1-0 Defensa y Justicia

  • 45+8′ Juan Bautista Cejas (p) (ARS)

San Lorenzo 1-1 Huracán

  • 61′ Ignacio Pussetto (HUR)
  • 90+8′ Adam Bareiro (p) (SLO)

Rosario Central 1-0 Newell’s

  • 86′ Ignacio Malcorra (ROS)

Racing 0-2 Independiente

  • 5′ Alexis Canelo (IND)
  • 86′ Braian Martínez (p) (IND)

Banfield 1-0 Lanús

  • 38′ Juan Bisanz (BAN)

Boca 0-2 River

  • 41′ Salomón Rondón (RIV)
  • 90+6′ Enzo Díaz (RIV)

Colón 0-0 Unión

Estudiantes 0-0  Gimnasia

Talleres 0-0 Belgrano

Barracas Central 1-1 Sarmiento

  • 3′ Juan Ignacio Diaz (BC)
  • 10′ Guido Mainero (CSA)

Godoy Cruz 1-1 Instituto

  • 28′ Jonas Acevedo (INS)
  • 56′ Tadeo Allende (GOD)
httpv://www.youtube.com/watch?v=oDzbE–Wzqw

Platense 0-0 Argentinos

Atlético Tucumán 0-0 Central Córdoba

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Le maillot « interdit » : le jour où River a joué avec les couleurs de Boca

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Le jour où River a joué avec les couleurs de Boca

Le 20 août 1980, l’équipe de Labruna affrontait le PSV Eindhoven dans le cadre du Trophée Joan Gamper, organisé par le FC Barcelone. Comme les Néerlandais portaient du blanc, les Espagnols ont prêté aux triples champions d’Argentine un maillot jaune et bleu (et bordeaux). Avec les couleurs de son éternel rival, River a remporté la confrontation aux tirs au but.

43 ans se seront écoulés depuis l’un des plus grands paradoxes de l’histoire de River Plate : le match au cours duquel les Millonarios ont porté les couleurs de Boca. En tournée en Espagne pour disputer le Trophée Joan Gamper 1980, l’équipe alors entraînée par Ángel Labruna et triple championne d’Argentine en titre (Metro et Nacional 79, et Metro 80) a joué avec un maillot de Barcelone qui n’était pas le traditionnel maillot blaugrana, mais un maillot alternatif du club catalan : jaune avec une bande bleue (et bordeaux).

A cette époque, l’industrie textile faisait son entrée dans le monde du football. Les noms des marques de sport commençaient à apparaître sur les maillots des équipes, comme le logo Topper qui a accompagné la bande rouge à partir de 1977. En mars 1980, River arborait le trèfle Adidas pour la première fois lors d’un match de Copa Libertadores contre le Sporting Cristal, bien qu’il s’agissait d’un contrat temporaire, valable uniquement pendant cette compétition (River est repassé chez Adidas en 1983, et ne les a plus quitté depuis).

C’est précisément à l’occasion du Gamper 1980, le trophée amical qui marque le début de saison du FC Barcelone, que River a fait ses débuts avec une troisième marque sur son maillot le 19 août contre Vasco da Gama : Olimpia, une entreprise argentine qui habillera le club jusqu’en 1982, selon l’excellent livre « La camiseta de River » de Javier Maluf.

Cependant, le lendemain du match contre les Brésiliens – que River a perdu 3-2 – le club de Núñez n’a pas pu porter son tout nouveau maillot. Lors du match contre les Néerlandais du PSV Eindhoven pour la troisième place du Trophée Gamper, River a dû recourir à un maillot alternatif en raison de la similitude avec le maillot blanc de son adversaire. C’est alors que l’on a apporté en urgence et de manière inattendue dans le vestiaire du Camp Nou, les maillots aux couleurs « interdites » du grand rival, le jaune et le bleu de Boca, que le club avait utilisés comme deuxième maillot les années précédentes, notamment par un certain Johan Cruff.

« L’équipe néerlandaise s’est présentée tout en blanc, et River a donc dû recourir d’urgence à un maillot jaune alternatif utilisé les saisons précédentes par le club hôte, Barcelone. Il s’agissait d’un maillot de l’équipementier Mont Halt« , explique Maluf dans son livre. Avec le maillot du club organisateur, River a fait match nul 0-0 et il a fallu recourir à la séance de tirs au but pour déterminer qui allait finir sur le podium du tournoi.

Duel aérien lors de la rencontre entre River et le PSV en 1980.

Ce qui est d’autant plus curieux, c’est qu’en portant les mêmes couleurs que Boca, River s’est imposé 4-2 au terme d’une séance de tirs au but qui échappe généralement au club de Núñez – et qui, au contraire, est souvent favorable à son grand rival. Le gardien Ubaldo Matildo Fillol n’a pas arrêté un seul tir, mais deux Néerlandais – Van der Meulen et Valke – ont tiré à côté. Le seul Argentin qui à manquer son tir est Omar Labruna, le fils du célèbre Angel, entraîneur et légende du club.

En l’absence de vidéo (sur YouTube on trouve seulement des images du match contre Vasco da Gama), il reste néanmoins une poignée de photos du match contre le PSV Eindhoven pour témoigner d’un événement qui a vraiment eu lieu. River a joué avec la plupart de ses habituels titulaires – à l’époque on pouvait voir des joueurs jouer deux matches d’affilée en 24 heures – du coup on peut voir des coupures de presse de deux idoles arborant les maillots jaune et bleu (et bordeaux) : Norberto Beto Alonso et Ramón Díaz.

Beto Alonso fait la couverture du magazine Goles.

Bien que des collectionneurs de River aient essayé d’obtenir les maillots portés lors de ce match – qui, malgré le paradoxe, sont également considérés comme des objets cultes en raison de leur particularité – cela a été impossible jusqu’à présent (du moins c’est ce que l’on croit) car dès la fin du match, les joueurs ont dû les rendre à leur propriétaire, Barcelone. Cependant, Emiliano Abreu – propriétaire de plus de 600 maillots historiques de River et l’un des associés de Match Day Auctions, une société qui vend aux enchères des maillots portés pendant les matchs – a récupéré un maillot qui pourrait être l’une de ces rares exceptions.

Plus précisément, Abreu (@emi_coleccionmomumental sur Instagram) a ajouté à sa collection personnelle, il y a deux mois, un de ces maillots jaune, bleu et bordeaux que le FC Barcelone portait à la fin des années 1970. Au dos figure le numéro 16 qui, à l’époque où le banc des remplaçants était composé d’un gardien et de quatre joueurs, correspondait généralement à un attaquant. Leopoldo Jacinto Luque est entré en jeu en deuxième mi-temps contre le PSV : ce maillot correspond-il à celui porté par le santafesino, champion du monde 1978 à l’Argentine ? Abreu ne peut pas l’affirmer avec certitude.

Maillot de Barcelone avec le numéro 16 sur le dos

Peu de gens savent qu’en plus d’avoir porté le maillot du FC Barcelone, River a également porté celui de l’autre géant du pays, le Real Madrid. C’était en 1965, toujours en Espagne, lors d’un match amical au Santiago Bernabéu contre l’équipe locale : étant donné la similitude des maillots blancs du Real et de River, les Merengues ont prêté un maillot rouge aux visiteurs lors de ce match qui s’est terminé sur un score de 3-1 en faveur du club madrilène.

En outre, River a également joué avec le maillot d’une troisième équipe espagnole : c’était en 1975, lors d’un tournoi d’été à Huelva, dans le sud de l’Espagne, lors d’une confrontation face à l’Athletic Bilbao, qui arborait son traditionnel maillot blanc et rouge à rayures verticales. À l’époque, les délégations voyageaient avec un seul équipement. River a donc dû utiliser un autre maillot et, comme cela s’est produit cinq ans plus tard à Barcelone, l’équipe organisatrice du tournoi Colimbino, le Recreativo de Huelva, leur a prêté un jeu de maillots. Ce soir-là, River a joué en bleu et blanc et s’est incliné 5 à 3.

Si on recule encore plus loin dans le temps, cette situation de recours au maillot du club local en raison de la similitude avec le maillot de l’adversaire s’est également produite lors de la finale de la Copa Ibarguren 1942. La finale contre la Liga Cordobesa s’est jouée au Viejo Gasómetro, l’antre de San Lorenzo. Pour éviter toute confusion, on a prêté des maillots bleus avec des liserés rouges à River. En effet, les Millonarios ont joué avec le maillot de San Lorenzo, mais seulement pendant la première mi-temps. Après le coup de sifflet initial, un jeu de maillots est arrivé du Monumental, avec lequel la Maquina a fini par s’imposer sur un score fleuve de 7-0.

Le livre de Maluf passe en revue d’autres cas, comme lorsque River a joué avec des maillots de Belgrano de Córdoba en 1925, de Peñarol (Uruguay) entre 1928 et 1930, de San Martín de Tucumán et de l’Atlético Concepción en 1944, du Torino (Italie) entre 1951 à 1966 et de Cipolletti en 1966. On peut également évoqué un cas particulier lorsqu’en 2017, River a joué en vert contre Independiente en hommage au club brésilien de Chapecoense, après le tragique accident d’avion qui a touché l’équipe avant de disputer la finale de la Copa Sudamericana. Mais en bleu et jaune, comme contre le PSV, cela n’est arrivé qu’une seule fois.

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Les origines d’Estudiantes, club fondé par des supporters de Gimnasia

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Les origines d'Estudiantes, un club fondé par des supporters de Gimnasia

Ce 4 août marque le 118e anniversaire du jour où un groupe d’étudiants universitaires s’est réuni pour fonder le Club Atlético Estudiantes, une institution à l’histoire glorieuse dans le football argentin et international. Ce qui est curieux dans l’origine du Pincha, c’est que les éléments majeurs de sa création étaient des socios de Gimnasia.

Comment se fait-il que des membres de Gimnasia aient fondé Estudiantes ?

Bien avant de devenir triple champion d’Amérique (1968, 1969 et 1970), Estudiantes est né à La Plata, le 4 août 1905, dans le magasin de chaussures Nueva York, sur l’Avenida 7. C’est là qu’un groupe de jeunes lycéens et étudiants a signé l’acte fondateur du Club Atlético Estudiantes, dont l’activité principale serait le football masculin.

Ce groupe d’étudiants a pris une telle décision après avoir été « ignoré par d’autres institutions », selon la voix du Pincha sur son site officiel. Cette autre institution n’était autre que Gimnasia, son grand rival. Oui, Estudiantes a été fondé grâce à des socios du Lobo qui ont quitté le club.

Gimnasia y Esgrima La Plata existe depuis le 3 juin 1887. Ses activités principales étaient essentiellement des sports d’intérieur représentés par son nom (gymnastique et escrime), mais le club comptait également des membres qui jouaient au football. Fin 1904, leurs terrains ont été cédés à l’Université nationale de La Plata afin d’y construire l’internat du Collège national, ce qui a fait que les joueurs de football se sont retrouvés sans endroit où jouer.

Après de nombreuses discussions, le 4 août 1905, ce groupe de footballeurs du Tripero a fini par fonder Estudiantes. Et pour en rajouter sur les liens entre les deux équipes, le premier conseil d’administration du León fut présidé par Miguel Gutiérrez, qui, quelques années auparavant, avait exercé la même fonction à Gimnasia.

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Boca Juniors – River Plate : histoire du Superclásico

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Boca Juniors contre River Plate, le clásico le plus réputé au monde, un des spectacles sportifs les plus importants, un match que tous les amoureux du football rêveraient de voir une fois dans leur vie de leurs propres yeux, à la Bombonera ou au Monumental. Mais comment en est-on arrivé là ? Découvrez l’histoire du Superclásico.

Les origines de Boca et de River

River Plate et Boca Juniors sont originaires du même quartier. En effet, les deux clubs sont nés dans le quartier de La Boca, dans la zone portuaire de Buenos Aires, aux racines génoises, et ont possédé leurs premiers terrains sur les Docks Sud du port de Buenos Aires.

Terrains de Boca et de River en 1938
Les terrains de Boca et de River, dans les Docks Sud du port de Buenos Aires (photo de 1938)

River Plate a déclaré sa fondation le 25 mai 1901, issu de la fusion des équipes du quartier, Santa Rosa et La Rosales. Néanmoins, tout indique que la fondation effective a eu lieu le 15 mai 1904. Le nom du club viendrait d’une des caisses déchargée pour la construction du quai n.3 où un des fondateurs, Pedro Martínez, aurait vu écrit River Plate, traduction en anglais de Río de la Plata. Ses couleurs ont toujours été le blanc et le rouge, les mêmes que le drapeau de Gênes, dont étaient issus de nombreux habitants de La Boca. River a disputé ses premiers matchs dans le Dock Sud du port de Buenos Aires, dans le quartier de La Boca, ce même quartier où le 3 avril 1905 Boca Juniors a fait son apparition.

Boca Juniors a ainsi été fondé le 3 avril 1905, par des adolescents, fils d’Italiens et voisins de La Boca, quartier de travailleurs immigrants et de forte identité Génoise (« Xeneize » en dialecte). Boca Juniors a connu trois ou quatre couleurs de maillots avant d’adopter le bleu avec une large bande jaune horizontale. La première couleur, le rose a été utilisé seulement lors de deux rencontres. Ensuite, le club a adopté un maillot blanc avec des fines rayures noires. Puis un maillot couleur céleste avec des lignes toutes fines blanches et bleues. C’est en avril 1906 que Boca Juniors a finalement commencer à vêtir le fameux maillot bleu et jaune, inspiré d’un drapeau vu sur un bateau suédois.

équipe de Boca Juniors en 1906
L’équipe de Boca Juniors 1906

De la même origine et séparés par seulement quelques rues, la rivalité a grandi naturellement. Mais cela a commencé à devenir incontrôlable à partir des années 1920, lorsque River a déménagé à Recoleta et a commencé à jouer au stade Alvear y Tagle. Finalement, River a fini par s’installer à Núñez dans les années 1930, le quartier huppé de la ville, où il a inauguré le stade Monumental. River s’est alors construit une image élitiste, contrastant avec la facette populaire de Boca, enraciné dans son quartier bien-aimé.

Malgré la distance, River n’a jamais oublié son vieux frère. Tout comme les xeneizes. Tous deux ont commencé à remporter des titres dans le football argentin, à compter sur de plus en plus de supporters et à nourrir une rivalité épique, qui paralyse l’Argentine et fait déchainer des passions qui contagient même les joueurs. Un duel entre Boca et River n’est pas un simple clásico. C’est un superclásico.

Quelques chiffres

Quand tout a commencé : certaines sources citent la rencontre du 02 aôut 1908, que Boca a remporté 2-1, à Dársena Sur. Mais, le premier match officiel a eu lieu le 24 août 1913 avec une victoire de River Plate 2-1, dans le stade du Racing.

Meilleur buteur : Ángel Labruna (River Plate): 16 buts

Qui a le plus gagné (en matchs officiels) : Boca Juniors – 92 victoires. River a gagné à 87 reprises. Il y a eu 84 matchs nuls.

Scores les plus larges : Boca Juniors 6-0 River Plate, le 23 décembre 1928

  • River Plate 0-4 Boca Juniors, 12 mars 1972
  • River Plate 5-1 Boca Juniors, 19 octobre 1941
  • River Plate 4-0 Boca Juniors, 19 juillet 1942

Pour plus de chiffres : River – Boca : le superclasico en chiffres

La naissance du Superclásico

Les deux institutions sont issues du même berceau, du même quartier, ont la même origine. Mais une d’elles ne s’y sentait pas bien, comme si l’environnement ne lui convenait pas, contrairement aux bleu et jaune. Du coup, ils sont partis pour rejoindre le quartier huppé de la ville. En héritage, ils ont seulement conservé les couleurs du drapeau génois sur leur maillot : le blanc et le rouge.

L'équipe de River Plate 1908
L’équipe de River Plate 1908

Une rivalité est née entre les deux clubs, remplie de chapitres électrisants, parfois tragiques, souvent polémiques et avec des stars de la plus haute lignée du football. Quand on pense au football argentin, on pense automatiquement à Boca et à River, le plus grand duel des Amériques. Un des plus importants au monde. C’est une rivalité qui dépasse l’entendement.

Pour un boquense, il est insupportable de perdre contre son ancien voisin qui a abdiqué de ses racines. Pour un millonario, perdre contre les bosteros provoque la plus grande des douleurs, une blessure dans son orgueil.

Un Superclásico, c’est la synthèse de toutes les caractéristiques que l’on retrouve lors d’un match à Buenos Aires : gros titres provocateurs, délire de des supporters avant le match, matchs rugueux, des beaux buts (parfois controversés), des dribbles, presque toujours une expulsion (ou deux, trois…), contestations de l’arbitrage et, bien sûr, beaucoup de chambrage de la part des vainqueurs pendant des semaines, voire des mois, voire des années.

La première confrontation

Après la naissance des deux clubs à La Boca, désireux de reprendre la trajectoire victorieuse du doyen du football argentin, le Alumni Athletic Club, Boca et River ont divisé leur vie quotidienne dans le quartier génois de la ville au début du XXe siècle et se sont affrontés pour la première fois entre 1908 et 1913, avec des matchs disputés tous les ans jusqu’à une interruption de près de dix ans, qui a débuté en 1919 et ne s’est terminée qu’en 1927, lorsque Boca a rencontré ses rivaux et a gagné 1-0.

Ainsi, la première confrontation entre les deux équipe a eu lieu le 2 août 1908 dans le petit terrain que les xeneizes possédaient dans la Dársena Sur du port de Buenos Aires. On sait seulement que les locaux l’ont emporté sur le score de 2-1, car à l’époque, on n’accordait pas beaucoup d’importance à ce jeu introduit par les Anglais par le port de Buenos Aires.

La première victoire de River a eu lieu le 24 août 1913 dans l’ancien stade en bois du Racing Club de Avellaneda et cela a eu une incidence majeure, car il s’agissait du tout premier match officiel entre les deux équipes. Cándido García et Antonio Ameal Pereyra, ont inscrit les buts des rouge blanc, et Marcos Mayer, celui de Boca. Score final 2-1.

La plus large victoire

Boca - River 1928
Match entre Boca et River en 1928 qui s’est terminé sur le score de 6-0

En 1928, Boca a gagné contre River sur le score sans appel de 6-0, résultat qui est aujourd’hui encore, le plus large de l’histoire du clásico, et qui démontre la bonne phase que vivait les xeneizes durant cette période, lors de laquelle ils ont même fait une tournée en Europe lors de laquelle ils ont remporté 15 victoires en 19 matchs, contre seulement 3 défaites et un nul.

Pour plus de curiosités sur le clásico : River-Boca : 10 curiosités sur le superclásico

Le « superescándalo »

C’est alors que le 20 septembre 1931, un duel fatidique surnommé « Super scandale » a décrété la grande rivalité entre les deux clubs.

Boca-River 1931
Boca-River 1931

Après que River ait ouvert le score au quart d’heure de jeu, l’arbitre de la rencontre a signalé un penalty polémique en faveur de Boca à la 28e minute, que Francisco Varallo s’est chargé de tirer. Le gardien de River, Jorge Iribarren, repousse le tir, puis la reprise, mais la balle revient dans les pieds de Varallo qui l’a pousse au fond des filets. Cependant, le joueur de Boca, confessa plus tard, qu’il avait commis une faute en tenant la jambe du gardien pour pouvoir marquer. L’arbitre, qui a validé le but, expulsa également 3 joueurs de River pour protestation. Les joueurs expulsés ont refusé de quitter la pelouse, ce qui a entraîné des incidents sur la pelouse, puis dans les tribunes. Les joueurs de River ont alors décidé de quitter le terrain, mécontents des décisions de l’arbitre.

La tension sur le terrain a fini par se refléter sur les supporters, provocant des conflits dans les tribunes et en dehors du stade.

Finalement, le tribunal pénal de la Liga Argentina de Football, décidera de punir River en donnant les points à Boca, qui a alors fini champion cette année-là. À partir de ce jour, les duels entre les deux équipes n’ont plus jamais été amicales, alors qu’il ne s’agissait que de la dixième rencontre de l’histoire entre les deux équipes.

Millonarios vs Bosteros

Après cet épisode, River a commencé à s’émanciper dans le football argentin et a impressionné tout le monde en recrutant des grands noms de l’époque comme Carlos Peucelle (pour 10 000 pesos en 1931) et Bernabé Ferreyra (pour 35 000 en 1932), des extravagances à l’origine du fameux surnom du club : les millonarios. Et cela a porté ses fruits car le club a remporté le titre national en 1932.

En 1938, River a inauguré son stade, le Monumental, qui est devenu le grand symbole de sa grandeur dans le football argentin, au point d’être le stade de prédilection de la Sélection Argentine. Lors de son inauguration, le club a invité Peñarol pour disputer la rencontre.

Deux ans plus tard, en 1940, Boca a répondu en inaugurant La Bombonera, qui est également devenu un symbole de la passion de Boca pour son quartier et ses supporters. Le match inaugural a eu lieu contre San Lorenzo.

La Máquina de River et le provocateur Labruna

La máquina de River
La máquina de River

Dans les années 40, la rivalité s’est intensifié avec la force des deux équipes dans le football argentin et la naissance de l’inoubliable « Máquina » du River multi-champion avec des joueurs comme Pedernera, Moreno, Loustau et Labruna. Ce dernier a inscrit 16 buts lors de rencontres face à Boca et a été l’un des plus grands symboles de l’inimitié millonaria envers le rival.

Labruna a même déclaré que s’il était entraîneur de Boca, « il ferait tout pour perdre tous les matchs juste pour abaisser son rival ». Aussi, Labruna avait pour habitude de se boucher le nez quand il allait jouer à La Bombonera pour provoquer son rival. La raison ? Le surnom de bosteros qu’ont donné les supporters de River à leurs rivaux, faisant allusion à la forte odeur provoquée par les fameuses inondations qui avaient lieu dans la zone de La Boca. Une autre explication autour de ce surnom vient de l’odeur d’une usine de briques située près du club, qui utilisait des déjections d’animaux comme matière première.

En 1942, River a fait son premier tour olympique en tant que champion d’Argentine au cœur de La Bombonera, après un match nul 2-2 contre son rival, exploit qu’il reproduira en 1955 et en 1985-1986. Boca n’a quant à lui fait qu’un seul tour olympique au Monumental contre River. C’était en 1969, aussi après un match nul 2-2 qui a permis au xeneize de remporter le titre national.

La tragédie de la Puerta 12

Tragédie de la Puerta 12
Tragédie de la Puerta 12

Après la belle époque de River dans les années 40 et l’équilibre entre les deux équipes dans les années 50 et 60, le clásico a fait les gros titres du pays à cause d’une tragédie. Le 23 juin 1968, après un match nul et vierge au Monumental, les supporteurs, qui souffraient non seulement du résultat sans saveur, mais également du froid, voulaient quitter le stade bondé de monde le plus rapidement possible.

Mais alors que les supporters de Boca se dirigeaient vers la porte 12, située dans un tunnel sombre et hostile sous les énormes marches qui composait la tribune des visiteurs, ils se sont retrouvés face à une porte fermée. Face à l’afflux massif de personnes qui poussaient pour descendre, cela a déclenché une véritable avalanche qui a coûté la vie à 71 personnes, par suffocation et par le choc de la chute lors de la dénommée «Tragédie de la puerta 12». Il y a eu également plus de 60 blessés. On dit que la propre police (du gouvernement dictatorial de Juan Carlos Onganía) a fermé la porte en représailles contre les supporters qui ont jeté des verres avec de l’urine et des excréments contre les policiers qui étaient dans les rues en dehors du stade.

Cela a été la plus grande catastrophe de l’histoire du football argentin. Et les coupables n’ont jamais été retrouvés ni accusés.

Les années 70 : les premières victoires continentales

Dans les années 70, le Superclásico a repris sa belle histoire avec des matchs décisifs. Tout d’abord en 1972 avec un hallucinant 5-4 pour River contre Boca, au stade de Vélez, qui est devenu l’un des matchs les plus incroyables de l’histoire du duel et aussi celui avec le plus grand nombre de buts marqués (l’ancien record datait de 1938 avec une victoire de River 5-3). Cette même année, River a éliminé son rival du Championnat National en demi-finale avec une victoire 3-2, mais a fini par s’incliner contre San Lorenzo en finale.

En 1976, lors de la première finale nationale entre les deux de l’histoire du football argentin, Boca a pris sa revanche. Boca et River se sont affronté pour le titre au Cilindro (stade du Racing), et c’est les xeneizes qui se sont imposés 1-0 grâce à un but de Suñé, titre qui a propulsé le club vers les victoires de ses premières Copa Libertadores, en 1977 et 1978.

Carlos García Cambón, meilleur buteur du superclásico

Carlos García Cambón
Carlos García Cambón

Avant cela, en 1974, une large victoire de Boca 5-2 contre River a consacré Carlos García Cambón, auteur de quatre buts, record encore aujourd’hui inégalé lors d’un superclásico. Bien que Boca vivait une belle période sur le plan continental, c’est River qui avait le dessus sur le sol national. Tout d’abord en 1977, lors d’un match décisif pour le championnat argentin, l’équipe s’est imposée 2-1 après avoir été mené au score, grâce à un but inscrit dans les dernières minutes par Pedro González, qui a quasiment assuré le titre en pleine Bombonera. L’année suivante, un clásico au Monumental s’est terminé sur la victoire de River 1-0 avec un but marqué par Labruna… Mais le fils ! Avec son père en tant que coach.

Les années 80 : River surclasse Boca

Dans les années 1980, River a pris l’avantage sur son rival lors des superclásicos. En mars 1980, les millonarios ont gagné 5-2 contre Boca en pleine Bombonera. En septembre 1981, nouvelle victoire sur le terrain xeneize 3-2 avec des buts de Kempes, Passarella et García. À noter que cette année-là, Maradona a disputé son premier superclásico en avril et a marqué un but lors de la victoire 3-0 de son équipe.

Plus tard, en 1986, River a achevé une année inoubliable en réalisant un tour olympique à la Bombonera avant le début de la rencontre pour célébrer le titre national, remporté près d’un mois avant la rencontre. Afin d’éviter les conflits, ils l’ont fait éloignés des tribunes et des virages où se trouvent les barras bravas de Boca. La fête a été d’autant plus grande que River a battu son rival 2-0, avec un doublé de Norberto Alonso. Cette même année, River a également remporté sa première Copa Libertadores et le mondial des clubs avec un effectif mémorable.

Durant ces années, Boca a connu une période de disette sur le plan national qui a duré de 1981 à 1992.

Les années 90 : River remporte des titres mais perd contre son rival

Dans les années 90, le duel a été marqué par des hauts et des bas. D’abord, River a appliqué un 3-0 (buts de Francescoli, Gallardo et Ortega) à son rival en pleine Bombonera en 1994, année lors de laquelle les millonarios ont remporté le titre en restant invaincu en championnat. Puis River a remporté une nouvelle Copa Libertadores en 1996.

Mais malgré sa belle équipe, River n’a gagné que 2 matchs sur 14 entre octobre 1992 et mai 1999 lors de duels nationaux disputés contre Boca, qui en a remporté 9 (et 3 matchs nuls). Un d’entre ces matchs a été la victoire 4-1 de Boca avec trois buts de Caniggia, le 14 juillet 1996, deux jours après le titre continental remporté par River.

Les années 2000 : le Boca de Bianchi

À la fin de la décennie, Boca a entamé une série de duels historiques face à son rival en Copa Libertadores. Sous le commandement de Bianchi, les Xeneizes ont éliminé River en quarts de finale, en 2000 sur un score de 3-0 sans appel lors du retour du légendaire Palermo après sa blessure, qui est entré en seconde période et a marqué le but de la victoire, faisant ainsi se taire l’entraîneur de River, Américo Gallego, qui avait déclaré avant le match que si Boca faisait jouer Palermo, il ferait jouer Enzo Francescoli, alors à la retraite, sous-entendant que l’attaquant de Boca n’était pas en état de fouler la pelouse.

La gallinita de Tévez

Mais le grand moment du superclásico en Libertadores a eu lieu en 2004, lors des demi-finales. River avait l’opportunité de mettre fin à l’hégémonie de Boca dans la compétition, qui avait remporté trois titres entre 2000 et 2003. Lors du match aller, Boca s’est imposé 1-0 à la Bombonera. Sans supporters visiteurs (ce qui deviendra la norme) afin d’éviter des confrontations entre supporters, la « bataille » a eu lieu sur le terrain, avec des discussions, des agressions verbales, des griffures, et des nerfs à fleur de peau. Lors du match retour, au Monumental, River a gagné 2-1, mais cette rencontre a été marquée par la célébration de Carlos Tévez (Boca) qui après avoir marqué a imité une poule pour provoquer les supporters de River, surnom qu’ils ont donné aux millonarios depuis 1966. Lors de la dispute des tirs au but, c’est Boca qui l’a finalement remporté, se qualifiant ainsi une fois de plus pour une finale.

La chute et la renaissance de River

En 2011, River a touché le fond en étant relégué en Primera B du football argentin, provoquant les moqueries des boquenses qui ont surnommé leur rival RiBer Plate.

Les millonarios ont ensuite relevé la tête, et en 2014 ont éliminé leur rival historique lors des demi-finales de Copa Sudamericana après un 0-0 à la Bombonera et une victoire 1-0 au Monumental. River a ensuite remporté la compétition.

L’attaque au gaz au poivré

En 2015, River a une nouvelle fois éliminé Boca, cette fois en huitièmes de finale de Copa Libertadores. Et avec une nouvelle polémique. Après avoir gagné 1-0 à la maison, River s’est déplacé à la Bombonera sachant qu’un nul lui suffisait. Après une première mi-temps sans but, alors que les deux équipes revenaient sur le terrain pour jouer la deuxième période, les joueurs de River ont été attaqués avec de la bombe lacrymogène gaz poivre faite maison par des supporters xeneizes, qui les ont aspergé lorsqu’ils se trouvaient dans le tunnel d’accès à la pelouse.

Quatre joueurs de River ont été gravement touchés aux yeux et à la peau par le gaz. Après plus d’une heure d’attente, l’arbitre a finalement décidé d’annuler le match et Boca a été éliminé par la Conmebol. Le club a également été condamné à une amende de 200 000 $ et à 4 matchs de la compétition à huit-clos. River finira par remporter la Libertadores, avec Gallardo à la tête de l’équipe.

En 2017, les deux équipes ont disputé la deuxième finale sur le plan national de l’histoire du Superclásico : la Supercopa Argentina, qui réunit le vainqueur du championnat (Boca) et celui de la Copa Argentina (River). Le match s’est disputé à Mendoza et River a gagné 2-0.

La Superfinale en Copa Libertadores

En 2018, le plus grand chapitre de l’histoire du superclásico s’est écrit : la finale de Copa Libertadores. Au match aller, à la Bombonera, les deux équipes se sont séparées sur un résultat nul 2-2. Pour le match retour, qui devait se jouer au Monumental, une série d’incidents, avec des supporters de River qui ont attaqué l’autocar de Boca et le manque d’organisation et de sécurité ont fait que le match a été reporté pour être disputé dans une ville, bien loin de Buenos Aires : au stade Santiago Bernabéu, à Madrid.

Et sur le sol espagnol, après avoir été mené au score, River l’a finalement remporté 3-1, résultat qui a couronné les millonarios lors de la plus grande finale de l’histoire, confirmant sa supériorité lors des matchs à élimination directe : sur 17 matchs éliminatoires ou décisifs, River en a gagné 12, contre seulement cinq victoires pour Boca.

Depuis, le duel entre les deux géants argentins se poursuit en terme de rivalité, de provocations et de polémiques. Avec les matchs sans supporters visiteurs, que ce soit au Monumental ou à la Bombonera, les bagarres en dehors du terrain ont diminué, mais cette rivalité se ressent toujours sur la pelouse. Lorsque les joueurs portent ces maillots, ils ressentent le poids de l’histoire et toute la pression entre anciens frères qui se détestent, mais qui dans le fond, n’auraient pas de raison d’exister l’un sans l’autre.

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Carlos Kaiser, la plus grande arnaque de l’histoire du football

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Carlos Kaizer, la plus grande arnaque de l'histoire du football

La littérature et le cinéma regorgent d’histoires de grands menteurs qui ont accompli des exploits inimaginables. Des gens qui se sont fait passer pour des médecins, des personnes célèbres et même des pilotes de ligne. Il en va de même dans le domaine du sport. Un Brésilien a réalisé un exploit qui, de nos jours, serait impossible. Simplement en faisant semblant et en inventant des histoires, Carlos Henrique Raposo a réussi à vivre du football professionnel pendant 20 ans sans même taper dans un ballon.

Kaiser, le plus grand footballeur n’ayant jamais joué au foot

Né dans le Rio Grande do Sul en 1963, Carlos Henrique Raposo a toujours rêvé d’être célèbre. Il veut passer sa vie à voyager, être interviewé et à être aimé du public. Lorsqu’il se rend compte que le football est l’une des professions qui peut lui offrir tout cela et bien plus encore, Raposo décide de tenter sa chance pour devenir footballeur professionnel alors qu’il sait à peine taper dans un ballon.

Arrivé à Rio de Janeiro alors qu’il est encore gamin, il joue dans les équipes de jeunes de Botafogo et Flamengo, avant de commencer à passer d’un club à l’autre, échappant toujours aux matchs grâce à ses amitiés avec des journalistes, des grands noms du football (Carlos Alberto Torres, Ricardo Rocha, Renato Gaúcho, Romário, Edmundo, Gaúcho, etc.) et à son look d’athlète. C’est d’ailleurs du fait de sa ressemble avec le mythique Franz Beckenbauer qu’il a gagné le surnom de « Kaiser ». Vous l’aurez compris, ce n’est pas par rapport à ses capacités footballistiques. Généralement il signait des contrats très courts, de trois mois, touchait les primes à la signature et restait au club pendant cette période.

Carlos Kaiser, Gaúcho et Renato Gaúcho.
Carlos Kaiser, Gaúcho et Renato Gaúcho.

« C’est un ami à nous, une personne formidable, un être humain extraordinaire. Son problème, c’était le ballon (rires). Je ne l’ai jamais vu jouer nulle part. C’est le Forrest Gump du football brésilien. Il raconte des histoires, mais les dimanches après-midi à 16 heures, au Maracanã, il n’a jamais joué. J’en suis sûr« , a déclaré l’ancien défenseur Ricardo Rocha lors d’une interview accordée à globoesporte.com le 8 mai 2011.

Une tactique de Raposo consistait à dire qu’il n’était pas en forme et il passait deux semaines à s’entraîner et à courir autour du terrain. Au moment de jouer, il trouvait toujours une excuse.

« Je demandais à quelqu’un de me lancer le ballon et je manquais la balle. Ensuite, je touchais l’arrière de ma cuisse et je passais 20 jours à l’infirmerie. Il n’y avait pas de résonance (magnétique) à l’époque. Et quand les choses se corsaient, j’avais un ami dentiste qui me donnait un certificat attestant qu’il s’agissait d’un foyer INFECTIEUX dentaire ».

Carlos Henrique Raposo, dans une interview accordée à globoesporte, le 8 mai 2011.

Carlos Henrique Raposo, un escroc de génie

En 1986, par exemple, Raposo se rend dans un bar où il rencontre Maurício de Oliveira Anastácio, du Botafogo. Grâce à son charisme, Raposo réussit à convaincre le joueur de l’aider à réintégrer l’équipe alvinegra. Pour ce faire, le « roi de la ruse » prépare un faux CV dans lequel il prétend avoir joué pour le géant argentin Independiente, qui avait remporté la Copa Libertadores deux ans plus tôt. A ce moment-là, il y avait un un Carlos Enrique (sans le H) qui jouait à Independiente, une coïncidence qui l’a bien aidé.

Mais les mensonges ne suffisent pas. Pour ne pas éveiller les soupçons, Carlos doit changer fréquemment d’équipe. Renato Gaúcho, l’un de ses nombreux amis, l’emmène alors à Flamengo. Là, en plus d’utiliser son charisme et de simuler ses blessures, il se munit d’un faux téléphone (un jouet) avec lequel il fait semblant de négocier en permanence avec des équipes européennes (!).

Carlos Henrique Raposo

Il n’avait probablement pas imaginé qu’il irait aussi loin. Dès la fin de son contrat avec Flamengo, Carlos Kaiser connaît sa première expérience internationale en signant à Puebla, au Mexique. Il a ensuite joué à El Paso, aux États-Unis, au Gazélec Ajaccio, en France, ainsi qu’à Fluminense, Vasco, América, Palmeiras, Guaraní et Bangu.

Le jour où il a failli être démasqué

C’est à Bangu qu’il a failli être démasqué. En 1989, quelques minutes avant le début d’un match, le président Castor de Andrade exigea la convocation de Raposo. L’entraîneur de l’époque, Moisés, convoque alors l’attaquant, qui reste sur le banc. Alors que le match battait son plein et que Bangu était mené 2-0, certains supporters ont commencé à insulter le président alvirrubro. Alors qu’il s’échauffait pour entrer en jeu, Raposo décida de s’en prendre aux supporters, et de se battre avec eux, ce qui lui a valu de se faire expulser par l’arbitre. Dans les vestiaires, lorsque le président lui a demandé des explications, il s’est défendu en disant qu’il ne permettrait pas qu’on insulte son « deuxième père », ce qui lui a valu une fois pour toutes la sympathie de Castor de Andrade et un renouvellement de contrat de six mois (!).

Carlos Kaizer qui s'entraîne avec le Gazélec Ajaccio

Un événement peu commun s’est également produit en France, où le Kaiser a dû effectuer une séance d’entraînement devant le public. Nerveux et craignant d’être découvert, le Brésilien a dû faire preuve d’ingéniosité pour cacher ses carences avec le ballon : « Le stade était petit, mais il était plein. Je pensais que j’allais juste entrer pour saluer les supporters, mais il y avait beaucoup de ballons. Nous devions nous entraîner. Ils allaient se rendre compte que j’étais mauvais. J’ai commencé à prendre les ballons les uns après les autres et à les frapper vers les supporters tout en les saluant et en embrassant l’insigne sur le maillot. » Il a offert 50 ballons aux supporters et a gagné ainsi une nouvelle journée de tranquillité.

L’histoire de Carlos Henrique Raposo est même devenue un documentaire, en 2018, réalisé par Louis Myles, producteur de la BBC britannique, sous le nom de « Kaiser : The Greatest Footballer Never to Play Football » – (Kaiser, le plus grand footballeur n’ayant jamais joué au foot), un documentaire qui a par ailleurs été plutôt bien accueilli par le public et les critiques.

Raposo a annoncé sa « retraite » à l’âge de 41 ans, sans avoir jamais joué un match. Aujourd’hui, à 59 ans, il gagne sa vie en tant que personal trainer, mais tout le monde le connaît comme la plus grande arnaque du football mondial.

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San Lorenzo et le retour à Boedo : de l’enfer à la justice

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San Lorenzo et le retour à Boedo

Certains amours sont éternels. Les supporters de San Lorenzo ne savent que trop bien à quel point cette maxime est vraie.

Le club a été fondé en 1908 par un groupe de jeunes de 13 à 16 ans et un prêtre salésien du nom de Lorenzo Massa. Il s’agissait de garçons très humbles qui partageaient leur amour du football dans les terrains vagues du quartier d’Almagro et formaient l’équipe « Los Forzosos de Almagro ». Lorsque l’oratoire salésien de San Antonio a été construit à l’endroit où ils jouaient, les jeunes ont pensé qu’ils allaient perdre leur « terrain ». Ils se trompaient. Le père Lorenzo Massa a mis à leur disposition un espace de jeu et leur a donné des maillots bleus et rouges. Tout ce qu’ils avaient à faire était de ne pas tomber dans la délinquance et d’assister à la messe du dimanche. Marché conclu. Le Club Atlético San Lorenzo de Almagro était né.

La création du Gasómetro à Boedo

Après des débuts difficiles, marqués par une suspension des activités en 1912 et un retour l’année suivante, San Lorenzo accède à la première division argentine en 1915. Mais le club ne disposait toujours pas de son propre stade. Le club louait le stade de Ferro Carril Oeste pour jouer ses matches à domicile. Il n’avait pas d’identité. Le Père Lorenzo revient à la charge pour aider l’institution qu’il aime tant et intercède pour obtenir un terrain appartenant à l’école Maria Auxiliadora. Ce terrain se trouvait à Almagro, mais plus tard, une partie de la zone, y compris le stade, deviendra le quartier de Boedo. Avenida La Plata, numéro 1700. Le nouveau domicile des Azulgranas.

Les jeunes joueurs de San Lorenzo avec le père Lorenzo Massa en haut à droite

Avec une capacité de 60 000 personnes, le stade était le plus grand d’Argentine jusqu’en 1950. Il a été baptisé Gasómetro en raison des anciens réservoirs de gaz qui s’y trouvaient. À l’époque, il était connu sous le nom de « Wembley argentin » et a accueilli l’équipe nationale pendant une trentaine d’années. Une fierté pour tous les corbeaux – surnom des supporters de San Lorenzo en raison de la soutane noire du prêtre. Lire les belles histoires cachées derrière les surnoms des clubs argentins.

Le succès croissant de San Lorenzo a également favorisé le développement de Boedo. Il s’agissait d’une symbiose. Sportivement, socialement et culturellement intégré, le club constituait le principal point de référence pour les habitants qui arrivaient dans le quartier à une époque d’urbanisation rapide. L’identité de l’un faisait la fierté de l’autre.

La persécution des militaires

Boedo est un carnaval. C’est ce que dit un extrait de l’un des chants les plus célèbres du principal groupe de supporters de San Lorenzo, la Gloriosa Butteler. Et ce fut longtemps le cas. Doté d’une forte scène culturelle, le quartier accueillait de grands spectacles de théâtre, de cinéma et de carnaval, possédait la plus grande bibliothèque de Buenos Aires et formait une classe moyenne à l’identité progressiste. Un phénomène observé avec réserve par le gouvernement militaire. De nombreuses réserves.

Entre 1930 et 1976, il y a eu six coups d’État en Argentine (1930, 1943, 1955, 1962, 1966 et 1976). Les Union Nationale Libératrice, Processus de Réorganisation Nationale, Union Civique Radicale ou tout autre nom de rupture montrait un pays nostalgique d’un passé prospère de plus en plus lointain. Les progrès institutionnels de San Lorenzo et les airs démocratiques de Boedo (une zone de plus en plus appréciée) contrastent avec les obscurs gouvernements totalitaires.

Plusieurs tentatives ont été faites pour causer du tort au club. La première eut lieu en 1971, lorsque le président Comandante Agustín Lanusse, dans un gouvernement anticonstitutionnel, ordonna la construction d’une avenue qui passait exactement au milieu du stade Gasómetro. Une idée abandonnée par la suite, mais un avertissement que les miliciens n’oublieraient pas San Lorenzo.

Le 24 mars 1976, lorsque Isabelita Perón a été destituée et qu’une junte militaire a pris le pouvoir, une autre dictature a été instaurée. Le lieutenant-colonel Jorge Rafael Videla accède à la présidence cinq jours après le coup d’État et reste au pouvoir jusqu’en 1981. Un régime totalitaire qui ne prendra fin qu’en 1983.

Jorge Rafael Videla
Jorge Rafael Videla au centre de la photo

Cette période a été marquée par une violente répression, avec la mort et la disparition de milliers de personnes. L’un des mouvements de résistance créés est l’Association des mères de la Place de Mai, une organisation de mères qui cherchent à obtenir des informations sur leurs enfants disparus et qui organisent des marches sur la Place de Mai, devant la Casa Rosada. Le foulard blanc sur la tête et l’angoisse au cœur, elles cherchaient une once d’espoir de retrouver leurs enfants. Le premier acte public de l’association récemment créée a eu lieu le 20 juin 1977 dans le stade Gasómetro. Un acte extrêmement noble et risqué. Pour les militaires, ce lieu était un centre de mouvements révolutionnaires qu’il fallait combattre.

La perte du stade. Au revoir Boedo

Le brigadier Osvaldo Cacciatore était l’officier militaire nommé par Videla pour prendre la mairie de Buenos Aires entre 1976 et 1982. L’une de ses missions était de mettre fin à ce « repaire de délinquants » qu’était le Gasómetro. Bien qu’il était l’un des plus grands et des plus importants stades du pays, il finit par être exclu de la Coupe du monde 1978. Il n’y aura pas de trêve avec le Ciclón.

Le maire Cacciatore commence à mettre son plan à exécution. Il propose d’abord de construire un seul stade pour San Lorenzo, Huracán et Vélez Sarsfield, arguant qu’il y a trop de stades à Buenos Aires. Évidemment, la proposition incluait la fermeture du Gasómetro et de voir San Lorenzo en dehors de Boedo.

L’année 1979 marque la fin du stade mythique. Sous la pression croissante des militaires et dans un contexte de grave crise économique, San Lorenzo succombe. Il vend le terrain du stade Gasómetro pour 900 000 dollars et quitte officiellement Boedo. Le match contre Boca Juniors, le 2 décembre de cette année-là, fut le dernier disputé dans ce stade. Le club est parti, mais le cœur est resté à Boedo.

Les mobilisations désespérées des supporters ne font pas bouger les militaires. Comme si cela n’était pas suffisant, en 1981, San Lorenzo est relégué en deuxième division. C’était la première fois qu’un club considéré comme un grand d’Argentine était relégué.

Des supporters fidèles à leur club de coeur

Que leur restait-t-il ? Sans stade et en deuxième division, il ne restait plus que le maillot. Et cela suffisait aux millions de supporters qui aimaient inconditionnellement le club. L’âme du club est immortelle, on ne pourra jamais leur arracher. Les samedis de deuxième division argentine de 1982 se sont transformés en caravanas de supporters qui se déplaçaient partout pour montrer le sentiment qu’ils portaient à leur club de coeur. Les matchs à domicile du Ciclón se jouaient dans différents stades (Ferro Carril, Vélez, River, etc.). Tous ces stades étaient bondés de Cuervos qui ne voulaient pas abandonner le club au moment le plus difficile de son histoire. Un phénomène social admiré jusqu’à aujourd’hui en Argentine.

San Lorenzo en Serie B en 1982. Les supporters répondent présent.
San Lorenzo en deuxième division en 1982. Les supporters répondent présent.

L’année suivante, San Lorenzo faisait son retour dans l’élite du football, mais la joie de la montée contrastait avec la douleur de la nouvelle : le conseil municipal avait approuvé le projet de démolition du stade Gasómetro pour la construction d’immeubles commerciaux. En 1984, le stade commence à être démantelé et en 1985, le terrain est vendu à l’enseigne française Carrefour, qui installe son premier supermarché en Argentine. C’était la fin.

Un Nuevo Gasómetro et, enfin, la justice

Sans stade, San Lorenzo a dû « emprunter » plusieurs stades pour pouvoir jouer à domicile. Ce fut le cas jusqu’en 1993, lorsque le club a inauguré son nouveau stade : le Nuevo Gasómetro, dans le quartier de Bajo Flores, à quelque trois kilomètres de Boedo. Ce n’était pas encore le retour à la maison, mais une sorte de sauvetage de l’amour-propre. L’ancien stade a été rebaptisé Viejo Gasómetro. Un viejo jamais oublié.

Même avec leur nouvelle maison, les supporters continuent de demander justice. San Lorenzo est de Boedo et c’est tout. En 2006, les supporters, les socios et les dirigeants ont commencé à exercer une plus grande pression sur la mairie de Buenos Aires pour obtenir la révision historique et la restitution de la « Terre Sainte » à son propriétaire légitime. Le mouvement a commencé à prendre de l’ampleur. Le 8 mars 2012, environ 100 000 supporters de San Lorenzo de toutes les régions du pays et de tous âges se sont rassemblés sur la Plaza de Mayo pour réclamer l’approbation de la « Loi de la Restitución histórica« . Le texte est approuvé le 15 novembre 2012, avec 50 voix pour et aucune contre. Carrefour serait obligé de vendre le terrain au club et San Lorenzo pourrait enfin rentrer chez lui.

En 2014, San Lorenzo et Carrefour se sont mis d’accord sur le montant à payer au groupe de supermarchés pour l’espace situé sur l’Avenida La Plata : 94 millions de pesos (environ 19,6 millions de dollars). Pour payer cette somme, le club a mis au point un système dans lequel les supporters pouvaient aider le club en achetant des mètres carrés symboliques. Chaque mètre carré coûtait 450 dollars et 27 000 supporters ont contribué à la cause.

En avril 2019, Carrefour a annoncé la fermeture de son unité sur l’Avenida La Plata. Un fait consommé le 5 mai 2019. Un jour historique pour tout le « sanlorencisme ». Et les cuervos étaiet là pour accompagner la fermeture du supermarché. Au revoir Carrefour, il est temps de rentrer.

Le 1er juillet 2019, la première pierre du nouveau stade en « Terre sainte » est posée. La construction sera un autre défi de taille dans un pays en proie à une grave crise économique. Mais comment douter de ce que ces gens sont capables de faire ? Le retour à Boedo n’est pas un miracle du Pape François – le plus illustre supporter du club – mais l’attitude de chaque supporter qui n’a pas laissé mourir le souvenir d’un amour ancien. Chaque jour, chaque défaite, chaque titre, chaque nuit noire, chaque bon ou mauvais moment.

Le cri qui a été lancé tant de fois depuis 1979 se rapproche de plus en plus : on reviendra ! Et cette fois, ce sera pour toujours !

Source article : Extracampo

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Gre-Nal : la plus grosse bagarre de l’histoire du classico

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Bagarre générale lors du Gre-Nal 1969

Valdomiro était tranquillement en train de prendre sa douche. Quelques minutes plus tôt, il avait été remplacé dans le Gre-Nal 189, disputé dans le cadre d’un tournoi amical entre quatre équipes, avec la présence également de la sélection hongroise et du Benfica d’Eusebio pour marquer l’inauguration du stade Beira-Rio. Dans un match serré et tendu, le score nul et vierge semblait inévitable. Jusqu’à ce que Gentil, intendant de l’équipe, entre en trombe dans le vestiaire, terrifié et presque à bout de souffle, pour avertir l’ailier droit de la bagarre qui a transformé le terrain en zone de guerre. Cela marquera à jamais le tout premier Gre-Nal disputé au Beira-Rio. Une bagarre qui a eu lieu le 20 avril 1969, une date qui est entrée dans l’histoire du classico.

Une bagarre générale et 20 expulsions lors du premier Gre-Nal du Beira-Rio

Au total, 20 joueurs ont été expulsés par l’arbitre Orion Satter de Mello, dont 19 pour la bagarre. Les seuls qui y ont échappé ont été le milieu colorado Dorinho et Alberto, le gardien de Grêmio. Ce dernier a d’ailleurs été le protagoniste d’une des images les plus curieuses de ce dimanche après-midi, lorsqu’il a tenté de séparer l’uruguayen Urruzmendi et l’attaquant Acindo, qui voulaient absolument en découdre sous le regard candide du gardien. Bien sûr, Valdomiro n’a pas été expulsé non plus, lui qui a assisté à la scène depuis l’entrée du tunnel, déjà douché.

« J’ai le Belfort Duarte », s’enorgueillit aujourd’hui encore Valdomiro, en référence à la récompense décernée à l’époque aux joueurs les plus fair-play du football brésilien. « Tout ce que je sais, c’est que ce petit Uruguayen est entré en jeu et a commencé à semer la pagaille ».

Valdomiro fait référence à Urruzmendi, entré en jeu en seconde période. Il n’a joué que trois minutes. La montre indiquait la 82e minute de jeu et le ballon se trouvait dans les bras d’Alberto. L’Uruguayen, dans un élan de fureur inexplicable, a couru en direction du gardien pour gêner la relance. Valdir Espinosa, qui avait l’œil, s’est mis en travers pour l’en empêcher. Le contact entre les deux a eu l’effet d’une étincelle dans un baril de poudre. C’est ainsi que le Gre-Nal a explosé.

Une rixe prévisible

Alberto a dégagé le ballon en touche. Au même moment, son coéquipier Tupanzinho s’en prenait à Urruzmendi, qui ne se laissait pas faire et ripostait. Tout le monde s’y est mis, joueurs, remplaçants, dirigeants… Alcindo a traversé le terrain pour entrer dans la mêlée. Sadi a profité de la course de son rival pour le percuter. Bien que sonné, cela n’a pas arrêté l’attaquant de Grêmio qui voulait en découdre avec Urruzmendi. Alberto a tout fait pour les arrêter. En vain.

Sadi et Alcindo

Le clou du spectacle a été le coup de pied aérien du gardien colorado. Gainete a volé tel un karatéka et est rentré dans le tas. Malheureusement pour lui, il est tombé au milieu des joueurs de Grêmio, et il s’est pris quelques coups. Au sol, il a reçu des coups de pied jusqu’à ce qu’il soit secouru par ses coéquipiers, qui se sont précipités pour éviter plus de dégâts. Il s’en est sorti avec du sang sur le visage, mais avec une fierté intacte.

Alcindo et Gainete nourissaient une grande rivalité – raconte Valdomiro, le colorado qui a joué le plus grand nombre de matchs pour le club. Meilleur buteur de l’histoire du Grêmio et auteur de 13 buts dans les Gre-Nal, Alcindo a toujours été un personnage à part dans les classicos. Il entendait les supporters du rival le huer du début à la fin de chaque match. Et, en plus de marquer des buts, il a appris à prendre des coups par les défenseurs, et à rendre la pareille.

« Ecoutez, je vais être honnête avec vous quand il s’agit d’échauffourée. On ne frappe pas et on ne prend pas de coups. On ne sait pas qui on frappe, de qui vient le coup. On ne voit rien, on menace, on pousse… » a-t-il dit, avec une pointe de nostalgie pour les temps plus lointains du derby.

Pour Alcindo, la bagarre n’a été que l’aboutissement naturel de l’environnement de pression créé pendant la semaine précédant le choc historique.

Déclarations de Valdomiro et Alcindo
Source image : globoesporte

« Quand on sait que les choses vont soudainement mal se terminer, toute étincelle met le feu aux poudres. L’atmosphère était déjà lourde depuis le début », a-t-il déclaré.

« Les gars étaient un peu nerveux, on ne pouvait pas se permettre de perdre le premier Gre-Nal au Beira-Rio », a déclaré Valdomiro.

Un match sous haute tension

Les esprits s’étaient déjà échauffés pendant la semaine, en coulisses. Les dirigeants de Grêmio et de l’Inter s’étaient envoyés des piques via les journaux au sujet de la répartition des revenus du match amical. Dans un communiqué, Grêmio a déclaré qu’il jouerait le Gre-Nal « en protestant », menaçant d’intenter une action en justice « pour récupérer les pertes résultant de cette procédure malveillante ».

La réponse de l’Inter a été forte, également par le biais d’un communiqué, dans lequel le club a qualifié les allégations de « calomnie, diffamation et injure ». Il a déclaré qu’il regrettait d’avoir invité le plus grand rival à l’inauguration du Beira-Rio : « Nous aurions parfaitement pu nous passer de ce geste de gentillesse », a conclu le club, à la veille du match.

« Je connaissais ce problème, mais je ne m’attendais pas à ce que les 22 joueurs, tous des gentlemen, se laissent contaminer par cela » a déclaré, après le match, l’arbitre Orion Satter de Mello, qui, à l’époque, n’avait que deux ans d’expérience en tant qu’arbitre dans la division principale du Rio Grande do Sul.

Le match était pour beaucoup d’une importance capitale. Le matin du jour de match, le journal Zero Hora publiait faisait la une avec le titre suivant : « Un Gre-Nal plus grand que le Beira-Rio ». La publication a également rappelé les « 15 ans d’attente » de Grêmio pour ce moment de revanche. En 1954, lors du tournoi d’inauguration de l’Olimpico, l’Inter avait baptisé le nouveau stade de son rival en lui infligeant une incroyable goleada (6-2). Le gardien gremista de l’époque, qui a encaissé les six buts, était Sérgio Moacir Torres. Précisément, l’entraîneur tricolore en 1969.

Peut-être par peur d’encaisser une nouvelle goleada, Sérgio Moacir Torres a mis en place une équipe défensive en ce 20 avril. Avant que la violence ne presse le dessus sur le football, l’Inter était supérieur à son adversaire et se procurait les meilleures occasions de but. Le match était frictionné et tendu. Après le match, l’arbitre a même été accusé par la presse sportive d’avoir été trop laxiste sur les tacles appuyés en première mi-temps. Après la pause, il a expulsé un joueur, le meneur de jeu de Grêmio, Helio Pires.

Confiant qu’il parviendrait à marquer avant la fin du match, l’Inter a tenté de revenir sur le terrain après cette grosse altercation. Les joueurs ne se sont retirés que lorsqu’ils ont été informés qu’il n’y aurait pas assez de joueurs pour que le match « amical » puisse reprendre. La police a constaté des bagarres à l’extérieur du stade. Preuve que l’irresponsabilité sur le terrain s’est répercutée sur les supporters. Mais aucun événement n’a atteint le niveau de barbarie constaté sur la pelouse du Beira-Rio. Pour ne rien arranger, les dirigeants ne semblaient pas avoir retenu la leçon. Ils ont continué à se disputer au sujet des revenus la semaine suivant la rixe.

Aujourd’hui, les temps ont changé, mais les Gre-Nal sont toujours aussi disputés. Ce n’est pas pour rien que le classico est considéré comme un des plus chauds du monde.

La feuille de match

Inter 0-0 Grêmio

Date : 20 de abril de 1969

Stade : Beira-Rio

Arbitre :  Orion Satter de Mello

Internacional : Gainete ; Laurício, Pontes, Valmir et Sadi ; Tovar et Dorinho; Valdomiro (Urruzmendi), Bráulio, Sérgio et Gilson Porto. Entraîneur : Daltro Menezes.

Grêmio : Alberto ; Espinosa, Ari, Áureo et Everaldo ; Jadir et Sérgio Lopes (Cléo) ; Hélio Pires, João Severiano (Tupãzinho), Alcindo et Volmir. Entraîneur : Sérgio Moacir Torres.

Expulsions : Gainete, Laurício, Pontes, Valmir, Sadi, Tovar, Urruzmendi, Bráulio, Sérgio et Gilson Porto (Internacional) ; Espinosa, Ari, Áureo, Everaldo, Jadir, Cléo, Hélio Pires, João Severiano, Alcindo et Tupãzinho (Grêmio).
Note : les expulsions ne concernent que les joueurs qui sont entrés en jeu, et ne comptent pas les joueurs remplaçants qui ont également été expulsés.

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Huracán – San Lorenzo: cinq histoires sur le plus grand clásico de barrio du monde

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Classico Huracán - San Lorenzo

Huracán et San Lorenzo disputent ce qui est considéré comme le plus grand « clásico de barrio » (derby de quartier) du monde, un match qui, bien sûr, compte mille et une histoires. Le média argentin TyC Sports en a retenu cinq que l’on a retranscrit pour vous.

Cinq anecdotes sur le classico entre San Lorenzo et Huracán

1. Un stade sans but

En 1973, Huracán avait la meilleure équipe de son histoire. Sous la houlette de César Luis Menotti, cette équipe allait laisser une empreinte indélébile sur le club et sur le football argentin. Il y a 50 ans, le Globo a remporté son seul titre de champion dans l’ère professionnelle, et à l’époque, les supporters du Ciclón étaient inquiets, car le calendrier indiquait que Huracán pouvait célébrer son titre au Gasómetro. Ils ont donc pris les choses en main. Lors d’un match contre Newell’s, ils ont lancé une opération pour faire suspendre le stade et ont commencé à jeter des bouteilles sur le terrain. Et cela a fonctionné car pour les deux matchs qui ont suivi, le Ciclón a dû jouer sur le terrain d’Atlanta.

Entre-temps, le Globo a été sacré champion malgré sa défaite au Ducó face à Gimnasia, car Boca, son poursuivant, s’était incliné face à Vélez lors de cette même journée. Le problème, c’est que le Gasómetro n’était déjà plus suspendu et qu’ils pouvaient donc y jouer. Que s’est-il passé ? L’historien azulgrana Adolfo Rés raconte : « Ce qui s’est passé, c’est que les gars ont arrachés des morceaux de pelouse, près de la surface, et ont caché un but, si bien que San Lorenzo a informé l’AFA qu’il y avait des problèmes avec le terrain. Le match s’est joué à Vélez et nous avons gagné 1-0 avec un but de Sapo Villar. Bien sûr, cela a été fait avec la complicité des dirigeants« .

2. Toscano Rendo, l’idole des deux quartiers

Repéré par la gloire de River Carlos Peucelle, Alberto Rendo, cordonnier de métier, a signé à Huracán à l’âge de 18 ans. Toscano, surnommé ainsi par Armando Bo parce qu’il lui rappelait l’acteur Toscanito, a joué six saisons au Globo à un excellent niveau. Mais San Lorenzo avait des vues sur lui et le voulait à tout prix. Le club a alors déboursé 25 millions de pesos et offert quatre joueurs pour le recruter. Lorsque les quemeros l’ont appris, ils se sont rendus au funérarium du président Carmelo Marotta et l’ont saccagé en jetant des pierres pour exprimer leur mécontentement.

Toscano Rendo

A San Lorenzo, Toscano a fait partie de la légendaire équipe des Matadores, qui a fini championne en étant invaincue. Il y est resté cinq saisons avant de faire son retour à Huracán.

Il a été champion avec San Lorenzo et ils l’adorent ; il a fait ses débuts à Huracán, club dont Rendo est supporter, et ils l’adorent. Toscano, l’idole de deux quartiers.

3. Cinq à la suite pour Huracán

Qui dit Penta dit Huracán. Le Globo détient un record qu’aucun autre club n’a égalé dans le football argentin. Il a battu son grand rival à cinq reprises lors d’une seule et même année. Aujourd’hui, San Lorenzo est nettement devant Huracán dans l’historique des rencontres entre les deux équipes, mais en 1976, c’était différent. A l’époque des Metropolitanos et des Nacionales, ils se sont affrontés trois fois dans le Metro et deux fois dans le Nacional. Et les Quemeros ont remportés les cinq matchs : une victoire 3-1 au Parque de los Patricios (avec un gros match d’Ardiles) ; une autre 3-1 à Boedo (Houseman homme du match) ; une victoire 4-2 à La Boca (dans ce tournoi, le finaliste, Huracán, était l’équipe qui avait le plus gagné, le moins perdu et remporté le plus de points, mais le champion a été Boca grâce à une victoire sur le plus petit des scores sur une pelouse de River totalement inondée), une victoire 2-1 au Gasómetro et une victoire 2-1 au Tomás Ducó. Du jamais vu, cinq victoires d’affilées !

4. Romagnoli hincha de Huracán

Romagnoli est un supporter de Huracán. Pas de panique, nous ne parlons pas de Leandro « Pipi » qui, plus d’une fois, et en réponse à l’accusation d’Oscar Ruggeri, a déclaré lors d’une émission de télévision qu’il était « re cuervo » (un vrai cuervo) et a même utilisé son compte Twitter pour le souligner : « Para la gilada, soy re cuervo ». Nous parlons de Federico Romagnoli, le cousin de Pipi, qui, dans une autre émission télévisée, diffusée par la chaîne 13 et animée par Guido Kaczka, a dû participer à un jeu où il devait marquer un but à Pablo Migliore, issu du centre de formation quemero, et qui a également porté les couleurs de San Lorenzo. Le cousin d’El Pipi a dit « je vais le manger tout cru« , avant de le dribbler et de marquer en tirant entre ses jambes. Auparavant, il avait montré un tatouage de Huracán, qui a confirmé que Romagnoli est bien supporter du Globo.

5. Le message du pape François

Je prie pour Huracán. Il y a dix ans, lors du Día Mundial del Hincha de Huracán, un document a circulé affirmant que le pape François avait été socio du Globo. Mais lorsqu’ils ont vérifié la carte de socio, les dirigeants du club Parque de los Patricios ont constaté qu’il s’agissait d’un document apocryphe. Oui, c’était un faux. Bergoglio est un grand supporter de San Lorenzo, à tel point qu’il a utilisé son pouvoir en 2015. Comment cela ? En 2015, François donnait une de ses audiences publiques et quelqu’un lui a demandé un message pour Huracán. Sa réponse a été : « Dites-leur que je prie pour que le Globo (montgolfière en espagnol) se perce, que je suis toujours mauvais« . Malgré cela, Huracán a éliminé River en Copa Sudamericana et a disputé la finale, qu’ils ont finalement perdu face à Santa Fé.

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Los Borrachos del Tablón : les origines de la barra de River Plate

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Los Borrachos del Tablón

C’est la plus grande barra d’Argentine avec La Doce, et probablement celle qui a connu le conflit interne le plus sanglant de ce siècle, qui a abouti à l’assassinat de Gonzalo Acro. Mais c’est aussi la barra qui a dominé une Coupe du monde, en 2006 en Allemagne, celle qui a généré la terreur aussi bien en Argentine qu’à l’étranger au cours des 20 dernières années, celle qui a été plongée dans de gigantesques activités criminelles et la seule du pays qui a été encadrée ces dernières années, au point de ne même pas pouvoir déployer ses drapeaux dans son habitat naturel, le stade Monumental. C’est la barra brava de River, connue sous le nom de Los Borrachos del Tablón. Une barra qui sévit dans le football depuis les années 70 et dont beaucoup ignorent l’origine, que l’on va raconter dans cet article.

La naissance de Los Borrachos del Tablón

La barra de River trouve son origine en 1968. Loin des quartiers qui ont ensuite occupé les tribunes (Palermo, Zona Norte, Budge, Constitución, etc.), le premier noyau géographique de ceux qui allaient régner sur la popular se trouvait à Abasto et Once, dans la zone que l’on peut aujourd’hui délimiter dans les environs de l’emplacement de deux centres commerciaux : Le Shopping Spinetto avec sa place Primero de Mayo, délimité par les rues Pichincha, Pasco, Alsina et Hipólito Yrigoyen, et le secteur de l’Abasto qui s’étend de Ecuador à Sánchez de Bustamante, plus le tronçon entre Rivadavia et Córdoba.

El Loco Mingo, le premier capo barra

Celui qui s’est érigé comme le premier leader est Loco Mingo. De fait, on se souvient de son baptême du feu en tant que « capo barra » cette même année lors du triangulaire final pour définir le champion face à Vélez et Racing. Tout se jouait au Nuevo Gasómetro. River avait battu Racing deux à zéro lors du premier match et devait affronter le Fortín le 22 décembre. S’ils gagnaient, ils seraient champions. Mais le match s’est terminé sur un résultat nul de un but partout, dans un match au cours duquel l’arbitre Guillermo Nimo n’a pas accordé un penalty flagrant en faveur du Millonario. À la fin du match, il y eut une bataille entre les barras et la légende raconte qu’à un moment donné, Mingo, qui avait mené l’attaque, s’est retrouvé encerclé par un grand nombre de supporters de Vélez et a tenu bon jusqu’à ce qu’on vienne le secourir. Bien qu’il se soit sacrément fait amocher, il conservât son titre de « jefe » (la semaine suivante, Vélez battrait le Racing et remporterait le titre). A ses côtés se trouvaient d’autres hommes importants dans l’histoire de la barra originale : Negro Clay, Sandrini, Mandarina et Tripa. On peut dire qu’à eux cinq, ils ont fondé Los Borrachos del Tablón.

La Banda de Palermo

Barra Brava River

Mais à une exception près : la barra de River ne s’appelait pas encore ainsi. Le nom qui allait marquer son histoire est né quelque temps plus tard et de la main d’un autre groupe, celui qui allait marquer de son empreinte les tribunes du Millonario : Palermo. Car c’est autour de ce quartier, autour de la place Campaña del Desierto, aujourd’hui rebaptisée place Armenia (délimitée par les rues Malabia, Armenia, Costa Rica et Nicaragua), que s’est formée la faction la plus puissante pendant des décennies. Loin du glamour actuel, ce quartier connu sous le nom de Palermo Viejo était une terre d’ouvriers et de voyous. C’était aussi un quartier d’ateliers de mécanique. Et un personnage s’y distinguait : Alberto Ramos, alias Sandro, décédé en 2018, qui, de chef d’un groupe de 20 jeunes hommes, s’est emparé de tout le quartier pour finir avec une armée de plus de 80 « piernas », comme ils se faisaient appeler à l’époque, et qui a fini par être celui qui a fourni le plus grand nombre de membres à la barra brava.

Le premier conflit interne de la barra de River

L’affrontement du début des années 70 semblait donc inévitable. Et au lieu de négocier avec ce groupe naissant et puissant, El Loco Mingo a voulu lui appliquer la loi du plus fort. Le club lui donnait 200 billets et il n’en distribuait que 50, laissant beaucoup de personnes de Palermo à la porte. De plus, comme s’il était le parrain, si quelqu’un avait besoin d’un billet supplémentaire, il devait aller le lui demander personnellement.

Son idée était que les billets gratuits auxquels Sandro avait droit ne devait jamais plus être plus élevé que ceux réservés au groupe d’Abasto. C’est ainsi qu’est né le premier conflit interne de l’histoire de la barra de River, et sans doute le premier conflit interne d’une tribune dans le football argentin.

Puis un jour, la guerre a éclaté. C’était en 1975. Des anciens barras affirment que tout s’est passé en mars de cette année-là, lors d’un match contre Banfield sur le terrain du Racing (dans le cadre de la septième journée du tournoi Metropolitano, qui s’est soldée par une victoire 2-1 de River, avec des buts de Carlos Morete et de Norberto Alonso). D’autres disent que le jour clé date du mois de juillet de la même année, contre Temperley, également sur la pelouse du Racing (le 30/7/75 pour la 31e journée, un match qui s’est terminé sur un résultat nul de 1-1 avec un but de Pedro González). Ce qui est certain, c’est que l’histoire, qu’elle se déroule en mars ou en juillet, coïncide sur un point essentiel : lors du match précédent, il y a eu une dispute au sujet de la distribution des billets et Sandro a donné l’ordre de ce qui avait été convenu précédemment sur la Plaza del Desierto : « dès qu’on est prêt, on fout le bordel ». En moins de dix minutes, Palermo a pris la tribune à Abasto. Et à partir de là, ils ont dominé la barra. Mais ce n’est pas à ce moment-là non plus qu’est apparu le nom qui les caractérise.

La dénomination de Los Borrachos del Tablón

Pour cela, il faut encore attendre deux ans. Entre 75 et 77, Sandro a été le roi de la tribune millonaria. Mais le 24 juillet de cette année-là, lors de la 17e journée du tournoi Metropolitano, à la fin du clásico contre Independiente à Avellaneda, qui s’est soldé par une victoire de l’équipe locale deux à un, au milieu d’une bagarre avec les supporters du Rojo, la police est intervenue et l’a arrêté. Sandro avait une arme sur lui et non seulement un procès a été ouvert contre lui, mais il a été détenu au secret pendant cinq jours. C’était l’époque d’une dictature féroce et Alberto Ramos en particulier et le groupe de Palermo en général étaient dans le collimateur de la justice. À sa sortie, Sandro savait qu’il ne pouvait plus rester exposé en étant à la tête du groupe. Un soir, il a donc réuni toute sa faction sur la place qui s’appelait encore à l’époque Plaza Conquista del Desierto. C’est là qu’il a annoncé qu’il partait et que le nouveau chef était Rubén Cóppola (décédé le 11 novembre 2020 dans un accident de voiture). Le célèbre Matute. Cette même nuit, il a décidé que la barra de River devait avoir un nom. Voyant ce qui se passait autour de lui, avec les bouteilles d’alcool vides après toute une soirée passée à boire, il lui donna le surnom qui identifie encore aujourd’hui la barra : Los Borrachos del Tablón.

Source : TyC Sports

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