Véritable légende du football argentin, Víctor Legrotaglie a marqué à jamais l’histoire de Gimnasia de Mendoza, club qui a récemment validé sa remontée en Première Division après plus de 40 ans d’absence. Décédé en mars 2024 à l’âge de 86 ans, ce génie du ballon rond avait refusé les offres de Boca, River, l’Inter Milan… et même du Real Madrid. Par amour pour ses couleurs, il est resté fidèle à son club de cœur.
Víctor Legrotaglie : le plus grand joueur de l’histoire de Mendoza
Né en 1937 à Las Heras (Mendoza), Legrotaglie est considéré comme le plus grand joueur de l’histoire du football mendocino. Il est aussi reconnu à l’international comme l’un des meilleurs tireurs de coups francs de tous les temps, avec 66 buts inscrits sur coup de pied arrêté, derrière Messi (69), Pelé (70) et Juninho Pernambucano (77).
Dès ses 16 ans, il fait ses débuts avec Gimnasia et s’impose rapidement comme le meneur de jeu d’une équipe mythique surnommée Los Compadres. À cette époque, on disait même que leur football n’avait rien à envier au Barça de Guardiola.
Un virtuose du ballon
S’il excellait sur coup franc, Legrotaglie était aussi un artiste du dribble et un spécialiste des buts « olympiques » (but sur corner direct) — il en a marqué douze, un record que son club tente encore de faire homologuer par la FIFA.
Son talent était tel que certains le comparaient à Diego Maradona. Mais l’intéressé refusait ce genre de parallèle : « Pelé, Maradona, Messi… Ce sont tous des génies. Il ne faut pas les comparer, simplement les admirer », disait-il.
Il eut d’ailleurs le privilège d’affronter Pelé lors d’un match amical entre Godoy Cruz (où il avait été prêté pour l’occasion) et Santos, au stade de Mendoza.
L’homme qui a dit non au Real Madrid
Au sommet de sa carrière, le jeune prodige de 20 ans attire l’attention de clubs prestigieux : Boca, River, l’Inter Milan, le Cosmos de Pelé et Beckenbauer… et surtout le Real Madrid, alors double champion d’Europe avec Di Stéfano comme vedette.
Comment un joueur de province a-t-il éveillé l’intérêt du plus grand club du monde à une époque sans réseaux sociaux ? En 1957, Gimnasia dispute un tournoi amical contre Racing et Newell’s. Dans les tribunes, le consul espagnol à Mendoza, Gonzalo Puente Ojea, est ébloui par le talent du jeune numéro 10. Il recommande aussitôt son nom à la direction du Real Madrid.
Le consul rencontre Legrotaglie, lui offre de l’argent et une montre en or en guise d’avance, et lui annonce : « Vous êtes joueur du Real Madrid. » Mais Víctor décline. À 20 ans, il choisit de rester à Mendoza : « Je gagnais bien ma vie ici, j’avais tout, même ma copine depuis mes 11 ans. Je ne pouvais pas partir. De Gimnasia, je ne serais jamais parti, même si on m’avait offert tout l’or du monde. »
Une fidélité éternelle
Legrotaglie a joué dans plusieurs clubs argentins, mais son cœur est toujours resté noir et blanc. Après avoir raccroché les crampons, il est revenu plusieurs fois à Gimnasia, cette fois comme entraîneur.
Homme simple, loyal et amoureux de son club, il est resté à Mendoza toute sa vie.
Le 30 mars 2024, il s’est éteint des suites d’une pneumonie, après avoir longtemps combattu la maladie d’Alzheimer. Quelques mois plus tard, son Gimnasia est remonté en Primera. Un hommage magnifique pour celui que tout Mendoza considère comme le plus grand de tous.
Le Superclásico entre Boca Juniors et River Plate est le duel le plus important du football argentin voire du football mondial. Xeneizes et Millonarios s’affrontent depuis plus de 100 ans, que ce soit depuis l’ère amateure, depuis l’arrivée du professionnalisme, lors de compétitions internationales ou en matchs amicaux. Voici l’historique des confrontations entre les deux plus grands clubs argentins.
Quelques chiffres sur le Superclásico
Historique général en matchs officiels
Depuis 1908, date de leur première confrontation (ou 1913 pour le premier match officiel), jusqu’à aujourd’hui, les deux clubs plus gros clubs du pays se sont affrontés à 265* reprises lors de matchs officiels. Lors de la dernière confrontation entre les deux équipes, Boca s’est imposé 2-0 à La Bombonera dans le cadre de la 15e journée du Torneo Clausura 2025, grâce à des buts d’Exequiel Zeballos et Miguel Merentiel. Plus tôt dans l’année, River avait pris le dessus dans le Torneo Apertura sur le score de 2-1 grâce notamment à un magnifique coup franc de Franco Mastantuono, aujourd’hui au Real Madrid.
Total : 265
Victoires de Boca : 93
Victoires de River : 88
Matchs nuls : 84
A noter que le 0-0 en 1919 qui ne rentre pas dans l’historique car la compétition a été annulée.
Historique en championnat national / Ligues AFA
Ils se sont affrontés 217 fois au total et là aussi, c’est Boca qui mène avec six victoires de plus que son rival. Au total, ils se sont affrontés à 208 reprises depuis l’arrivée du professionnalisme, avec un total de 76 victoires pour Boca contre 69 pour River, et 63 nuls. En amateur, sur 9 rencontres, le Millonario en a remporté 4 contre 3 pour le Xeneize et 2 nuls.
En amateur
Total : 9
Victoires de Boca : 3
Victoires de River : 4
Matchs nuls : 2
En professionnel
Total : 208
Victoires de Boca : 76
Victoires de River : 69
Matchs nuls : 63
Total
Total : 217
Victoires de Boca : 79
Victoires de River : 73
Matchs nuls : 65
Historique en compétitions internationales
En comptant les matchs aller et retour de la finale de la Copa Libertadores 2018, River et Boca se sont affrontés à 32 reprises, dont 28 fois en Copa Libertadores, deux fois en Copa Sudamericana (en 2014) et deux fois en Supercopa (en 1994). Toutes compétitions internationales confondues, Boca a un avantage d’une petite victoire. Toutes les victoires du Xeneize ont été en Libertadores, tandis que River a gagné 8 fois face à son rival dans cette compétition et une fois en Sudamericana. En Supercopa, ils ont fait matchs nuls à deux reprises (Boca s’est qualifié aux tirs au but).
Total : 32
Victoires de Boca : 11
Victoires de River : 10
Matchs nuls : 11
Historique en Coupe nationale
En Coupe nationale, c’est River Plate qui a l’avantage avec trois victoires d’avance sur Boca. Trois matchs ont eu lieu durant l’ère amateure, en Copa Competencia. Parmi les autres, on compte un match en Copa Adrián Escobar en 1942 , un en Copa de Competencia Británica en 1946, deux en Copa Centenario en 1993, un match en Supercopa Argentina en 2017, un en Fase Campeón de la Copa Maradona , un duel pour la Copa Argentina 2020/21 et enfin les confrontations dans le cadre de la Copa de la Liga Profesional.
Total : 16
Victoires de Boca : 3
Victoires de River : 5
Matchs nuls : 8
Historique en matchs amicaux
Lors des matchs amicaux, c’est encore une fois Boca qui a un léger avantage de cinq victoires d’avance sur son rival, sur un total de 124 confrontations. En 2019, il n’y a pas eu de match amical entre les deux équipes, pour la première fois depuis 30 ans. En effet, la dernière fois qu’il n’y a pas eu de Superclásico pour préparer la saison, c’était en 1989 !
Total : 124
Victoires de Boca : 46
Victoires de River : 41
Matchs nuls : 37
Historique global (inclus les matchs amicaux)
Si on prend en compte les 389 rencontres disputées entre River et Boca au long de l’histoire, qu’elles soient officielles ou non, le Xeneize compte un avantage assez important sur son rival avec 10 victoires de plus que le Millonario.
Total : 389*
Victoires de Boca : 139
Victoires de River : 129
Matchs nuls : 121 (122*)
Historique des derniers matchs entre Boca et River
Flamengo et Vasco da Gama sont les protagonistes de l’un des plus grands derbys du football brésilien, voire du football mondial. Le Clássico dos Milhões compte plus de 100 ans d’histoire et de nombreuses anecdotes insolites. On en a sélectionné 12.
Flamengo x Vasco : 12 anecdotes sur le Clássico dos Milhões
Bien qu’il ait été révélé par Vasco, Romário a également été une idole du côté de Flamengo. Le baixinho a marqué 204 buts pour le Rubro-Negro, mais c’est bien avec Vasco qu’il en a inscrit le plus : 326.
2. Mais ce n’est pas le seul
Plusieurs joueurs ont porté le maillot des deux clubs, notamment Tita et Bebeto, un duo étroitement lié à Flamengo, mais qui a également remporté des titres avec Vasco. Parmi les noms les plus illustres, on peut également ajouter Edmundo, Petkovic, Paulo César Caju,Léo Moura, Felipe, Jorginho, Andrade, etc.
3. Vasco, l’équipe des remontadas
En 1975, Vasco perdait 2-0 contre Flamengo et a réussi à renverser la rencontre pour l’emporter 3-2, une victoire qui a permis aux supporters de consolider le célèbre dicton “o Vasco é o time da virada” (Vasco est l’équipe des retournements de situation). En 1944, l’équipe avait déjà réalisé une autre remontada remarquable après avoir été mené 2-1 avant de l’emporter 5-2, à l’époque du célèbre Expresso da Vitória.
4. Rondinelli le « Deus da Raça »
En 1978, le défenseur Antônio Rondinelli a marqué le but de la victoire 1-0 contre Vasco da Gama, qui a assuré le titre de champion carioca à Flamengo. Son match de gala et le fait qu’il soit parvenu à neutraliser le toujours dangereux Roberto Dinamite lui ont valu le surnom de « Deus da Raça » (du fait qu’il jouait avec ses tripes). Ce titre a également marqué le début de l’ère la plus glorieuse du club de Gavea, qui culminera avec les titres du début des années 1980.
5. Le but qui a engendré la retraite du gardien de Vasco
Le 27 août 1964, Flamengo a battu Vasco 2-1 grâce à un but de Nelsinho, qui a déclenché une frappe molle, que le gardien Marcelo a laissé passé entre ses jambes. En pleurs, le portier de Vasco a demandé à quitter le terrain et n’a plus jamais joué.
6. Le Super Superchampionnat carioca
Dans le championnat Carioca de 1958, Botafogo, Flamengo et Vasco se sont affrontés dans un superchampionnat carioca après avoir terminé à égalité de points au classement général. Dans le « superchampionnat », il y a eu une nouvelle égalité de points du coup les instances ont eu l’idée de faire un « super superchampionnat » (incroyable mais vrai). Et, après avoir battu Botafogo 2-1 et fait match nul 1-1 contre Flamengo devant plus de 130 000 personnes, Vasco a remporté le titre de super champion dans le Super Superchampionnat carioca de 1958.
7. Zico avec le maillot cruzmaltino
Lors du jubilé de Roberto Dinamite en 1993, Zico a porté le maillot cruzmaltino lors d’un match commémoratif disputé au Maracana pour rendre hommage à son ami. Dinamite a alors déclaré qu’il serait également prêt à porter le maillot de Flamengo en retour.
8. Les deux clubs les plus suivis de Rio
Flamengo et Vasco comptent le plus grand nombre de supporters à Rio de Janeiro. 50% des cariocas se disent partisans du rubro-negro, tandis que Vasco en compte 20%. Au Brésil, Flamengo est le leader avec 20% des préférences des supporters, tandis que Vasco en compte 4%.
9. Un classico qui voyage
Le Clasico dos Milhões a déjà été joué dans 26 stades différents !
10. Une rivalité exacerbée
La rivalité est si grande qu’il y a presque toujours des fortes discussions et même des bagarres, tant entre les joueurs qu’entre les supporters. Les jours de match, les nerfs des Flamenguistas et Vascaínos s’emballent quelque peu. Il s’agit de l’un des classicos les plus chauds au monde !
11. Roberto Dinamite, le meilleur buteur du Classico
Roberto Dinamite est aujourd’hui encore le meilleur buteur de l’histoire du classico. Le crack de Vasco a marqué 27 buts, tandis que Zico le suit derrière avec 19 buts inscrits pour Flamengo.
12. Un classico assez équilibré dans le Brasileirão
L’historique du Clássico dos Milhões est assez équilibrée en ce qui concerne le Brasileirão. Flamengo a gagné 24 fois contre 17 victoires pour Vasco. On compte également 25 matchs nuls.
Flamengo était déjà un club de régate traditionnel de la ville lorsque Vasco a commencé à lui faire concurrence dans les championnats d’aviron. Lorsque le football a commencé à rivaliser avec celui qui était alors le sport préféré des Brésiliens, Flamengo a également créé sa section foot après une embrouille interne entre des joueurs et des dirigeants de Fluminense. Après des années de rivalité avec le Flu, les rubro-negros ont vu Vasco créer une équipe de football en 1915 et remporter un titre d’État en 1923, avec une équipe composée de joueurs des classes sociales plus défavorisées, un affront à la soi-disant normalité de l’époque. De plus, en 1927, le cruzmaltino a inauguré le plus grand stade du pays.
Cette même année, le Jornal do Brasil, en partenariat avec la société d’eau minérale Salutaris, a organisé un concours dans la ville pour décerner un trophée symbolique du « club le plus aimé ». Les supporters devaient voter pour l’équipe qu’ils soutenaient et rapporter les bulletins au siège du journal. Conscients que Vasco gagnerait grâce à sa popularité et à l’importante colonie portugaise, des supporters de Flamengo se sont « déguisés en Portugais », ont imité leur accent et ont porté les couleurs du cruzmaltino au moment de rassembler les coupons de journaux le jour du dépouillement. Puis ils ont jeté de nombreux bulletins vascainos dans les toilettes du journal, et Flamengo a remporté le trophée.
Si l’on ajoute à cela les belles équipes que les deux clubs ont formées, le nombre de supporters qui n’a cessé de croître et les duels électrisants, c’était sûr que la rivalité n’allait faire que de grandir. Cette rivalité a gagné le Brésil et des millions de supporters se sont passionnés pour le rubro-negro et l’alvinegro. C’est devenu le « Clássico dos Milhões ».
L’histoire de la rivalité entre Flamengo et Vasco
Tout ce qui entoure la confrontation entre les deux équipes a toujours été grandiose. On compte pas moins de 50 à 60 millions de personnes passionnées par le rubro-regro et par l’alvinegro et sa croix de Malte. Du nord au sud du pays, et même à travers le monde, les supporters de ces clubs arrêtent tout lorsque leur équipe entre sur le terrain. Ce sont les deux équipes qui comptent le plus d’adeptes à Rio de Janeiro, le plus grand nombre de supporters, le plus grand nombre de titres, ainsi que certaines des plus grandes équipes de toute l’histoire du football brésilien, et même du football mondial.
La grandeur d’un match entre Flamengo et Vasco est unique, inexplicable. Il suffit de regarder l’histoire du clássico pour comprendre cette dimension. Les joueurs qui ont porté les couleurs rubro-negras et le maillot cruzmaltino, les quelques 150 000 personnes qui s’entassaient à la belle époque du Maracanã, les finales épiques, les hégémonies, les buteurs, les idoles, etc. On revient dans cet article sur l’un des derbies les plus chauds du monde.
De l’aviron au football
Flamengo et Vasco ont tous deux été fondés au tournant du 19e siècle en tant que clubs de régate et rivalisaient déjà lors des compétitions d’aviron au début des années 1900 à Rio. Flamengo est né en premier, en 1895, et était déjà l’un des clubs de régate les plus populaires de Rio lorsque Vasco a été fondé en 1898, à l’occasion du 4e centenaire de la découverte de la route océanique vers les Indes, un exploit réalisé par l’amiral Vasco da Gama, d’où le nom choisi par les jeune du quartier de Saúde.
En 1905, alors que le football gagne en popularité, les socios de Vasco décident de créer une section football après une excursion d’une équipe portugaise qui a égayé la colonie lusitanienne de Rio. En 1915, le club s’affilie à la Liga Metropolitana de Sports Athléticos et démarre en troisième division. Puis le club a grimpé jusqu’à atteindre l’élite. En 1923, le club remporte son premier titre carioca de manière historique, avec un positionnement opposé au style aristocratique du football de la ville, et devient le premier club en dehors de la zone sud de la ville ou de Tijuca (les quartiers les plus aisés), à remporter le tournoi régional. Ce titre a été obtenu grâce à une victoire 3-1 contre Flamengo, lors du premier match officiel entre les deux clubs. L’année précédente, dans le Torneio Início, Flamengo avait battu Vasco 1-0.
Une victoire contre les préjugés
Les Camisas Negras : l’équipe de Vasco da Gama, championne de l’Etat de Rio en 1923.
Cette victoire de Vasco est cruciale pour le développement de la rivalité, parce que le club compte dans ses rangs des joueurs noirs, mulâtres, pauvres, marchands et ouvriers – du jamais vu dans les clubs de Rio de Janeiro à l’époque – ce qui lui vaut d’être qualifiée « d’équipe de commis et de noirs » et être victime de nombreux préjugés. À tel point que lorsque Flamengo l’emporte 3-2 contre Vasco dans ce même tournoi – une défaite du cruzmaltino que beaucoup voyaient décisive dans la course au titre – une grande fête est organisée dans les rues de la ville, sous les huées des supporters à l’égard de Vasco. Une statue de Pedro Álvares Cabral a été décorée avec des rondelles d’oignons et des marches ont eu lieu dans les rues comme s’il s’agissait de la finale du championnat. Tout cela pour rien, car au final, Vasco a été champion, brisant les paradigmes et scellant la victoire contre les préjugés et le racisme.
Mais il est clair que «l’élite » n’allait pas laisser ce titre impuni. Peu après, Flamengo, Fluminense, América et Botafogo ont fondé l’Associação Atlética de Esportes Amadores (AMEA), dont Vasco était exclu. Le cruzmaltino insiste pour faire partie de l’entité, qui a enquêté sur la vie de chacun des joueurs pour invoquer la « pureté » de l’amateurisme. N’ayant rien trouvé, l’AMEA créa un autre obstacle : « les analphabètes ne peuvent pas jouer ». Vasco engage alors des professeurs pour apprendre à la plupart des joueurs à écrire au moins leur nom sur les feuilles de match. Face à toutes ces résistances, le club trouve alors un idée pour prouver sa grandeur aux yeux de tous : en construisant un stade. C’est ainsi qu’en 1927, Vasco inaugure le São Januário, le plus grand stade du Brésil à l’époque. En mai de cette même année, Flamengo s’y rend pour la première fois et concède une défaite 3-1 face à l’équipe locale.
La supercherie du “club le plus aimé”
Mais l’étincelle qui met définitivement le feu aux poudres et déclenche la rivalité est lié à la création de la fameuse Taça Salutaris en octobre 1927, visant à récompenser le « club le plus aimé du Brésil ». Le trophée serait remis à l’équipe ayant le plus de supporters, dans le cadre d’un concours promu par le Jornal do Brasil, en partenariat avec la société d’eau minérale Salutaris.
Les éditions du journal contenaient des coupons permettant aux supporters d’élire le club le plus aimé du pays. Grâce à l’importante colonie portugaise, à son stade récemment inauguré et à ses supporters de plus en plus nombreux parmi les classes populaires, Vasco était le grand favori. De plus, les Portugais achetaient de nombreux journaux directement chez les marchands de journaux avant que les exemplaires n’arrivent dans les rares kiosques de la ville, avec pour seul objectif de remplir les coupons. N’ayant aucune chance de faire face leurs rivaux, en tête des sondages avec plus de 60 000 voix, les supporters du Flamengo eurent l’idée de préparer une contre-attaque précisément pour le jour du dépouillement, en 1928.
Déguisés avec une moustache, un maillot de Vasco et imitant l’accent portugais, les Flamenguistas se sont stratégiquement positionnés devant le siège du journal, sur l’Avenida Central, afin de recevoir les sacs remplis de coupons des supporters de Vasco. Lorsque l’un d’entre eux reçoit un coupon, il le passe à un autre Flamenguista, qui se rend au siège du journal et regarde les papiers. Si le coupon porte le nom de Vasco, il finit dans les toilettes. S’il est vierge, ils écrivent Flamengo et le mettent dans l’urne. Après avoir fini par boucher les toilettes, les Flamenguistas ont trouvé une alternative pour se débarrasser des votes vascaínos : dans les cages d’ascenseur.
Après le dépouillement, Flamengo l’a emporté avec 254 850 voix contre 183 742 pour le club de São Januário. La Taça Salutaris a fini entre les mains du rubro-negro, au grand désespoir des Vascaínos, qui n’ont appris la supercherie que le lendemain, après avoir reçu un « cadeau » de leur rival : un pot de chambre avec plusieurs votes vascaínos. La rivalité entre les deux clubs était plus que consolidée.
Les résultats sur le terrain
En 1931, Vasco reçoit Flamengo à São Januário dans le cadre du championnat carioca et lui inflige la plus grosse goleada de l’histoire du clássico : 7 à 0, avec quatre buts de Russinho, deux de Mário Mattos et un de Sant’Anna.
Le match le plus prolifique de l’histoire du derby a eu lieu en 1939 avec une victoire 6-4 de Flamengo, avec notamment un show des Flamenguistas Leonidas da Silva (doublé) et Caxambu (triplé).
En 1941, le rubro-negro entame une incroyable série de 11 matches sans défaite contre son rival, avec sept victoires et quatre nuls entre le 1er juin 1941 et le 3 octobre 1943, date d’une victoire 6-2 du Fla, la plus large victoire rubro-negra de l’histoire du derby. La série de 11 matches sans défaite contre Vasco sera répétée entre 1971 et 1973 et entre 1994 et 1996.
L’année suivante, Vasco met fin à la série noire avec une victoire 5-2 lors du premier clássico de la saison, mais c’est bien Flamengo qui finit par remporter le championnat carioca de 1944 contre une équipe de Vasco considérée comme favorite et qui dispose déjà de l’ossature de ce qui allait devenir « l’Expresso da Vitória« , avec Rafagnelli, Lelé, Isaías, Chico, Ademir de Menezes et Djalma.
L’attaque de Flamengo de 1947 avec Zizinho, Adílson, Pirillo, Jair Rosa Pinto et Vevé.
Lors d’un match disputé à Gávea, devant plus de 20 000 personnes, Flamengo s’impose 1-0 grâce à un but de l’Argentin Valido, revenu de sa retraite pour aider le rubro-negro dans la dernière ligne droite de la compétition. Le Mengo remporte le titre et les célébrations sont d’autant plus grandes car les Vascaínos se plaignaient d’une faute de l’attaquant sur l’action du but : « Ce titre a été une véritable épopée de passion et d’endurance. Vasco avait la meilleure équipe, mais nous nous sommes surpassés par pur amour du maillot« , a alors déclaré l’éternel Zizinho à propos de la victoire des Flamenguistas.
L’Expresso da Vitória qui a dégoûté les Flamenguistas
Mais comme on dit, tout va très vite dans le football, et ce fut au tour de Vasco de dominer les débats entre le 13 mai 1945 et le 25 mars 1951 avec la plus longue série d’invincibilité de l’histoire du classico : 20 matchs, avec 15 victoires et 5 nuls, dont huit victoires consécutives pendant cette période. Il était difficile de battre l’Expresso da Vitória à son apogée, avec Barbosa, Danilo, Ademir et tant d’autres cracks qui allaient former la base de la sélection brésilienne pour la Coupe du monde 1950.
En 1949, lors de la campagne pour le titre régional, Vasco s’impose même 5-2 contre son rival après avoir été mené 2-0. Cette défaite provoque une énorme crise à Flamengo, avec plusieurs manifestations de supporters qui ne supportent plus de voir leur équipe perdre contre les cruzmaltinos.
La magnifique équipe de Vasco baptisée l’Expresso da Vitória
En 1952, alors que la dream team de Vasco vit ses derniers instants de gloire, l’équipe termine championne, tandis que Flamengo est vice-champion pour la première fois depuis 1923. Cela se reproduira en 1958. Dans les années 1960, avec la domination du Botafogo de Garrincha et compagnie, les deux clubs connaissent une période de creux et les grands clássicos n’ont fait leur retour que dans les années 1970.
L’âge d’or du Maracanã
Le Temple du football accueillait déjà le Clássico dos Milhões depuis septembre 1950, lorsque Vasco a gagné 2-1 contre Flamengo dans la foulée de la défaite de la seleção en finale de la Coupe du Monde, mais ce n’est que dans les années 1970 que le stade commence réellement à être le témoin de confrontations épiques et de finales à couper le souffle.
Zico vs Dinamite
En 1974, année du premier titre brésilien de Vasco, Flamengo est venu gâcher (avec plaisir) ce qui aurait été une saison parfaite pour son rival en remportant le titre carioca aux dépens des cruzmaltinos après un match nul 0-0 lors de la dernière triangulaire pour le titre. C’est la première fois que Zico et Roberto Dinamite s’affrontent dans un match décisif, des joueurs qui allaient devenir les porte-étendards de moments inoubliables pour les supporters.
En 1976, le record d’affluence de l’histoire du clássico est battu avec 174 770 personnes présentes au Maracana pour assister à la victoire 3-1 de Flamengo lors du tour préliminaire du championnat carioca. Dix-neuf autres matches ont attiré plus de 110 000 personnes dans les gradins, dont cinq plus de 150 000 !
Ces chiffres nous aident à comprendre le nom qui a été donné à ce derby, le Clássico dos Milhões, pour les millions de billets vendus et les millions de supporters disséminés dans tout Rio et le Brésil.
La confrontation anthologique de 1981
En 1977, Vasco prend sa revanche en remportant le championnat carioca aux dépens de Flamengo grâce à une victoire 5-4 aux tirs au but après un match nul 0-0 dans le temps réglementaire. Puis Flamengo remporte le titre en 1978, 1979 et en 1981 avec un duel emblématique entre Zico et Dinamite lors de ce dernier. Après les trois premiers tours, les deux équipes se sont retrouvées en finale et Vasco devait gagner trois matchs contre Flamengo pour être champion, vu que le rubro-negro avait gagné deux tours et les cruzmaltinos un seul (un règlement absurde !)
Les capitaines Zico et Dinamite se serrent la main avant le coup d’envoi.
Dans la première confrontation. Roberto Dinamite réalise un doublé et donne à Vasco sa première victoire : 2-0. Lors du second match, trois jours plus tard, sous une pluie torrentielle, alors que le score était de 0-0 à la 88e minute et que les supporters flamenguistas criaient déjà « on est champion ! », Roberto voit le ballon tomber dans une flaque d’eau dans la surface et déclenche un missile qui a termine sa course dans le but flamenguista : 1-0. Vasco est toujours dans la course pour le titre ! Avant la rencontre, Zico avait déclaré que Flamengo perdrait difficilement deux clássicos d’affilée. C’est pourtant ce qu’il s’est passé ! Ce n’est que lors de la dernière confrontation que le Fla a fini par l’emporter 2-1. Et, grâce au règlement, Flamengo a remporté le titre. Quelques jours plus tard, le rubro-negro se rendait au Japon, où il s’est imposé contre Liverpool pour remporter le titre mondial, couronnant une année tout simplement magique.
Il n’y a pas de favoris dans un classico
Mais un clássico reste un clássico et il n’y a jamais de favoris. En 1982, Flamengo et son effectif champion mondial est le grand favori pour remporter le titre carioca. Mais c’était sans compter sur Vasco qui est monté en puissance tout au long du tournoi grâce à son esprit, à sa détermination et aux changements opérés par l’entraîneur Antônio Lopes, qui a écarté cinq titulaires – Mazarópi, Geovani, Nei, Marquinho et Rosemiro – pour les remplacer par Galvão, Acácio, Ivan, Ernâni et Jérson.
Les choix sont payants, car en novembre 1982, le cruzmaltino s’impose 3-1 contre son rival, puis 1-0 contre l’América avant de l’emporter une nouvelle fois 1-0 face au rubro-negro, grâce à un but de Marquinho qui donne le titre de champion d’État au Gigante da Colina.
Les jeunes Bebeto et Romario, qui allaient plus tard former la paire d’attaque de la Seleção.
En 1986, c’est Flamengo qui remporte le titre régional après une victoire 2-0 lors de la grande finale, puis Vasco est allé le rechercher en 1987 et 1988, la victoire la plus emblématique étant celle de 1988.
Le but de Cocada
Lors de cette finale contre Flamengo, disputée sur deux matchs, Vasco remporte le match aller 2-1, grâce à des buts Bismarck et Romário. Lors du match retour, un match nul suffit pour conserver le titre, mais Cocada en voulait plus. Entré en jeu à la 86e minute à la place de Vivinho, il marque le but de la victoire à la 89e minute (voir le but) et se fait expulser à la 90e minute pour avoir enlevé son maillot. Vasco est champion de Rio de Janeiro pour la deuxième année consécutive. C’est la consécration des jeunes joueurs de São Januário (qui ont remporté 21 des 27 matchs de l’équipe dans la compétition) et de Romário, qui termine deuxième au classement des buteurs avec 16 buts, à un but de Bebeto. Ce fut le dernier titre du baixinho sous les couleurs de Vasco, avant de partir au PSV Eindhoven.
L’année suivante, Vasco couronnait sa bonne phase avec le titre de champion du Brésil, avec Bebeto dans l’équipe après un départ mouvementé de Flamengo. L’attaquant est considéré comme un traître pour avoir porté le maillot de Vasco.
Le show d’Edmundo
Dans les années 90, Vasco est plus heureux que son rival pour ce qui est des titres. Bien que le club ait perdu le championnat carioca 1996 face au Fla, il rebondit parfaitement en remportant une victoire historique 4-1 sur Flamengo en demi-finale du championnat brésilien de 1997, avec un triplé d’Edmundo, qui a également délecté les supporters d’une petite danse pour provoquer le grand rival (voir la vidéo). En finale, Vasco s’est imposé et a remporté le titre brésilien.
La petite danse d’Edmundo.
L’année suivante, Vasco est allé chercher le titre d’État et, en 2000, le Vascão a infligé une inoubliable goleada 5-1 à Flamengo, avec trois buts de Romário. Il s’agissait alors de la plus large victoire dans le Clássico dos Milhões au cours des 50 dernières années, et depuis, elle n’a été égalée qu’une seule fois par Vasco, en 2001, dans le championnat brésilien. En plus de la goleada, Vasco a également chambré son adversaire avec Pedrinho, qui a fait quelques jongles et n’est pas passé loin de se faire cisailler par le défenseur Juan (voir la vidéo) ! Ce qui a engendré bien sûr beaucoup de confusion et de nervosité.
Ce qui est curieux, c’est que malgré ces titres dans les années 1990, Vasco rencontre des problèmes dans le clássico. Flamengo n’a pas perdu contre son rival dans 11 matchs entre 1994 et 1996 et, entre le 16 septembre 1990 et la victoire 5-1 de Vasco le 23 avril 2000, Flamengo a remporté 24 clássicos contre seulement 10 pour Vasco ! Au cours de cette période, il y a eu neuf matchs nuls. Tout cela était un avant-goût de ce qui allait arriver : Flamengo préparait une ère de revanche et de profondes souffrances à son rival…
L’hégémonie rubro-negra
Flamengo commence à écraser son rival à partir de 1999, et une finale remportée dans le championnat carioca. En 2000, bien que Vasco vivait une meilleure phase et disposait d’une meilleure équipe, c’est Flamengo qui remporte de nouveau le championnat. Et, en 2001, le Mengão avait l’opportunité d’enchaîner un troisième titre consécutif, avec un nouveau Clássico dos Milhões en finale du championnat carioca.
Le coup franc de Petkovic
Lors de cette finale de 2001, le scénario semble se diriger vers une fin différente, car Vasco peut être champion même en cas de défaite par un but d’écart. Sur le papier, le Gigante da Colina dispose d’une équipe supérieure à celle de son rival, d’une équipe expérimentée. Elle avait vécu des moments forts depuis 1997. Mais le rubro-negro a un objectif extra : le tricampeonato. Une chose rare dans le football de Rio, mais que Flamengo avait déjà réussi à trois reprises. Le Mengão veut son quatrième « tri » et l’occasion se présente devant lui. Une telle opportunité peut prendre des années, des décennies avant de se présenter à nouveau. Son dernier « tri » datait de 1979. Et le dernier dans l’État à avoir réussi la prouesse était Vasco, en 1994, un statut qu’il voulait conserver.
En plus de Zagallo sur son banc, un véritable talisman, un aimant à titre témoin des meilleurs moments du football brésilien, l’équipe compte un jeune gardien dans les buts, Júlio César, un grand défenseur, Juan, un magnifique buteur, Edílson, et un maestro avec le numéro 10, un numéro qui avait appartenu à son idole et qu’il portait si bien : Petkovic. Mais à la pause, le score est de 1-1, un résultat qui donne le titre à Vasco. Les supporters cruzmaltinos n’en pouvaient plus, ils en avaient marre de perdre contre le rival ! Une fois, ça arrive, deux fois, c’était déjà insupportable, mais trois fois ?
Puis la seconde période a démarré. Petkovic commence à se montrer. Il a le pied chaud sur les coups de pied arrêtés, mais il fait également mal dans le jeu, comme avec ce centre parfait pour Edilson qui a son tour place une tête parfaite dans les filets au tout début de la deuxième mi-temps. Alors que l’on semblait vers une victoire 2-1 du Fla, insuffisante pour conserver le titre, un coup franc est sifflé en faveur de Pet à la 88e minute de jeu. C’est la balle de match, celle des derniers espoirs. S’il marque, Flamengo est triple champion. Les supporters sont au bord de la crise de nerfs. Tout le monde sait que Pet est un spécialiste, mais le coup franc est assez lointain, et il faut également battre le très bon Helton dans les buts.
Pet s’élance. Il tire. La balle passe au dessus du mur. Helton plonge tel un chat, mais le ballon vient se nicher en pleine lucarne du but du Maracanã. But de Pet, but pour Flamengo ! C’est peut-être le coup franc le plus incroyable de l’histoire de ce stade et l’un des buts qui a le plus été crié de l’histoire de Flamengo, dans l’une des finales les plus épiques du Clássico dos Milhões.
Une hégémonie qui perdure
Et Flamengo ne s’est pas arrêté là. Le club a remporté absolument toutes les finales qu’il a disputées contre son rival au cours des années suivantes : Championnats cariocas de 2004, 2014 et 2019 et, en prime, la Copa do Brasil de 2006, la première finale nationale de l’histoire entre les deux clubs. Il est dommage qu’elle se soit jouée dans un Maracanã d’une capacité d’à peine plus de 45 000 personnes et plein de « trous » dans les tribunes en raison des travaux de rénovation qu’il subissait à l’époque. Malgré cela, cette confrontation a marqué une autre grande page de l’histoire du clássico. Flamengo a remporté les deux matchs : 2-0 à aller et 1-0 au retour. Ce n’est qu’en 2015 que Vasco a réussi à obtenir une petite vengeance en éliminant son rival en huitième de finale de la Copa do Brasil après une victoire 2-1 sur l’ensemble des deux matches.
Les victoires fréquentes face au rival ont renforcé le bilan favorable du rubro-negro dans l’histoire du clássico. Les deux équipes ont remporté le championnat Carioca à 23 reprises avec Flamengo qui l’a gagné 13 fois contre 10 pour Vasco. Dans les confrontations directes entre les deux équipes, l’avantage des rouges et noirs est absolu : 8-1 en finales directes et 3-3 dans des matchs éliminatoires. Au total, les deux équipes se sont affrontés lors de 15 matchs décisifs, avec 11 victoires pour Flamengo et seulement 4 pour Vasco.
Au cours de cette décennie, Flamengo a également battu son record d’invincibilité de 11 matchs sans défaite face à Vasco en enchaînant 17 matchs sans connaître la déroute contre les cruzmaltinos, une série qui a démarré le 25 février 2017 et a connu de grands chapitres en 2019, avec le titre carioca contre le rival après une victoire 2-0, une goleada 4-1 en championnat et un hallucinant match nul 4-4 au match retour du tournoi national. C’était d’ailleurs le tout premier 4-4 de l’histoire du clássico et le match avec le plus grand nombre de buts depuis 1943 et le plus prolifique de l’histoire du clássico au Maracana. Ce n’est qu’en avril 2021 que Vasco a mis fin à cette série noire avec une victoire 3-1, dans un match lors duquel Morato a imité la danse d’Edmundo en 1997.
Morato qui imite la danse d’Edmundo lors d’un classico contre Flamengo.
Au fil des ans, le clássico a également gagné du terrain en salle, sur le sable et même dans les piscines, avec des duels intenses en basket-ball, volley-ball, natation, beach soccer, judo et même football américain. Peu importe la modalité, peu importe le lieu. Flamengo contre Vasco sera toujours un classique électrisant, tendu, suivi par des millions de téléspectateurs. Et quel soulagement pour le sport brésilien de compter dans ses rangs deux clubs aussi gigantesques, aussi chargés d’histoire.
Quelques chiffres sur le Clássico dos Milhões
Quand tout a commencé : la première confrontation a eu lieu le 26 mars 1922, avec une victoire 1-0 de Flamengo contre Vasco dans le cadre du Torneio Início, mais le premier match officiel a été disputé un an plus tard, le 29 avril 1923, avec une victoire 3-1 de Vasco, pour le championnat carioca.
Lors du premier Gre-Nal de l’histoire, le 18 juillet 1909, on a assisté à la plus large victoire de l’histoire du clássico, avec Grêmio qui s’est imposé 10-0 contre l’Internacional grâce notamment à Booth qui a été l’auteur du premier but de l’histoire du derby. Pour la troisième rencontre, Grêmio s’est encore imposé sur un score fleuve, cette fois de 10 buts à 1.
Au début, l’Inter était un véritable sac de frappe, à tel point que leur première victoire n’a eu lieue que le 31 octobre 1915, sur le score de 4-1, lors d’un match amical. Aujourd’hui, il y a déjà eu 448 clássicos entre les deux équipes. L’Internacional mène la danse avec 165 victoires, contre 142 pour Grêmio, et 141 matchs nuls. Lors de leur dernière confrontation, dans la cadre du Brasileirão 2025, Grêmio est allé chercher une victoire 3-2 au Beira Rio, antre de l’Internacional. Les buts colorados ont été inscrits Alan Patrick, sur penalty, tandis que Carlos Vinicius, André Henrique et Alysson Edward ont marqué pour le tricolor.
Si on prend en compte uniquement les matchs joués lors du Championnat Gaúcho (de l’État du Rio Grande do Sul), le résultat le plus fréquent est le match nul (67). L’Internacional a gagné 60 rencontres, tandis que Grêmio en a gagné 55.
Total : 182
Victoires de Grêmio : 55
Victoires de l’Internacional : 60
Matchs nuls : 67
Historique dans le Championnat National (Brasileirão)
Si l’on ne tient compte que des rencontres disputées dans le cadre du Brasileirão, c’est le Grêmio qui a un court avantage avec 25 victoires, contre 24 pour le Colorado, et 19 matchs nuls. À eux deux, les deux rivaux totalisent cinq titres de champions du Brésil : trois pour l’Inter, deux pour Grêmio.
Total : 68
Victoires de Grêmio : 25
Victoires de l’Internacional : 24
Matchs nuls : 19
Historique global (inclus les matchs amicaux)
Les deux équipes se sont déjà affrontées à 448 reprises au cours de l’histoire, et c’est l’Internacional qui a le plus gagné avec 165 victoires, contre 142 de Grêmio et 141 résultats nuls. Le Colorado a inscrit 610 buts et en a encaissé 580.
Total : 448
Victoires de Grêmio : 142
Victoires de l’Internacional : 165
Matchs nuls : 141
Qui a le plus gagné à l’Arena Grêmio (et Olímpico) ?
Inaugurée en 2012, l’Arena Grêmio a déjà accueilli 27 clássicos, avec 10 victoires du Tricolor (dont une aux tirs au but), contre 4 seulement pour l’Inter et 13 matchs nuls.
Au Estádio Olímpico, ancien stade de Grêmio, il y a eu 123 Gre-Nal, et c’est l’équipe locale qui compte le plus de triomphes avec 41 victoires contre 34 pour l’Inter, et 48 matchs nuls.
Total : 150
Victoires de Grêmio : 51
Victoires de l’Internacional : 38
Matchs nuls : 61
Et au Beira-Rio ?
Au Beira-Rio, stade de l’Internacional, le Colorado a gagné à 50 reprises, contre seulement 34 victoires pour son frère ennemi. On compte également 44 matchs nuls.
Total : 128
Victoires de Grêmio : 34
Victoires de l’Internacional : 50
Matchs nuls : 44
Historique des 50 derniers matchs entre Grêmio et Internacional
Le Gre-Nal divise les supporters du Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil. La rivalité a commencé avant même que ne roule le ballon, avec des désaccords entre dirigeants. Et une victoire écrasante 10-0 du déjà expérimenté Grêmio, face au récemment fondé Inter. Chaque rencontre entre les deux équipes est tendue, un Grenal sans confusion n’est pas un Grenal.
La naissance du Grenal
Les frères Henrique Poppe Leão, Luiz Madeira Poppe et José Eduardo Poppe ont quitté São Paulo au début du XXe siècle pour se rendre dans la ville de Porto Alegre, qui connaissait une période de modernisation intense, avec des tramways électriques, un éclairage public et un sport en plein développement qui commençait à captiver tout le monde : le football.
Les frères Luiz et José Eduardo voulaient jouer au football, ce sport qu’ils avaient connu à São Paulo, mais c’était alors difficile car les clubs de la ville, Grêmio et Fuss Ball, étaient réservés aux membres. Du coup, ils ont décidé, avec leur frère Henrique de créer leur propre club : le Sport Club Internacional, qui doit justement son nom au fait d’accepter des Brésiliens ainsi que des étrangers, contrairement à l’identification de nombreux clubs de l’époque aux colonies italienne, allemande et portugaise.
18 juillet 1909 : la première rencontre
L’équipe de Grêmio en 1909
L’Inter voulait disputer son premier match contre l’équipe la plus traditionnelle de la ville : Grêmio. Suite à une réunion, l’organisation d’un match amical a été convenue, mais le tricolor voulait envoyer son équipe réserve pour disputer la rencontre. L’Inter n’a pas accepté, et a exigé que le match se joue face à l’équipe type, et à la date qu’il a choisi. Les tricolores ont été surpris de l’audace des nouveaux venus et ont accepté d’envoyer leur équipe type, mais seulement le 18 juillet, car leur calendrier était rempli.
L’Inter, l’année de sa fondation en 1909 utilisait un maillot à rayures rouge et blanche
Avec moins d’un mois pour préparer ses joueurs, l’Inter a perdu 10-0. Suite à cette debâcle, le Colorado n’a plus joué pendant trois mois, et a presque fermé le club. Mais l’enthousiasme de ses passionnés et la création d’un championnat entre les équipes de la ville ont ravivé la dispute et la volonté de prendre leur revanche sur leur rival.
La première bagarre
Agression de l’arbitre árbitro Luiz Torres lors du clássico de 1977
Lors de la deuxième confrontation entre les deux équipes, le tricolor a gagné 5-0 et on a assisté à la première bagarre. Après avoir dribblé toute la défense colorada, le joueur de Grêmio Edgar Booth a reçu un coup de pied du défenseur Volksmann, fatigué de ce « manque de respect », et les joueurs ont commencé à s’échanger des coups. Le match n’a pas été arrêté mais il s’en est fallu de peu. Cela a été la première bagarre dans un Gre-Nal, et cela, dès la seconde rencontre.
Le clássico le plus important du pays ?
Avec les années, le Gre-Nal s’est consolidé comme le clássico le plus chaud, le plus disputé et le plus populaire du football brésilien. Il y a tellement de passion qu’il parvient à surpasser le poids de l’historique Fla-Flu, la monopolisation de la plus grande ville du pays entre Corinthians et Palmeiras et le duel entre l’Atlético et Cruzeiro (clássico mineiro).
Batista et Geraldão lors d’un Grenal dans les années 80
Aussi électrisants que soient ces duels, aucun d’eux ne peut vaincre la rivalité que l’on retrouve lors d’un Gre-Nal. Luís Fernando Veríssimo, un colorado a bien résumé cette rivalité : « L’Internacional a besoin d’être meilleur que Grêmio, qui doit être meilleur que l’Internacional, qui meurt s’il n’est pas meilleur que Grêmio ».
Deux équipes qui ne cessent de se surpasser
C’est exactement cela. Année après année, si l’un faisait quelque chose ou était champion, l’autre allait l’égaler ou le surpasser. L’histoire du Grêmio a commencé dans l’ancien estádio da Baixada. Celle de l’Inter dans le vieil Eucaliptos, qui a été rénové et a accueilli des matchs de la Coupe du Monde 1950, surpassant alors le stade de son rival. Dans les années 50, Grêmio a construit le stade Olímpico. L’inter a répondu en faisant le Beira-Rio. Ensuite, Grêmio a créé son Arena. Et l’Inter a rénové son Beira-Rio pour qu’il soit plus moderne (et a accueilli des matchs de la Coupe du Monde 2014).
La légende de Lara, mort pour le club
L’équipe de Grêmio avec son gardien Lara
Pour ce qui est des titres, l’Inter a entamé une hégémonie historique dans l’État du Rio Grande do Sul à la fin des années 1930 avec une victoire 6-0 contre Grêmio en 1938. Trois ans plus tôt, le légendaire Gre-Nal du centenaire de la révolution Farroupilha avait lieu. Lors de ce match, le gardien de Grêmio, Lara, a fait de nombreux arrêts et a aidé son équipe à gagner 2-0, avant de quitter le match à la mi-temps. Il est mort deux mois plus tard, créant ainsi la légende selon laquelle « il serait décédé après avoir arrêté un tir violent du rival colorado ».
Une histoire de revanches
En 1948, l’Inter s’est imposé 7-0 contre Grêmio, en pleine Baixada, score le plus large depuis l’arrivée du professionnalisme. En 1954, durant un tournoi d’inauguration de stade Olímpico, l’Inter a gagné 6-2 face à son rival, sans aucune pitié. Mais Grêmio a ensuite pris sa revanche. En 1960, le tricolor s’est imposé 5-1 en plein Eucaliptos, décennie lors de laquelle l’équipe a remporté 7 championnats d’Etat.
Dans les années 70, l’Inter a été 8 fois champion gaúcho, deux fois champion du Brésil (1975-1976) et champion invaincu en 1979, donnant alors au Rio Grande do Sul ses premiers titres de champion du Brésil.
L’Internacional, champion du Brésil 1975, 1976 et 1979
Grêmio a vite répondu à son frère ennemi en remportant le brasileirão en 1981 et en devenant le premier club gaúcho à être champion d’Amérique et du monde, en 1983.
L’équipe de Grêmio, championne d’Amérique et du Monde en 1983
En 1989, l’Inter a remporté le « Gre-Nal du siècle », qui valait une place pour la finale du Championnat du Brésil. Dans les années 90, Grêmio a une nouvelle fois pris le dessus, et a remporté des titres nationaux et internationaux, laissant ainsi son rival derrière lui.
Mais, comme il y a toujours un mais, l’Inter a ensuite pris sa revanche. Le club a remporté sa première Copa Libertadores en 2006, ainsi que le Mondial des clubs cette même année, puis une nouvelle Libertadores en 2010, égalant alors le nombre de trophées dans la compétition que son rival. Jusqu’en 2017, car Grêmio a alors remporté sa troisième Libertadores, et en compte donc actuellement une de plus que son rival.
Une rivalité sans trop d’incidents graves
On compte plus de 100 ans de clássicos, beaucoup de duels électrisants et un point positif : il n’y a jamais d’incidents très grave entre les supporters. Il y a déjà eu beaucoup de bagarres, bien sûr, mais le seul décès connu a été le résultat d’un accident inattendu survenu en mai 1948, lors du Grenal numéro 100, lorsqu’une tribune en bois du stade de Timbaúva a cédé, et qu’un supporter de 17 ans est mort suite à la chute. La rivalité et la haine n’ont jamais été au-delà du terrain, des railleries, des provocations, des discussions des dirigeants des joueurs. C’est peut-être pour cela que le Gre-Nal est aussi grand, dans tous les sens du terme.
Un Grenal sans confusion n’est pas un Grenal
8 expulsions lors du premier grenal de l’histoire de la Copa Libertadores
Quelques chiffres sur le GreNal
Quand tout a commencé : le 18 juillet 1909, lors de la victoire de Grêmio face à son nouveau rival sur le score de 10 à 0.
Mécontents de leur défaite lors du Championnat d’État de 1913 face au Remo, les joueurs du Norte Club décident, en 1914, de fonder le Paysandu Foot-Ball Club, qui, quatorze jours plus tard, devient le Paysandu Sport Club. Si la première année de coexistence entre les deux équipes est marquée par une certaine cordialité, tout bascule en 1915. Cette année-là, le premier secrétaire du Remo adresse un courrier au président du Paysandu, proposant d’organiser un match dont les recettes serviraient à soutenir financièrement les équipes. En guise de réponse, les bicolores envoient une lettre truffée de termes insultants. Dans un second échange, ils acceptent finalement le défi, mais non sans y ajouter de nouvelles provocations. Excédé, le Remo met fin aux relations amicales entre les deux clubs. Ainsi débute l’une des plus grandes rivalités du football brésilien : le Re-PA.
Le Re-Pa : un siècle de passion et d’histoire
Il y a un peu plus de cent ans, dans la vibrante ville de Belém, alors troisième métropole du Brésil en plein essor grâce au commerce du caoutchouc, deux mille spectateurs se sont rassemblés dans les tribunes du stade de la société Ferreira & Comandita. Le 14 juin 1914, à 16h20, ils sont témoins du premier affrontement d’une série qui compte aujourd’hui plus de 770 rencontres : le Re-Pa, le classique le plus joué au monde. Ce public, composé de gentlemen et de dames de la haute société de la Belle Époque, est bien loin de l’effervescence populaire qui, 85 ans plus tard, en 1999, a vu 65 000 personnes remplir le stade Mangueirão pour une finale d’État mémorable. Ce même Mangueirão, dont le nom officiel rend hommage à Edgar Proença, présent lors de la fondation du Paysandu en 1914 et initiateur du vote pour choisir le nom du club – certains préférant l’appellation Team Negra FC. Ironie du sort, Proença deviendra plus tard un fervent supporter du Remo, avant de fonder la Rádio Clube do Pará en 1928.
Origines d’une rivalité mythique : la naissance du Re-Pa
Paysandu vs Remo : un duel gravé dans l’histoire du football brésilien
Si le célèbre Fla-Flu est né « quarante minutes avant le néant », on peut dire que le Re-Pa voit le jour dans des circonstances similaires. Le Paysandu est le fruit de la frustration des joueurs du Norte Club, qui ont contesté le sacre du Remo en 1913. Selon eux, des irrégularités lors d’un match nul 1-1 contre Guarany avaient favorisé les azulinos. À l’époque, le Remo, fondé en 1905, est avant tout un club de régates (de voile) – comme en témoigne son nom – et son implantation dans le football ne remonte qu’à 1913. Son siège nautique, situé rue Siqueira Mendes, se trouve à quelques pas des attractions emblématiques de la vieille ville de Belém, comme la Casa das 11 Janelas, le Forte do Castelo (berceau de la ville, sur les rives du Guajará) la cathédrale et l’église de Santo Alexandre.
Quant au nom du Paysandu, il s’inscrit dans une tradition instaurée par l’ancien maire Antônio Lemos, qui baptise les nouvelles avenues de la ville en référence à des batailles et des figures de la Guerre du Paraguay. Edgar Proença proposa ce nom alors que certains fondateurs penchaient pour Team Negra FC, en hommage au surnom du Norte Club. Cette influence se retrouve encore aujourd’hui : la ruelle jouxtant l’ancien stade de la société Ferreira & Comandita, acquis par le Paysandu en 1918, porte toujours le nom de Curuzu, tandis que sa rue parallèle s’appelle Chaco.
L’intensité de cette rivalité se reflète jusque dans la géographie de Belém : séparé uniquement par l’avenue Almirante Barroso, le stade du Paysandu se dresse presque en face de celui du Remo, connu sous le nom de Baenão, en raison de son emplacement entre les rues Mercês et Antônio Baena.
Les premières années du Clássico-Rei de l’Amazonie
La première formation du Paysandu en 1914.
Le premier but du Clássico-Rei de l’Amazonie revient à Geraldo da Mota Reimão, plus connu sous le surnom de Rubilar. Figure emblématique du Remo, il incarne parfaitement l’esprit du club, ayant lui-même fait la transition des régates vers le football, tout comme son équipe. Acteur clé de la réorganisation du Remo en 1911 alors que le club est au bord de l’extinction, il a déjà une solide expérience dans le football. En effet, il fait partie des fondateurs de l’Union Esportiva, équipe alvinegra qui remporte les deux premiers championnats paraenses avant de disparaître dans les années 1960. Pendant plus d’un siècle, cette équipe reste la seule à avoir décroché un titre en dehors du trio Remo-Paysandu-Tuna Luso. Rubilar marque d’ailleurs le tout premier but de l’histoire du football du Remo lors d’une victoire 4-1 contre Guarany, le 23 avril 1913.
Le 14 juin 1914, lors du premier Re-Pa, Rubilar ouvre le score d’un coup de tête sur corner. Peu avant la mi-temps, le Remo double la mise grâce à un but contre son camp du joueur bicolore Bayma – l’homme qui, ironie du sort, a dessiné l’écusson du Paysandu, reconnaissable à son pied ailé distinctif. En seconde période, Mateus réduit l’écart sur une passe de Guimarães, portant le score final à 2-1 en faveur des azulinos.
Le deuxième affrontement a lieu le 6 décembre, lors de la dernière journée du Championnat d’État. Remo s’impose une nouvelle fois, cette fois sur le score de 3-1, avec Antonico inscrivant le premier triplé de l’histoire du derby. Côté Paysandu, le buteur se nomme Hugo Leão, personnage clé dans la fondation du club. Dissident le plus virulent du Norte Club, il est celui qui prend l’initiative de convoquer les réunions qui mènent à la création du Paysandu.
Le 31 janvier 1915, lors du troisième Re-Pa, le Paysandu décroche enfin sa première victoire face au Remo (2-0) grâce à un doublé d’Abel Barros. Ce match marque également le premier derby disputé par Abel et son frère Antônio Manoel de Barros Filho, surnommé « Suisse » pour avoir étudié en Suisse. Lors du quatrième affrontement, le Paysandu confirme sa montée en puissance en s’imposant 2-1 après avoir été mené au score, Abel Barros étant une fois de plus décisif. L’équipe compte alors dans ses rangs Arthur Moraes, alias « le Colonel », fidèle au club jusqu’en 1931. Mais la figure emblématique du Paysandu reste « Suisse », bien que le Remo domine cette période en décrochant un impressionnant heptachampionnat (8 titres consécutifs) entre 1913 et 1919, un exploit jamais réédité au Pará.
En 1920, le Paysandu brise l’hégémonie azulina en remportant son premier titre, porté par un duo redoutable : « Suisse » et Mimi Sodré, fils du gouverneur du Pará et ancien joueur du Botafogo. Sodré a même accompagné Friedenreich lors de la première Copa América en 1916. En 1921, « Suisse » est convoqué par la sélection brésilienne en vue de la Copa América, mais il ne peut honorer sa convocation : le trésorier de la Confédération Brésilienne de Football détourne les fonds destinés à couvrir ses frais de transport maritime. Ce sera son unique opportunité avec la Seleção, car en 1922, il meurt tragiquement d’une infection causée par une écharde de crabe pourrie, combinée à une crise de malaria.
Tragédies et tensions : le Re-Pa marqué par le drame
La disparition de Suisse n’est pas la seule tragédie de l’époque. En 1921, le multi-athlète remiste Carlos Ferreira Lopes (surnommé Periçá) trouve la mort lors d’une épreuve d’apnée dans la Baía do Guajará. Son décès, survenu après sept jours d’agonie, laisse une empreinte indélébile sur le club, qui hérite du surnom de « Clube de Periçá » en son hommage. De son côté, le Paysandu reçoit le surnom de « Clube de Suisse ».
Malgré ces drames, la rivalité entre les deux clubs reste intense. Elle se scelle définitivement en janvier 1915 lorsqu’une série d’échanges épistolaires entre les directions du Remo et du Paysandu met fin à toute relation amicale. À l’origine, le secrétaire du Remo, Elzemann, propose un match caritatif destiné à soutenir financièrement les équipes. La réponse du Paysandu est cinglante, mêlant insultes et provocations. Malgré un second courrier acceptant finalement le défi, les bicolores persistent dans leurs invectives, poussant le Remo à couper les ponts une bonne fois pour toutes.
Suisse, malgré son talent, n’est pas le seul moteur du succès bicolore. Après leur sacre en 1920, le Paysandu s’impose également en 1921, 1922 et 1923, réalisant un impressionnant quadruplé. Pendant cette période, le Remo compte dans ses rangs un jeune prodige du Marajó, Estanislau Pamplona, qui rejoint le football carioca en 1923 et devient, sept ans plus tard, membre de la première sélection brésilienne à disputer une Coupe du Monde. Malgré son départ, le Remo rebondit avec un triplé en 1924, 1925 et 1926, avant que le Paysandu ne reprenne l’avantage avec un autre triplé, mené par Sandoval, futur remplaçant de Fausto au Vasco en 1931, après le départ de ce dernier à Barcelone.
Les années 1930 : records et domination partagée
La rivalité continue d’osciller au fil des décennies, chaque club dominant à tour de rôle. Les années 1930 sont relativement équilibrées, avec quatre titres pour le Paysandu, trois pour le Remo et deux pour la Tuna Luso. Toutefois, un moment marquant de cette période reste le cinglant 7-2 infligé par le Remo en 1939, avec un quintuplé de l’attaquant Jango, un record toujours inégalé dans l’histoire du Re-Pa. Cette même année, Jango signe un autre exploit sous les couleurs de la sélection du Pernambouc en inscrivant huit buts lors d’un retentissant 15-0 contre celle du Paraíba, dans le cadre d’un championnat entre sélections de chaque État du pays. Son talent suscite même les regrets du sélectionneur brésilien Ademar Pimenta, qui déclare qu’il l’aurait convoqué pour la Coupe du Monde 1938 s’il l’avait découvert plus tôt.
Parmi les autres grandes figures de cette époque, on peut citer le défenseur Evandro Almeida, qui donne son nom au Baenão, ainsi que l’ailier Vevé, futur membre de l’équipe de rêve de Flamengo en 1982.
Ainsi, dès ses premières décennies, le Re-Pa affiche déjà les caractéristiques qui vont marquer son histoire : une rivalité cyclique où chaque club domine par périodes, entrecoupées de drames, de records et de héros inoubliables.
Goleadas, légendes et hégémonies dans le Re-Pa
Dans les années 1940, le Paysandu s’affirme avec force, remportant un pentacampeonato et acquérant le surnom de « Papão da Curuzu » en 1948. Cette décennie voit le club infliger au Remo la plus large défaite de l’histoire du Clássico-Rei, un 7 à 0 en 1945 au Baenão. Entre mars 1943 et mai 1944, le Paysandu aligne neuf victoires consécutives dans le derby, une série record. Durant cette période, la Tuna Luso remporte également des titres, laissant le Remo dans sa plus longue période de disette de neuf ans. Parmi les figures marquantes de cette époque figurent Hélio Costa, meilleur buteur du classico avec 47 réalisations, et Quarenta, troisième de ce classement avec 28 buts, qui porte les couleurs du Paysandu entre 1927 et 1945.
L’équipe de Paysandu parmi lesquels sept joueurs qui avaient joués lors de la victoire 7-0 (en majuscule). Debout de gauche à droite : ATHENÁGORAS, Simeão, Bria, Pedro, Capivara, MANOEL PEDRO et NASCIMENTO ; Accroupis : Valentim, FARIAS, HÉLIO, GUIMARÃES et SOIÁ.
Cependant, le Remo ne tarde pas à réagir. Lors de la transition vers les années 1950, le Paysandu connaît à son tour une période de disette de neuf ans, tandis que le Remo remporte cinq titres d’État. Parmi les figures emblématiques de cette période, on retrouve Itaguary (deuxième meilleur buteur du Re-Pa avec 30 buts), l’ailier Chaminha et le gardien uruguayen Julio Véliz. La Tuna Luso, quant à elle, remporte quatre titres entre 1948 et 1958.
L’année 1956 voit émerger un talent exceptionnel : Paulo Benedito dos Santos Braga, surnommé Quarentinha. Arrivé au Paysandu après avoir été rejeté par le Remo, il joue pendant 18 ans et remporte 12 championnats, un record au Brésil. Cette même année, le Clássico-Rei est disputé 16 fois, soit presque une rencontre toutes les trois semaines. À l’époque de Quarentinha (recordman des Re-Pas avec 135 apparitions), le Paysandu devient le club le plus titré du Pará et prend l’avantage sur le Remo en nombre de victoires dans le classico. Il fait également partie de l’équipe qui bat Peñarol 3 à 0 en 1965, exploit remarquable face à une équipe qui ne perd que contre l’Independiente par un écart similaire cette année-là, en finale de la Libertadores.
Au début des années 1970, l’idole du Remo, Alcino, émerge. Il marque les deux buts de la finale de 1971, amorçant une période dorée pour le club. Le Remo remporte alors le Nord-Nordeste et finit vice-champion de la première édition de la Série B. L’équipe accumule les succès et détient la plus longue série d’invincibilité dans le derby (23 matchs entre 1973 et 1976), établissant sa domination sur la décennie.
Parmi les figures marquantes de cette époque, on retrouve Adérson, qui allie médecine et football du côté de Flamengo, ainsi que Rosemiro, rapidement vendu à Palmeiras. En 1975, Remo affronte Flamengo au Maracanã et s’impose grâce à un but d’Alcino. En championnat national, Remo écrase Paysandu 5 à 2 en 1976, avec deux buts d’Amaral. L’idole Alcino quitte alors le club pour briller au Grêmio, et le Paysandu en profite pour récupérer la suprématie régionale.
En 1979, Bira émerge comme la nouvelle idole du Remo. Recruté à Paysandu en 77 en échange de la reconnaissance du titre de 1971, il devient meilleur buteur du championnat avec un record de 32 buts et aide son équipe à devenir triple championne, malgré la présence de Dadá Maravilha chez son éternel rival. Les deux joueurs deviennent même amis et c’est même Dadá qui recommande à l’Internacional de Porto Alegre de recruter Bira, où il remporte le Brasileirão invaincu en 1979.
Si les années 1970 sont euphoriques pour les Remistas, la décennie suivante est une véritable traversée du désert. Malgré l’émergence d’un nouveau buteur prolifique, Eduardo Soares, dit Dadinho, meilleur buteur de l’histoire de Remo, le club ne décroche qu’un seul titre d’État, en 1986. Pendant ce temps, Paysandu domine le championnat, réalisant un triplé entre 1980 et 1982, avec notamment le latéral Aldo, frère de Bira, qui connaît ensuite le succès avec Fluminense. Aux côtés de Charles Guerreiro et de Cabinho, cinquième meilleur buteur de l’histoire du club, Paysandu ajoute deux autres sacres à son palmarès dans une décennie où Tuna Luso brille également. Pour tenter d’inverser la tendance, Remo recrute l’idole bicolore Luisinho das Arábias, mais ce dernier a peu d’impact : il arrive en 1989 et, tragiquement, décède dans son sommeil peu après le début du championnat d’État.
Pour combler cette perte, Paysandu frappe fort en engageant Dadinho, qui fait une arrivée spectaculaire à Curuzu en hélicoptère. Cependant, alors que la fin des années 1980 semble annoncer une période de vache maigre pour Remo, la décennie suivante marque une renaissance éclatante. Le club réalise un triplé entre 1989 et 1991, et cette dernière année permet à Dadinho de goûter au succès avec Paysandu, qui s’adjuge la Série B grâce à un but décisif de sa part en finale contre Guarani. Mais Remo ne tarde pas à réagir : sous la direction du « Roi » Artur – futur coéquipier de Jardel dans le grand Porto des années 1990 – l’équipe atteint les demi-finales de la Coupe du Brésil, ne s’inclinant que face au Criciúma de Luiz Felipe Scolari, futur champion. En 1992, les Bicolores ripostent, portés par Edil Highlander, meilleur buteur du Brésil cette année-là. La tentative de Remo d’obtenir un inédit quadruplé professionnel est anéantie par Paysandu, qui enchaîne quatre victoires 1-0 – la dernière étant marquée par un but mémorable de Mendonça, inscrit d’une frappe lointaine depuis le milieu de terrain.
Une domination historique de Remo (1993-1997)
Les supporters bicolores ne se doutent pas qu’à partir du Re-Pa suivant, ils vont enchaîner les désillusions. Du 31 janvier 1993 au 7 mai 1995, Remo établit une série d’invincibilité de 33 classiques consécutifs, avec 21 victoires (dont six d’affilée entre août 1995 et septembre 1996, et une séquence impressionnante de neuf victoires et un match nul en 10 rencontres) ainsi que 12 matchs nuls.
Au-delà du classique, l’année 1993 s’avère mémorable. Remo atteint les demi-finales du Brasileirão, éliminant la Portuguesa de Dener grâce à une victoire 5-2 à Belém, suivie d’un succès 2-0 au Canindé. L’équipe compte dans ses rangs des joueurs de renom tels que Mauricinho (ex-Vasco), le latéral Édson Boaro (présent avec la Seleção en 1986), l’inimitable Biro-Biro (ancien du Corinthians) et l’attaquant Alex Dias. C’est aussi cette année-là que débute Giovanni, futur crack de Santos et du FC Barcelone. Son premier match entre dans l’histoire : un Re-Pa en première division, le 6 octobre 1993, qui se solde par un match nul 1-1, avec un but de sa part. Cependant, alors qu’il est pressenti pour briller dans la meilleure campagne d’un club paraense en première division (8ᵉ place), il ne parvient pas à confirmer immédiatement les attentes.
Jusqu’en 1997, cette domination absolue s’accompagne d’un pentacampeonato (cinq titres consécutifs), consolidant Remo comme le club le plus titré du Pará. Parmi les acteurs majeurs de cette époque dorée, on retrouve l’attaquant moustachu Luís Müller, le gardien Clemer, et Ageu Sabiá, surnommé « le Walter paraense », en raison de ses jambes fines et de son petit ventre, mais une efficacité redoutable. Il reste le meilleur buteur de l’histoire des clubs paraenses dans toutes les divisions du Brasileirão avec 37 réalisations.
La fin d’une série et un tournant pour Paysandu
Le 33ᵉ match de cette série d’invincibilité prend une tournure épique. Quelques jours auparavant, Remo licencie son entraîneur Fernando Oliveira, après avoir perdu la Copa Norte contre Rio Branco (AC) en plein Mangueirão – un trophée qui aurait offert une qualification pour la Coupe Conmebol. Pourtant, contre Paysandu, Belterra et Agnaldo tentent le tout pour le tout afin de renverser un match mal engagé (0-1) en remplaçant un défenseur (Ricardo) et un milieu (Damião) par deux attaquants supplémentaires, Marcelo Papi et Zé Raimundo, qui rejoignent le trio d’attaque formé par Luís Carlos Apéu, Ageu et Edil. L’audace paie : dans les 10 dernières minutes, Agnaldo égalise, Zé Raimundo donne l’avantage à Remo, et Edil scelle la victoire.
Paysandu met fin à cette série noire grâce à une inspiration superstitieuse : abandonner son maillot principal pour un maillot extérieur. Un choix qui porte chance, puisque ce jour-là, Remo manque une occasion d’égaliser sur penalty. Le gardien Claudecir, un ancien remista devenu bicolore, repousse à la fois le tir et le rebond. Si le ballon était entré, Remo aurait égalisé à 1-1, mais à la 80ᵉ minute, Wagner tue le match en marquant le but du 2-0 pour Paysandu.
Un duel de prestige à la fin des années 90
En 1997, le Papão se distingue avec le but le plus rapide du monde à l’époque, inscrit par Vital. Toutefois, le championnat d’État échappe au club, perdu sur un but de l’ancienne idole Rogerinho, qui marque l’histoire en étant le seul joueur présent dans les deux sacres de Paysandu en Série B : il est là en 2001 et remporte également la Copa Norte et la Copa dos Campeões en 2002.
L’année 2000 marque un nouvel équilibre : Paysandu et Remo comptent chacun 38 titres d’État, mais le « Re-Pa du Siècle » vient réaffirmer la supériorité azulina. En novembre 2000, Remo s’impose 3-2 (triplé de Robinho) dans un match de barrage décisif, avant un nul 1-1 au retour.
Paysandu reprend le dessus au XXIᵉ siècle
Avec l’entrée dans le nouveau millénaire, Paysandu reprend sa couronne de club le plus titré du Pará. Son effectif doré, composé de Sandro, Vandick, Lecheva, Jobson, Vanderson, Zé Augusto, Vélber, Iarley et Robgol, permet également à Paysandu d’établir une série de 11 Re-Pa consécutifs sans défaite entre 2000 et 2002, la plus longue du XXIᵉ siècle.
L’un des épisodes les plus marquants a lieu en 2001, lorsqu’Albertinho provoque Remo, alors que le match n’est même pas contre eux. Lors d’un match contre Tuna Luso, en Série B, il marque un but et, dans sa célébration, il retire son maillot pour le mettre sur la mascotte de Remo (le match se jouait au Baenão), provoquant l’hystérie des supporters bicolores.
Même en déclin à partir de 2004, Paysandu parvient à remporter cinq des dix derniers championnats d’État, tandis que Remo, encore plus en difficulté, met fin à six années de disette en 2014. Cette année-là, les deux clubs s’affrontent à dix reprises, dans une rivalité toujours aussi brûlante.
Des confrontations toujours plus intenses
Les années suivantes sont riches en affrontements épiques, notamment en Copa Verde et en Série C. En 2015, en demi-finale de la Copa Verde, Remo réalise une remontée contre Paysandu (0-2, puis 2-0), avant de s’imposer aux tirs au but. Toutefois, en finale, il s’incline face à Cuiabá après une incroyable déconvenue (victoire 4-1 à l’aller, mais défaite 5-1 au retour).
Paysandu prend sa revanche en 2017 en remportant son 47ᵉ titre du championnat Paraense après une victoire en finale face à son grand rival. En 2018, Remo reprend l’avantage avec deux victoires en finale, en plus des deux autres succès lors des phases précédentes, marquant ainsi quatre victoires consécutives surnommées « les 4 peias » par ses supporters.
Un classique qui traverse les générations
En 2019, Paysandu décroche une qualification en quart de finale de la Série C en éliminant Remo lors d’un nul 1-1, dans un match surnommé le « Re-Pa du XXIᵉ siècle ». Ce match, disputé lors de la dernière journée du Groupe B de la Série C, est un véritable choc dans un Mangueirão bouillant. Le score final de 1-1 qualifie le Papão et élimine Remo, marquant le plus grand affrontement entre les deux clubs en championnat national depuis la Copa João Havelange en 2000. Finalement, en janvier 2021, Remo prend sa revanche en s’imposant 1-0 lors du dernier grand duel en date, une victoire qui scelle la remontée du Leão en Série B après 14 ans d’absence.
Avec près de 800 matchs disputés, le Clássico-Rei de l’Amazonie est bien plus qu’une simple rivalité sportive. Il incarne l’âme du football paraense, où fierté, provocation et intensité se mêlent dans une lutte éternelle. Hier, aujourd’hui et pour toujours, Remo et Paysandu continueront d’écrire l’histoire, dans un duel où chaque match est une guerre et chaque victoire une explosion d’émotions.
Quelques chiffres sur le Re-Pa
Quand tout a commencé : le 14 juin 1914, avec une victoire 2-1 de Remo contre Paysandu dans le cadre du Championnat Paraense.
Meilleur buteur : Hélio (Paysandu) – 47 buts
Qui a le plus gagné : Remo – 269 victoires. Paysandu a gagné 247 fois. Il y a eu 263 matchs nuls.
Plus largesvictoires: Remo 0x7 Paysandu, 22 juillet 1945
Paysandu 2×7 Remo, 05 mars 1939
Remo 5×1 Paysandu, 15 octobre 1922
Remo 0x4 Paysandu, 30 juin 2001
Paysandu 6×3 Remo, 15 octobre 1939
Remo 5×2 Paysandu, 07 septembre 1976
Curiosités et chiffres marquants
Paysandu compte actuellement 49 titres d’État, tandis que le Remo a 48 trophées ;
Itaguary, le 2ème meilleur buteur de l’histoire du classique avec 30 buts, a réussi à atteindre ce chiffre en portant le maillot des deux rivaux, un fait très commun dans l’histoire de Remo et Paysandu ;
La plus longue série d’invincibilité de Paysandu dans l’histoire du classique est de 13 matchs, entre janvier et décembre 1970 ;
Belém est la ville qui a enregistré le plus de classiques Re-Pa dans l’histoire avec plus de 750 matchs. Le Clássico-Rei a également été disputé dans le Maranhão, d’autres municipalités du Pará et même à Paramaribo, au Suriname, lors de l’excursion des deux équipes en 1977. Ils y sont d’ailleurs retournés en 1984 et 2011 ;
Lors du championnat de 1972, les lumières du Baenão ont été éteintes pendant quatre-vingts minutes au milieu de la discussion sur la validation ou non d’un but remista. Quand elles ont été rallumées, les filets avaient disparu et Paysandu, désireux que le match se poursuive, a ordonné à un intendant d’aller chercher des filets au Curuzu, à deux pâtés de maisons de là. Le match a pu reprendre et le Papão a remporté le titre ;
D’ailleurs, la distance entre les deux stades est exactement de deux pâtés de maisons. C’est même plus proche que la distance entre les stades du Racing et Independiente, en Argentine, et au niveau mondial, seuls Dundee et Dundee United ont des terrains plus proches l’un de l’autre ;
Une grande part de l’idolâtrie remista envers Alcino est due au fait qu’il a amené l’équipe à mettre fin à la période de vaches maigres imposées par les 18 ans de l’Ère Quarentinha. Pendant cette période, Remo n’a jamais réussi à remporté deux titres consécutifs, mais avec Alcino, le club a remporté un triplé et pris l’avantage en nombre de victoires dans le classique. Cela en grande partie grâce à une série de 23 matchs invaincus dans le classique ;
Le jour de la plus grande victoire de l’histoire du classique, le 7-0 de 1945 en faveur de Paysandu au Baenão, l’un des joueur bicolores était un fervent supporter remista et un ancien joueur azulino (Izan). Et l’un des perdants a été puni (pour s’être fait expulsé et par conséquent avoir affaibli la défense remista) même dans le quartier militaire où il était installé… ;
Dans un Re-Pa d’il y a plusieurs années de cela, le fantôme de Suisse (joueur mentionné au début de l’article, le seul ayant été convoqué avec l’équipe nationale à partir d’un club paraense) aurait aidé le gardien bicolore à garantir une victoire en arrêtant un penalty ;
Le record de public de l’histoire du Stade Baenão a eu lieu lors de la victoire de 5-2 de Remo contre Paysandu dans le cadre du Championnat brésilien de 1976 avec 33 487 spectateurs. En plus de la victoire, les supporters de Remo ont célébré la fin de l’invincibilité de 31 matchs de leur rival cette saison-là ;
Le Re-Pa est probablement le classique avec le plus grand nombre de forfaits et de polémiques de l’histoire. Il y a eu au moins 11 matchs avec forfait (la plupart parce qu’une des équipes ne s’est pas présentée au match) et plusieurs se sont terminés avant le coup de sifflet final ;
Le premier forfait a été enregistré lors d’un match amical en 1919, lorsque Remo a abandonné le terrain alors que le score était de 1-1 et Paysandu a été proclamé vainqueur. Voir ci-dessous d’autres forfaits célèbres :
En mars 1939, le match était de un partout lorsque Paysandu a réclamé un hors-jeu sur le but égalisateur de Remo et a quitté le terrain. Remo a gagné par forfait ;
En novembre 1955, le match était une nouvelle fois de 1-1lorsque l’arbitre a accordé un penalty à Remo. Les joueurs n’ont pas laissé le penalty être tiré et Remo a gagné par forfait ;
En juillet 1970, seul la première période a été disputée. Remo a retiré son équipe du terrain en signe de protestation contre la désignation de l’arbitre Teodorico Rodrigues ;
Lors d’un classique de 1993, la pression des supporters azulinos était si forte au stade de Curuzu qu’une partie de la clôture s’est effondrée, blessant plusieurs supporters. Le match a dû être annulé et reprogrammé au Mangueirão quelques jours plus tard ;
Entre décembre 2000 et juin 2001, Paysandu a infligé trois goleadas à son rival : 4-1, en décembre 2000 ; 4-0, en février 2001 en plein Baenão ; et 4-0, en juin 2001, une nouvelle fois au Baenão ;
En avril 2009, le classique numéro 700 a eu lieu. Le Papão était en meilleure forme et son président a déclaré que le bicolore ne devait pas avoir pitié du « misérable » Remo. Contre toute attente, le Leão a gagné 2-1, avec des buts de Helinho et Beto, dans le match qui est resté connu sous le nom de « Révolte des Misérables » ;
Le Re-Pa est l’un des rares classiques au Brésil qui permet encore la présence des supporters des deux équipes les jours de match.
Naissance : 3 mars 1953, à Rio de Janeiro (RJ), Brésil Position : Milieu de terrain
Il est difficile d’imaginer qu’un jeune garçon frêle venant de Quintino devienne l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football brésilien et mondial. Arthur Antunes Coimbra, plus connu sous le nom de Zico, reste aujourd’hui encore l’idole ultime de Flamengo. Il est le meilleur joueur brésilien des années 1980 et demeure, pour beaucoup, le plus grand joueur de l’histoire du pays après Pelé. Zico a donné corps et âme à son club de cœur, remportant les titres les plus prestigieux de l’histoire de Flamengo. En 1981, il joue un rôle décisif dans les victoires en Coupe du Monde des Clubs et en Copa Libertadores. En 1980, 1982 et 1983, il mène Flamengo à trois titres de champion du Brésil. Après un bref passage en Italie, le « Galinho » (petit coq) revient au Brésil pour ajouter un autre titre de champion du Brésil et un titre de champion carioca à son palmarès.
En 1989, il met un terme à son brillant parcours au Flamengo avant d’imiter ce qu’a fait Pelé aux États-Unis, mais au Japon. Là-bas, Zico a contribué à populariser le football, à créer la ligue professionnelle japonaise, et devint une véritable légende, au point qu’une statue fut érigée en son honneur et qu’un carnaval fut organisé pour son départ, bien qu’il n’ait pas remporté de grands titres sur place. Le football a offert à Zico des moments inoubliables. Sa seule déception reste sa non-victoire en Coupe du Monde avec la sélection brésilienne, échouant en 1978, 1982 et 1986.
Malgré cela, Zico a marqué l’histoire du football mondial par ce qu’il a accompli avec Flamengo. Avec plus de 500 buts inscrits et une multitude de titres remportés, il est devenu une figure immortelle. Retour sur son parcours exceptionnel.
La jeunesse de Zico à Quintino : le berceau d’une légende
Dès son plus jeune âge, Zico se distingue par son talent avec le ballon dans le quartier de Quintino Bocaiúva, situé dans la zone nord de Rio de Janeiro. Le futur prodige fait partie de l’équipe du Juventude de Quintino, composée d’amis et de membres de sa famille. À seulement 14 ans, il est déjà sollicité pour participer à des tournois contre des équipes voisines. Un jour mémorable, Zico joue un match avec le River Tênis Clube (aujourd’hui River Futebol Clube), où il attire l’attention de Celso Garcia, un commentateur radio et fervent supporter de Flamengo, invité par Germano José Grilo, surnommé Ximango, créateur de Juventude. Leur but était de convaincre Celso d’incorporer Zico dans l’équipe de Flamengo. Leur stratégie porta ses fruits : Zico éclabousse le match de son talent, inscrivant 10 des 14 buts lors de la victoire 14-4 de son équipe. Cette performance exceptionnelle lui ouvre les portes de l’école de football de Flamengo en 1967.
Le début d’une carrière mythique : l’éclosion d’un prodige
Zico lors de ses débuts avec Flamengo en 1971.
Après un entraînement intensif et une progression rapide, Zico fait ses débuts remarqués avec l’équipe première de Flamengo en 1971, inscrivant un but lors d’un match nul 1-1 contre Bahia à Salvador. Cependant, nombreux sont ceux qui doutent de son avenir en raison de sa constitution physique fragile. À 17 ans, Zico est frêle et facilement dominé par des défenseurs plus robustes. C’est alors que la direction de Flamengo investit dans un programme de développement physique novateur pour l’aider à prendre de la masse musculaire. En quatre ans, Zico grandit de six centimètres et prend neuf kilos, atteignant quasiment sa condition physique idéale. Revigoré, il s’impose comme titulaire en 1974 avec le numéro 10 sur le dos, enchaînant les performances éblouissantes avec ses dribbles, ses accélérations et ses buts. Déjà champion d’État en 1972, le « Galinho de Quintino » remporte le championnat carioca de 1974 et brille lors du championnat brésilien de cette même année (remporté par le rival Vasco), décrochant le prestigieux Ballon d’Or décerné par la revue Placar en tant que meilleur joueur du tournoi.
Surmonter les doutes : le chemin vers la gloire
Après avoir terminé son programme de renforcement musculaire, Zico devient la cible des critiques de certains, qui le qualifient de simple « joueur de laboratoire », prétendant qu’il est « fabriqué sur mesure au sein de Flamengo » ou qu’il « ne brille qu’au Maracanã ». Ces critiques s’avèrent totalement infondées, et Zico les fait taire dès 1978.
1978 : Première Coupe du Monde et reconnaissance internationale
Zico avec la sélection brésilienne lors de la Coupe du Monde 1978.
En 1978, Zico remporte à nouveau le championnat carioca avec Flamengo, terminant meilleur buteur de la compétition avec 19 buts. Ce titre marque le début d’un triplé historique pour Flamengo, qui domine également lors des éditions de 1979, incluant le championnat régional et le fameux championnat « spécial ». Zico s’affirme comme la star de l’équipe, offrant un football spectaculaire, ponctué de buts sublimes, de passes décisives sur mesure et de coups francs mémorables. Ses performances lui valent une convocation pour la Coupe du Monde 1978 en Argentine. Cependant, Zico ne reçoit pas la reconnaissance qu’il mérite, car la CBD (actuelle CBF) pousse pour la titularisation de Jorge Mendonça à sa place. Zico doit se contenter de quelques apparitions sporadiques, marquant néanmoins son premier but en Coupe du Monde contre le Pérou, sur penalty. Le Brésil termine à la troisième place et doit se contenter du titre symbolique de « Champion Moral », auto-décerné par l’entraîneur Cláudio Coutinho, qui dénonce une supposée manipulation de résultat dans un match entre l’Argentine, pays hôte, et le Pérou.
L’ascension fulgurante : Flamengo et l’apogée du Galinho
Debouts : Andrade, Marinho, Raul, Rondinelli, Carlos Alberto e Júnior – Accroupis : Tita, Adílio, Nunes, Zico, Júlio César
L’année suivante, Zico explose. Il joue un rôle clé dans le triplé régional de Flamengo et brille lors de la conquête du trophée amical Ramón de Carranza, marquant un des buts lors de la victoire 2-1 contre le FC Barcelone de Neeskens et Simonsen. Zico inscrit également son 245e but en carrière, surpassant Dida comme meilleur buteur de l’histoire de Flamengo, marquant ainsi le début de son apogée.
Zico, roi de l’Amérique : la conquête de la Copa Libertadores
En 1980, Flamengo entame sa domination sur le football brésilien, avant de conquérir le monde. Avec une équipe composée de joueurs d’exception tels qu’Adílio, Andrade, Leandro, Júnior, Tita, Mozer, Nunes et bien sûr le talent inégalé de Zico, Flamengo propose un véritable spectacle sur la pelouse. La qualité de jeu émerveille les supporters. Cette année-là, Flamengo remporte pour la première fois le titre de champion du Brésil, après une victoire épique contre l’Atlético-MG en finale, remportée 3-2 au Maracanã. Zico termine meilleur buteur avec 21 réalisations et permet à l’équipe de décrocher son billet pour sa première participation en Copa Libertadores.
Sous la conduite magistrale de Zico, Flamengo décroche le titre tant convoité de la Copa Libertadores. Tout au long de la compétition, le « Galinho » se montre époustouflant, terminant meilleur buteur avec 11 réalisations. Sa capacité à briller dans les moments décisifs est particulièrement remarquable, notamment lors de la finale contre les Chiliens de Cobreloa. Lors du premier match, au Maracanã, Zico inscrit les deux buts de la victoire 2-1. Le match retour, empreint de tension et de provocations, voit Cobreloa l’emporter 1-0. Tout se joue lors de la troisième et dernière rencontre, disputée sur terrain neutre, où Zico fait à nouveau la différence : il marque les deux buts de la victoire 2-0, dont un somptueux coup franc, véritable signature de l’inimitable numéro 10.
Ce triomphe consacre Flamengo comme champion d’Amérique. Ou plutôt, devrions-nous dire, le Flamengo de Zico devient champion d’Amérique ? Après tout, son nom est désormais indissociable de celui du club rouge et noir.
Roi du monde : Flamengo triomphe en Coupe Intercontinentale
Avant d’affronter Liverpool en Coupe Intercontinentale, Flamengo s’adjuge le championnat carioca de 1981 en battant Vasco 2-1, dans ce qui ressemble à une formalité. Le moment le plus marquant de cette campagne reste une victoire éclatante 6-0 contre Botafogo, une revanche mémorable pour la défaite infligée par le même score en 1972.
Zico et son équipe possèdent désormais toute la motivation nécessaire pour défier Liverpool, une formation redoutable qui, au cours des huit années précédentes, a ajouté à son palmarès cinq championnats d’Angleterre, une Coupe de l’UEFA et trois Ligues des champions. Mais Flamengo n’est nullement intimidé. À Tokyo, les joueurs brésiliens livrent une prestation magistrale, inscrivant trois buts dès la première mi-temps : deux par Nunes et un par Adílio.
Flamengo vainqueur de la Coupe Intercontinentale 1981.
En seconde période, Flamengo se contente de gérer son avance avec une maîtrise technique impressionnante, laissant les Anglais impuissants. Cette victoire va bien plus loin qu’un triomphe sportif : elle inscrit Flamengo de Zico au sommet du football mondial. Flamengo devient champion du monde, le premier (et toujours le seul) club carioca à remporter un titre mondial. Certes, Fluminense a gagné la Coupe Rio en 1952, une compétition intercontinentale parfois considérée comme un « mondial », mais celle-ci n’est jamais officialisée.
Zico est élu meilleur joueur de cette finale légendaire. Les Anglais, qui déclaraient avant le match « ne pas connaître Flamengo », reçoivent une leçon mémorable.
Hégémonie nationale : les années dorées de Flamengo
Zico et Flamengo poursuivent leur domination, enchaînant les succès. En 1982, l’équipe remporte un nouveau championnat brésilien, triomphant cette fois à l’extérieur face au redoutable Grêmio, alors tenant du titre. Lors de cette finale, Zico délivre une passe décisive à Nunes, qui inscrit l’unique but du match, scellant la victoire 1-0. Mais un défi encore plus ambitieux attend Zico cette année-là : la Coupe du Monde de 1982.
Mondial 1982 : la désillusion d’une génération dorée
Le Brésil se rend en Espagne pour le Mondial 1982 en tant que grand favori. Avec une équipe étincelante alliant les talents des cracks de Flamengo (Leandro, Júnior et Zico) et d’autres stars de renom (Falcão, Oscar, Luisinho, Éder, Toninho Cerezo, Sócrates et Serginho), sous la direction de Telê Santana, cette sélection est souvent considérée comme la meilleure depuis celle victorieuse en 1970.
Zico se montre brillant tout au long de la compétition, marquant quatre superbes buts : un contre l’Écosse, deux face à la Nouvelle-Zélande (dont une splendide volée), et un dernier contre l’Argentine. La Seleção enchante le monde avec un football d’une beauté rare.
Mais le destin en décide autrement. En quart de finale, le Brésil est éliminé par l’Italie de Paolo Rossi, qui signe un triplé lors d’un match mémorable conclu sur le score de 3-2. Ce choc brutal marque cette génération dorée. Zico, pris dans l’étau défensif de Claudio Gentile – l’un des plus redoutables défenseurs de l’histoire des Coupes du Monde, connu pour avoir également neutralisé Maradona au tour précédent – ne peut exprimer tout son talent comme il l’a fait lors des autres rencontres. Le rêve de Zico de soulever la Coupe du Monde avec le Brésil s’évanouit brutalement.
Profondément affecté, Zico peine à retrouver son niveau immédiatement après cette déception. Flamengo passe tout près du doublé en Libertadores, échouant en demi-finale, et manque également le titre carioca, remporté cette année-là par Vasco.
Retour triomphal et quatrième titre brésilien
En 1983, Zico retrouve son niveau d’exception et guide Flamengo vers un troisième titre de champion du Brésil, égalant ainsi le record établi par l’Internacional dans les années 1970. Toujours décisif, il ouvre le score lors de la finale face à Santos, un triomphe retentissant 3-0 au Maracanã, devant une foule record de 155 253 spectateurs, un chiffre encore inégalé dans l’histoire du championnat brésilien. Ce jour mémorable, les chants et célébrations des supporters accompagnent l’apogée de Zico et de Flamengo.
Cependant, cette rencontre marque aussi la fin d’une époque : c’est le dernier match de Zico sous le maillot rouge et noir avant son départ pour l’Italie, clôturant ainsi une ère inoubliable.
Zico en Italie : le roi inattendu d’Udine
En 1983, malgré l’intérêt des plus grands clubs italiens, Zico surprend le monde du football en rejoignant l’Udinese, un club plutôt modeste. Arrivé en Italie avec le statut de légende, il conserve son humilité naturelle. Pourtant, sa simple présence transforme ses coéquipiers, parfois au-delà du raisonnable : Pradella, un remplaçant, se met à trembler et souffre de troubles intestinaux en apprenant qu’il jouera aux côtés du génie brésilien.
Malgré les limites de l’équipe, Zico réussit à élever l’Udinese à la neuvième place du championnat italien 1983/1984. Auteur de 19 buts en championnat, il termine à une seule réalisation du meilleur buteur de la saison, Michel Platini, qui bénéficie pourtant de six matchs supplémentaires après une blessure qui a freiné Zico.
Cependant, il devient rapidement évident que l’Udinese est trop dépendant de son talent, poussant souvent Zico à jouer malgré des blessures. Les promesses des dirigeants – qui s’étaient engagés à bâtir une équipe compétitive autour de lui – restent lettre morte. En 1985, déçu mais toujours adulé, Zico choisit de retourner à Flamengo.
Blessures et résilience : le défi ultime du Galinho
Le retour de Zico à Flamengo en 1985 est célébré en grande pompe. Les supporters voient en lui l’espoir de retrouver les heures de gloire perdues depuis son départ en 1983. Mais cette joie est de courte durée. Lors d’un match contre Bangu, une intervention violente de Márcio Nunes a des conséquences désastreuses : Zico subit une torsion des deux genoux, du péroné gauche et des deux chevilles.
Ce moment tragique marque un tournant dans sa carrière. Trois opérations du genou gauche sont nécessaires, suivies d’une longue et pénible rééducation, compliquée par des problèmes musculaires chroniques. La blessure est si grave qu’elle modifie la courbure de sa jambe gauche, influençant non seulement sa manière de marcher, mais aussi son style de jeu.
Malgré cela, Zico se fixe un nouvel objectif : participer à la Coupe du Monde 1986, sa dernière chance de remporter un titre avec la Seleção. Il doit cependant faire face au scepticisme des supporters et des critiques, qui doutent de sa capacité à retrouver son meilleur niveau.
Zico et Socrates sous les couleurs de Flamengo.
Zico prouve que son talent et sa volonté peuvent surmonter les épreuves. En 1986, il fait taire les sceptiques lors d’un match mémorable entre Flamengo et Fluminense, marqué par les débuts de Sócrates sous le maillot rubro-negro. Bien que l’attention soit centrée sur le « Docteur », c’est Zico qui illumine la rencontre. Il inscrit trois buts, dont un somptueux coup franc, offrant à Flamengo une victoire éclatante 4-1 (voir la vidéo).
Ce match symbolise la résilience de Zico. Adaptant son jeu aux contraintes physiques imposées par sa blessure, il troque ses accélérations fulgurantes pour un rythme plus mesuré, axé sur des passes millimétrées et des ouvertures stratégiques. Ce changement de style, dicté par les circonstances, souligne une fois de plus l’immensité de son talent et sa capacité d’adaptation, confirmant qu’il reste un maître du jeu malgré les obstacles.
Coupe du Monde 1986 : le dernier drame de Zico
Zico face à Luis Fernandez, le 21/06/1986 à Guadalaraja, lors du quart de finale de la Coupe du Monde 1986 entre la France et le Brésil.
Malgré les doutes, Zico participe à la Coupe du Monde 1986 au Mexique en tant que remplaçant. Il dispute seulement trois matchs : contre l’Irlande du Nord en phase de groupes, contre la Pologne en huitièmes de finale, et enfin contre la France en quart de finale. C’est lors de cette confrontation avec les Bleus que Zico vit son dernier grand drame.
Entré en jeu alors que le score est de 1-1, il délivre une passe décisive à Branco, qui obtient un penalty pour le Brésil. Zico se présente pour le tirer, mais échoue à transformer cette chance cruciale. Le score reste inchangé, et la qualification se joue aux tirs au but. Cette fois, Zico marque son tir, mais les échecs de Sócrates et de Júlio César scellent l’élimination du Brésil. Voir le résumé du match.
Pour Zico, cet échec marque la fin définitive de son rêve de soulever la Coupe du Monde. Après le match, il confie avec amertume : « Cette génération n’était pas destinée à être championne du monde. » Une triste vérité pour un joueur et une équipe souvent considérés comme les plus talentueux de leur époque.
1987 : Le dernier titre et un adieu mémorable
En 1987, Zico mène une nouvelle génération de talents du Flamengo, comprenant Aldair, Leonardo, Zinho et Bebeto, à un quatrième titre national lors de la controversée Copa União. Bien que la CBF ait également déclaré le Sport Recife champion cette année-là, ce sacre reste gravé comme l’un des derniers grands moments de la carrière de Zico.
Ce fut aussi son dernier trophée sous le maillot du Flamengo. En 1989, après une carrière marquée par des exploits inégalés, il décide de prendre sa retraite. Son dernier match, une victoire écrasante 5-0 contre Fluminense, est à son image : majestueux. Fidèle à son style, Zico conclut cette rencontre historique avec un coup franc somptueux, symbole ultime de son génie. « C’est ce que je voulais, terminer avec un but et juste comme j’aime : sur coup franc, » déclara-t-il, ému, à l’issue de cette soirée mémorable.
Mission au Japon : Zico, l’ambassadeur du football
En 1991, Zico sort de sa retraite pour une aventure inattendue : le Japon. Pendant trois ans, il joue un rôle central dans la popularisation du football dans le pays, contribuant notamment à la création de la J-League en 1993. Défendant les couleurs du Kashima Antlers, il devient rapidement une icône nationale grâce à ses dribbles, ses coups francs imparables, et son charisme.
Quand il prend sa retraite définitive en 1994, le Japon lui rend un hommage sans précédent. Une statue est érigée en son honneur, et il est célébré comme un héros, surnommé le « Dieu du football ». Son impact dépasse largement le cadre sportif, inscrivant son nom dans l’histoire culturelle du pays.
L’héritage d’une légende
Si Zico n’a jamais atteint les sommets espérés avec la Seleção, ses exploits avec Flamengo, l’Udinese, et le Kashima Antlers, ainsi que son influence au-delà des terrains, font de lui l’un des plus grands noms de l’histoire du football mondial.
Aujourd’hui entraîneur, il incarne toujours l’essence du football artistique : la beauté du jeu, la maîtrise technique, et une créativité sans limites. Le Galinho de Quintino a écrit une page inoubliable de l’histoire du sport, accumulant les titres et les honneurs, tout en devenant le symbole éternel de Flamengo. Un génie. Une joueur de légende.
Son parcours professionnel en bref
Les clubs où il a joué
Flamengo (1971-1983 / 1985-1989)
Udinese (Italie) (1983-1985)
Kashima Antlers (Japon) (1991-1994)
Palmarès
Principaux titres en clubs :
1 Coupe intercontinentale (1981)
1 Copa Libertadores (1981)
4 Championnats brésiliens (1980, 1982, 1983, 1987) avec Flamengo
7 Championnats de l’État de Rio de Janeiro (Cariocas) (1972, 1974, 1978, 1979, 1979 (spécial), 1981, 1986)
1 J-League – Première phase (1993) avec Kashima Antlers
Distinctions individuelles principales :
FIFA 100 (2004)
Équipe All-Star de la Coupe du monde (1982)
Hall of fame FIFA (2000)
Meilleur joueur mondial selon :
Placar (Brésil), Guerin Sportivo (Italie), El Mundo (Venezuela), Don Balón (Espagne) (1981)
World Soccer (1983)
Bola de Ouro (Meilleur joueur) – Placar : 1974, 1982
Meilleur joueur sud-américain de l’année :
Par El Mundo (1977, 1981, 1982)
Par El Gráfico (1982)
Meilleur joueur de la Copa América : 1981
Meilleur joueur de la Coupe Intercontinentale : 1981
Meilleur buteur de l’histoire du Flamengo : 509 buts en 732 matchs
Meilleur buteur historique du Maracanã : 334 buts
Meilleur buteur de l’histoire du Fla-Flu : 19 buts
Meilleur buteur de Flamengo sur une saison : 88 buts en 70 matchs (1979)
826 buts inscrits en 1180 matchs au long de sa carrière
Naissance : 29 janvier 1966, à Rio de Janeiro (RJ), Brésil Poste : Attaquant
Romário de Souza Faria restera à jamais le plus grand des petits dans l’histoire du football mondial. Arrogant comme personne, brillant comme nul autre. Ces mots, bien que revisités, proviennent de Johan Cruyff, alors entraîneur du FC Barcelone, qui cherchait à décrire ce phénomène brésilien lors de son passage en Catalogne. Et il n’avait pas tort. Romário était un magicien dans la surface de réparation : capable de dribbles fulgurants, doté d’une accélération foudroyante et d’un sens du but inégalé.
Idole incontestée dans trois des quatre grands clubs de Rio, puis aux Pays-Bas, en Espagne et, bien sûr, dans tout le Brésil, il a marqué l’histoire partout où il est passé. Si un nom doit incarner la Coupe du Monde 1994, c’est bien celui de Romário. Sans lui, le Brésil aurait sans doute peiné à décrocher ce trophée. Certains vont même jusqu’à dire que l’équipe aurait pu manquer le rendez-vous sans ses performances d’exception, notamment lors du match décisif face à l’Uruguay en éliminatoires.
Mais Romário, c’était aussi un joueur à la personnalité controversée, s’autoproclamant « le meilleur joueur de l’histoire après Pelé ». Était-ce exagéré ? Une simple plongée dans l’histoire de ce prodige du football suffit à s’en faire une idée…
Une enfance modeste pour un destin grandiose
Issu d’un milieu modeste, Romário a débuté sa carrière à Olaria (RJ) avant d’être repéré par un recruteur de Vasco da Gama. Rapidement intégré à l’équipe, il a fait ses débuts professionnels en 1985. Dès cette première année, il s’est distingué en devenant le deuxième meilleur buteur du championnat carioca, suscitant l’enthousiasme des supporters, qui voyaient déjà en ce jeune attaquant de petite taille (1,69 m) un avenir brillant.
Romario lors de ses débuts à Olaria
Après cette saison prometteuse, Romário a signé son premier contrat professionnel en 1986 et a intégré une équipe mêlant jeunesse et expérience. Aux côtés de talents montants comme Mazinho, Bismarck et Donato, il évoluait avec des vétérans tels qu’Acácio, Tita et la légende de Vasco, Roberto Dinamite. Ce dernier a d’ailleurs témoigné de l’expérience marquante qu’il a vécue en jouant aux côtés du jeune prodige à ses débuts :
« Vous savez ce que c’était de jouer avec Romário à l’âge de 20 ans ?Il suffisait de lui passer le ballon.Sur les trois qui lui arrivaient dans les pieds, il en mettait deux au fond des filets !
Les années suivantes ont marqué l’ascension fulgurante de Romário, confirmant son statut de joueur exceptionnel. Avec Vasco, il a été l’un des principaux artisans des triomphes successifs dans le championnat carioca en 1987 et 1988, à chaque fois face à Flamengo, le rival historique. La finale de 1988 reste gravée dans les mémoires, notamment grâce à un but splendide de Romário, où il a mystifié le gardien rouge et noir avant de conclure avec brio.
L’équipe de Vasco en 1987 : Paulo Roberto, Acácio, Fernando Henrique, Mazinho et Donato. Tita, Geovani, Roberto Dinamite, Luís Carlos et Romário.
Déjà à cette époque, il n’hésitait pas à afficher son ambition démesurée, déclarant qu’il atteindrait les 1 000 buts, à l’image de Pelé. Cette confiance en lui se reflétait également sur la scène internationale. Aux Jeux olympiques de Séoul en 1988, il a porté l’équipe brésilienne jusqu’à la médaille d’argent, terminant meilleur buteur du tournoi avec six réalisations.
Ces exploits n’ont pas échappé aux recruteurs européens. Le PSV Eindhoven, alors champion d’Europe, n’a pas tardé à s’intéresser au prodige brésilien, ouvrant ainsi un nouveau chapitre de sa carrière, cette fois sur le continent européen.
C’est au PSV que Romário allait perfectionner son art du but et se préparer à devenir l’un des plus grands attaquants de l’histoire du football.
PSV Eindhoven : l’apprentissage en Europe
La première saison de Romário a été pleine de hauts et de bas. Parmi les moments de gloire, il a décroché le titre de meilleur buteur du championnat néerlandais, menant son équipe à la conquête du titre national et de la Coupe des Pays-Bas. Toutefois, sur la scène internationale, les résultats ont été moins reluisants.
Romario au PSV Eindhoven
En Ligue des champions 1988/89, le PSV a été éliminé en quart de finale par le Real Madrid, tandis qu’en Supercoupe d’Europe, le club néerlandais a échoué en finale face aux Belges de Malines. La désillusion s’est poursuivie lors de la Coupe Intercontinentale 1988, où le PSV a perdu aux tirs au but contre le Nacional d’Uruguay.
C’est finalement avec la sélection brésilienne, en 1989, que Romário a ajouté un trophée continental à son palmarès : la Copa América. Ce triomphe allait solidifier sa réputation internationale, tout en annonçant les grandes réussites à venir.
La Copa América 1989 : un héros national en devenir
Déjà star en Europe, Romário est revenu au Brésil pour disputer la Copa América, au mythique Maracanã. C’était l’occasion rêvée pour le « baixinho » de rentrer dans le coeur des supporters en offrant à son pays un titre attendu depuis plus de 50 ans. Et il n’a pas déçu.
Romario qui marque le but de la victoire face à l’Uruguay lors de la finale de la Copa America 89.
Lors du quadrangulaire final, Romário a enchaîné les performances mémorables. Contre l’Argentine de Maradona, il a marqué un but, tout en humiliant l’icône argentine d’un magnifique petit pont. Face au Paraguay, il a inscrit l’un des buts de la victoire 3-0, puis, lors du match décisif contre l’Uruguay, il a offert la victoire 1-0 grâce à un but déterminant. Cette rencontre avait une saveur particulière pour Romário : il retrouvait plusieurs joueurs uruguayens, qui, sous les couleurs de Nacional, lui avaient arraché la Coupe du monde des clubs en 1988. Cette victoire était une véritable revanche personnelle pour le Brésilien, qui devenait définitivement une idole dans son pays.
Ce tournoi a également marqué la naissance d’un duo légendaire : Bebeto et Romário. Ensemble, ils allaient écrire quelques-unes des plus belles pages de l’histoire du football brésilien.
L’âge d’or au FC Barcelone
En raison d’une blessure, Romário n’a disputé qu’un seul match lors de la Coupe du monde 1990, une édition décevante pour le Brésil, éliminé prématurément par l’Argentine. Malgré cette désillusion, l’attaquant a continué d’afficher des performances exceptionnelles avec le PSV Eindhoven, attirant l’attention des plus grands clubs européens. Parmi eux, le FC Barcelone de Johan Cruyff, qui a obtenu sa signature en 1993.
Romario décisif lors de la victoire 5-0 du Barça contre le Real en 1994.
Dès son arrivée en Catalogne, Romário a marqué les esprits. Il a contribué à une série de titres importants pour le Barça, notamment lors de la saison 1993/94, où le club a remporté la Liga. Cette saison a été marquée par un moment inoubliable : un Clasico historique contre le Real Madrid, au cours duquel Romário a inscrit un triplé et délivré une passe décisive, scellant une victoire écrasante 5-0. Sa relation avec Johan Cruyff, à la fois professionnelle et amicale, a renforcé son intégration et son succès en Espagne.
Cependant, sur la scène européenne, le Barça n’a pas connu la même réussite. En finale de la Ligue des champions 1994, Romário et son équipe se sont inclinés lourdement face à un AC Milan impressionnant (4-0). Lors de ce match, il a croisé la route de Franco Baresi, le légendaire défenseur italien, que Romário a qualifié comme son adversaire le plus coriace en carrière. Leur duel allait se réitérer quelques mois plus tard, cette fois sur la plus grande scène de toutes : la Coupe du monde.
Le sauveur du Brésil pour la Coupe du Monde 1994
Après une brouille avec Carlos Alberto Parreira, alors sélectionneur du Brésil, Romário a été écarté de l’équipe pendant une grande partie des éliminatoires pour la Coupe du monde 1994. L’absence de l’attaquant s’est rapidement fait sentir : les performances du Brésil ont décliné, au point que la qualification était sérieusement menacée. Face à la pression populaire et aux critiques grandissantes, Parreira n’a eu d’autre choix que de rappeler Romário pour le match décisif contre l’Uruguay, au Maracanã.
Romario héroïque face à l’Uruguay lors des éliminatoires pour la Coupe du monde 94.
Ce match était crucial : une défaite aurait marqué la première non-qualification du Brésil pour une Coupe du monde. Mais Romário, fidèle à sa réputation, a pris les choses en main. Pendant 90 minutes, il a offert une prestation magistrale. Avec ses dribbles incisifs, ses courses fulgurantes, ses frappes précises et même son jeu de tête, il a fait vivre un cauchemar à la défense uruguayenne. Sa performance exceptionnelle a été récompensée par deux buts décisifs, scellant une victoire 2-0 et envoyant le Brésil en Coupe du monde.
Ce moment marquait plus qu’une simple qualification : il annonçait le retour en grâce de l’équipe nationale, qui allait, quelques mois plus tard, remporter un titre mondial qu’elle n’avait plus décroché depuis 24 ans, sous l’ère de Pelé. Et si ce succès a été possible, c’est en grande partie grâce à la magie de Romário, devenu l’âme et le visage de cette équipe victorieuse.
États-Unis 1994 : la Coupe du monde de Romário
Pour la première fois, une Coupe du monde se déroulait aux États-Unis, un pays où le football n’était pas enraciné dans la culture populaire. Pourtant, l’organisation fut un succès retentissant, contribuant à populariser le sport dans le pays et à professionnaliser son championnat. Avec un record d’audience télévisuelle, cette édition a marqué un tournant dans l’histoire du football. Le seul bémol était les horaires des matchs, programmés entre 11 heures et 14 heures pour satisfaire les fuseaux horaires européens et internationaux, malgré une chaleur étouffante qui dépassait parfois les 40 °C en plein été. Une décision controversée, typique de la FIFA…
Malgré ces conditions éprouvantes, l’équipe du Brésil a montré une grande solidarité et un niveau élevé, même si elle n’égalait pas le panache des formations légendaires du passé. Romário, véritable moteur offensif, était insatiable. Il a marqué lors des trois matchs de la phase de groupes : lors des victoires contre la Russie et le Cameroun, et lors du match nul contre la Suède.
Romario buteur contre le Cameroun.
En huitième de finale, le Brésil a rencontré un adversaire déterminé : le pays hôte, galvanisé par l’enjeu et par la date symbolique du 4 juillet, jour de l’Indépendance américaine. Les États-Unis, poussés par leur public, ont posé de sérieux problèmes à Taffarel, le gardien brésilien. L’équipe brésilienne, en manque d’efficacité offensive, a souffert, même Romário qui a raté une opportunité après avoir dribblé le gardien. L’expulsion de Leonardo, après un coup de coude, a compliqué davantage la tâche des Brésiliens, qui ont dû jouer en infériorité numérique.
Mais Romário, fidèle à son rôle de leader, a délivré un moment de magie. Avec une passe décisive sublime, il a offert à Bebeto l’opportunité de marquer l’unique but du match. Après son but, Bebeto a adressé un geste affectueux à Romário, symbolisant l’unité et la gratitude au sein de l’équipe. Les supporters brésiliens pouvaient enfin respirer : grâce à leur « petit bonhomme », le Brésil se qualifiait pour les quarts de finale.
La revanche contre les Pays-Bas
Les quarts de finale de la Coupe du monde 1994 ont offert un spectacle mémorable entre le Brésil et les Pays-Bas, deux équipes phares du tournoi. La première mi-temps est restée relativement calme, mais la seconde a été un véritable feu d’artifice. Le Brésil menait 2-0 grâce à des buts de Bebeto et, bien sûr, de Romário, mais les Pays-Bas ont réagi avec force : Winter et Bergkamp ont marqué pour égaliser, envoyant le match dans une incroyable lutte pour la qualification.
Romario, Bebeto et Zinho.
À neuf minutes de la fin, le Brésil obtient un coup franc crucial. Branco, souvent critiqué durant la compétition, se prépare à le tirer. Il frappe avec précision, et Romário, toujours dans les bons coups, se retrouve sur la trajectoire du ballon et a juste le temps de se courber le dos, trompant le gardien néerlandais. Un golaço qui offre au Brésil une victoire 3-2, et permet ainsi de prendre une revanche symbolique sur l’élimination subie en 1974. Le Brésil se qualifie pour les demi-finales.
Son adversaire sera la surprenante Suède, qui a su bousculer les grandes nations du tournoi. Mais là encore, Romário ne faillit pas. Avec son instinct de buteur infaillible, il inscrit l’unique but du match, donnant ainsi au Brésil une victoire décisive. L’équipe est de retour en finale, pour la première fois depuis 1970, avec en face l’Italie, emmenée par des légendes comme Roberto Baggio, Paolo Maldini et Franco Baresi. Le Brésil, fort de son héros Romário, est prêt à disputer une nouvelle finale pour tenter de conquérir son quatrième titre mondial.
Un marquage à la culotte de Baresi
La finale tant attendue de la Coupe du monde 1994 opposait deux géants du football, chacun déjà triple champion du monde. D’un côté, le Brésil, porté par une défense solide et son joyau offensif, Romário. De l’autre, l’Italie, célèbre pour sa rigueur défensive, un milieu de terrain rugueux, et son maître à jouer, Roberto Baggio. Ce duel de titans a donné lieu à un match extrêmement serré, marqué par une tension palpable et de nombreuses occasions gâchées.
Romario victime d’un marquage serré.
La chaleur écrasante de la mi-journée américaine a pesé lourdement sur les joueurs, limitant le rythme et la qualité du spectacle. Pour le Brésil, la tâche était d’autant plus ardue que Romário, constamment surveillé de près par l’iconique Franco Baresi, n’a jamais pu déployer pleinement son génie.
Après 90 minutes sans but et 30 minutes de prolongation tout aussi stériles, l’issue de cette finale historique s’est jouée pour la première fois aux tirs au but. Une conclusion inédite pour couronner un champion du monde.
Le Brésil est quadruple champion du monde !
La séance de tirs au but débute par un tir manqué de Baresi. C’était de bon augure pour la Seleção. Sauf que dans la foulée, le tir de Márcio Santos est repoussé par Pagliuca. Au tour d’Albertini de se lancer et de prendre Taffarel à contre-pied. Puis vint le tour de Romário. Avec classe, le baixinho ne laisse aucune chance au portier italien. Evani redonne l’avantage aux Italiens, mais Branco remet les compteurs à zéro. Quatrième tir, Massaro s’élance, Taffareeeeel ! Le gardien brésilien repousse le tir italien, avant que le capitaine Dunga ne donne l’avantage aux siens, pour la plus grande joie de Pelé présent dans les gradins. Roberto Baggio est le cinquième tireur italien. Une valeur sure pour conclure la série. Sauf que s’il manque son tir, le Brésil est champion. Et l’histoire, on la connait. Baggio s’élance, tire, et le ballon s’envole au dessus du but.
Le Brésil est quadruple champion du monde de football ! Le pays explose de joie 24 ans après son dernier succès, une victoire dédiée à Ayrton Senna, icone brésilienne décédée cette année-là. Le Brésil De Romario est de nouveau sur le toit du monde.
De champion du monde à icône nationale
Après avoir décroché le titre de champion du monde en 1994, Romário a reçu sa plus grande distinction individuelle : le trophée de Joueur mondial de la FIFA. Cette année-là fut la sienne, marquée par son éclat sur les terrains américains et espagnols sous les couleurs du FC Barcelone. Pourtant, nostalgique de sa ville natale et lassé de la Catalogne, il a orchestré son départ. Grâce à des négociations soutenues par diverses entreprises, il est revenu jouer pour Flamengo, juste à temps pour célébrer le centenaire du club. Ce départ a ouvert la voie à d’autres Brésiliens au Barça tout en augmentant la popularité mondiale du club catalan, notamment au Brésil.
Une année frustrante
En 1995, tous les espoirs reposaient sur Romário, la plus grande star mondiale, qui formait avec Edmundo et Sávio ce qu’on appelait « la meilleure attaque du monde ». Flamengo ambitionnait de remporter tous les trophées cette année-là, mais les résultats furent décevants : une défaite en championnat carioca face à Fluminense sur un but controversé de Renato Gaúcho, une saison médiocre dans le Brasileirao, une élimination précoce en Copa do Brasil, et une année du centenaire sans le moindre titre. Une situation difficile à vivre pour les supporters, qui durent endurer les moqueries des rivaux qualifiant cette saison d’ »année blanche ».
Romario à Flamengo.
Une période difficile
En 1996, Romário remporta quelques titres et continua d’empiler les buts. Toutefois, un prêt à Valence s’est avéré peu fructueux, le menant à un retour au Flamengo en 1997. Malgré de bonnes performances dans le championnat carioca, il ne parvint pas à rivaliser avec les grandes équipes de l’époque, comme Cruzeiro, Palmeiras, Vasco ou Corinthians. En quête de nouveaux succès, il décida de revenir à Vasco en 2000, où il retrouvera les sommets. Mais entre-temps, il vécut l’une des plus grandes déceptions de sa carrière.
En 1997, il formait un duo prometteur avec le jeune Ronaldo, tous deux étant les figures de proue du Brésil pour la Coupe du monde 1998. Malheureusement, une élongation au mollet contractée juste avant le tournoi le priva de compétition. Bien qu’il aurait pu être rétabli pour le second tour, il fut écarté par l’équipe technique. En larmes lors d’une conférence de presse, il assista impuissant à la défaite du Brésil en finale face à la France. Ce duo « Ro-Ro » aurait certainement fait beaucoup de dégâts sur le sol français.
Un retour en grâce à Vasco
En 2000, Romário revint à Vasco après 11 ans d’absence, et ce retour fut triomphal. Aux côtés de l’équipe ayant remporté la Libertadores en 1998, il guida Vasco vers la victoire en Brasileiro et en Copa Mercosur. La finale de cette dernière, face à Palmeiras au Parque Antártica, reste légendaire : menés 3-0 à la mi-temps, Vasco renversa la situation pour s’imposer 4-3 dans une victoire épique, marquée par la magie de Romário. Cette performance exceptionnelle renforça son statut d’icône.
Romario fait taire ses détracteurs.
Cette année-là, il marqua 67 des 176 buts de Vasco, ce qui a fait de lui le meilleur buteur de tous les tournois qu’il a disputé : championnat carioca (19 buts), tournoi Rio-SP (12 buts), Coupe João Havelange (20 buts) et Copa Mercosur (11 buts). Avec 73 buts en 75 matches, il réalisa la saison la plus prolifique de sa carrière, recevant même le Ballon d’Or brésilien décerné par le magazine Placar.
Une aventure à Fluminense
En 2002, Romário signa avec Fluminense pour une troisième expérience dans un grand club de Rio. Il y remporta le Soulier d’Or et continua de marquer, mais sa relation avec les supporters et ses coéquipiers fut tendue, notamment en raison des privilèges dont il jouissait. En 2003, il accepta un court passage lucratif au Qatar avant de revenir au Flu jusqu’à la fin 2004. Malgré des performances individuelles remarquables, il ne remporta aucun trophée lors de cette période.
Romario avec les couleurs de Fluminense.
En quête de son millième but et approchant la fin de sa carrière, Romário retourna à Vasco, son club de cœur. Cependant, il fut écarté de la Seleção par Luiz Felipe Scolari pour la Coupe du monde 2002, en raison de divergences personnelles malgré ses bonnes performances. Ironie du sort, le Brésil remporta cette compétition sans lui, confirmant une génération dorée mais privant Romário d’un second sacre mondial.
Un joueur controversé mais inégalé
En 2005, la question de la retraite de Romário faisait débat. Pourtant, il fit taire ses détracteurs en réalisant une saison exceptionnelle : à 39 ans, il devint le joueur le plus âgé à terminer meilleur buteur du championnat brésilien, avec 22 réalisations. Cette performance lui valut un autre Ballon d’argent du magazine Placar. La même année, il prononça l’une de ses phrases les plus célèbres : « Tout le monde sait que quand Pelé se tait c’est un poète », en réponse à une suggestion de Pelé lui conseillant de raccrocher les crampons.
Toujours en 2005, Romário fit ses adieux à la sélection brésilienne en marquant lors d’une victoire 3-0 contre le Guatemala. En 2006, il tenta une aventure aux États-Unis et en Australie, évoluant dans des ligues de moindre envergure mais continuant à empiler les buts, se rapprochant ainsi de son objectif des 1000 buts en carrière. Avec 986 réalisations, il décida de revenir à Vasco en 2007 pour une ultime étape.
Le millième but de Romario
L’année 2007 fut historique pour le baixinho. Lors d’un match du championnat brésilien contre Sport Recife à São Januário, Romário inscrivit son 1000e but. Le destin voulut qu’il atteigne ce cap symbolique sur un penalty, tout comme Pelé avant lui. Cependant, contrairement à son illustre prédécesseur, ce fut avec Vasco, son club de cœur, qu’il réalisa cet exploit. Cet événement marqua la fin d’une quête débutée dans les années 1980, traversant deux siècles et s’achevant avec éclat en 2007. En hommage à son idole, Vasco érigea une statue derrière les cages où il avait marqué ce but mémorable.
L’heure de raccrocher les crampons
Après avoir tenu sa promesse des 1000 buts, Romário annonça sa retraite en mars 2008. Mais en 2009, il fit un dernier retour symbolique sous les couleurs de l’América-RJ, exauçant le souhait de son père qui avait toujours rêvé de le voir jouer avec le maillot rouge. Ce passage éclair permit à l’équipe de remporter la deuxième division du carioca et de retrouver l’élite. Peu après, Romário quitta définitivement les terrains.
Aujourd’hui, il s’est reconverti en politique, d’abord comme député fédéral, puis comme sénateur de l’État de Rio de Janeiro. Cependant, ce que l’histoire retiendra, ce sont ses exploits sur le terrain. Romário restera à jamais le roi des surfaces, un joueur légendaire et inoubliable.
Les buts de Romário
Vasco – 326 buts
Flamengo – 204 buts
PSV – 165 buts
Seleção Brasileira – 71 buts
Barcelone – 53 buts
Fluminense – 48 buts
Miami – 22 buts
Valencia – 14 buts
Adelaide – 1 but
Divisions jeune – 77 buts
Matchs de gala – 21 buts
TOTAL : 1.002buts
Son parcours professionnel en bref
Les clubs où il a joué
Vasco-BRA (1985-1988, 2000-2002, 2005-2006 et 2007-2008),
PSV-HOL (1988-1993),
Barcelone-ESP (1993-1994),
Flamengo-BRA (1995-1996, 1997 et 1998-1999),
Valence-ESP (1996-1997),
Fluminense-BRA (2002-2003 et 2003-2004),
Al-Saad-QAT (2003),
Miami FC-USA (2006),
Adelaide United-AUS (2006) et
America de Rio-BRA (2009).
Palmarès
Principaux titres en club
1 Championnat du Brésil (2000), 1 Copa Mercosul (2000) et 2 Championnats Carioca (1987/1988) avec Vasco.
1 Copa Mercosul (1999), 1 Copa de Oro Sudamericana (1996), 1 Coupe des Champions du Monde (1997) et 2 Championnats Carioca (1996/1999) avec Flamengo.
3 Championnats des Pays-Bas (1988-1989, 1990-1991 et 1991-1992), 2 Coupes des Pays-Bas (1988-1989 et 1989-1990) et 1 Supercoupe des Pays-Bas (1992) avec le PSV.
1 Championnat d’Espagne (1993-1994), 1 Supercoupe d’Espagne (1994) et 1 Trophée Tereza Herrera (1993) avec Barcelone.
Titres en sélection
1 Coupe du Monde FIFA (1994), 2 Copa América (1989 et 1997), 1 Coupe des Confédérations (1997) et 1 médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Séoul (1988) avec le Brésil.
Les principaux titres individuels remportés par Romario
Meilleur joueur du monde FIFA : 1994
Ballon d’Or de la Coupe du Monde FIFA : 1994
Onze d’Or : 1994
FIFA 100 : 2004
Onze de Bronze : 1993
Meilleur joueur du Championnat des Pays-Bas : 1989, 1990 et 1991
Meilleur attaquant du Championnat des Pays-Bas : 1989, 1990 et 1991
Meilleur attaquant de la Ligue des Champions UEFA : 1990 et 1993
Meilleur joueur ibéro-américain d’Espagne : 1994
Meilleur joueur étranger en Espagne (Revista El País) : 1994
Meilleur joueur du Championnat d’Espagne : 1994
Meilleur attaquant du Championnat d’Espagne : 1994
Ballon d’Or de la revue Placar : 2000
Ballon d’Argent de la revue Placar : 2000 / 2001 / 2005
30e meilleur joueur sud-américain du XXe siècle – IFFHS : 1999
11e meilleur joueur brésilien du XXe siècle – IFFHS : 1999
17e meilleur joueur du XXe siècle – Revue « France Football » : 1999
5e meilleur joueur du XXe siècle FIFA – vote internet : 2000
18e meilleur joueur du XXe siècle FIFA – vote du grand jury : 2000
Meilleur joueur du Championnat brésilien : 2000
Meilleur joueur des Amériques – Revue « El País » : 2000
Soulier d’Or – Revue Placar : 1999, 2000 et 2002
Soulier d’Or CBF : 2001 et 2005
Trophée Roi du But : 2005
Élu dans l’équipe des rêves du Brésil par Imortais : 2020
Élu dans l’équipe des rêves de Vasco par Imortais : 2021
Élu dans l’équipe des rêves de Barcelone par Imortais : 2021
Élu dans l’équipe des rêves de Flamengo par Imortais : 2020
Ses titres de meilleur buteur :
Meilleur buteur de la Coupe du Monde des clubs FIFA : 2000 – 3 buts
2 fois meilleur buteur de la Ligue des Champions UEFA : 1989-90 (6 buts) et 1992-93 (7 buts)
3 fois meilleur buteur du Championnat du Brésil : 2000 (20 buts), 2001 (21 buts) et 2005 (22 buts)
Meilleur buteur du Championnat d’Espagne : 1994 (30 buts)
3 fois meilleur buteur du Championnat des Pays-Bas : 1989 (19 buts), 1990 (23 buts) et 1991 (25 buts)
2 fois meilleur buteur de la Copa do Brasil : 1998 (7 buts) et 1999 (8 buts)
2 fois meilleur buteur de la Copa Mercosul : 1999 (8 buts) et 2000 (11 buts)
2 fois meilleur buteur du Tournoi Rio-São Paulo : 1997 (7 buts) et 2000 (12 buts)
7 fois meilleur buteur du Championnat Carioca : 1986 (20 buts), 1987 (16 buts), 1996 (26 buts), 1997 (18 buts), 1998 (10 buts), 1999 (16 buts) et 2000 (19 buts)
Meilleur buteur du tournoi olympique de football : 1988 (7 buts)
Meilleur buteur de la USL Soccer : 2006 (20 buts)
Meilleur buteur de la Coupe des Confédérations : 1997 (7 buts)
L’un est populairement connu comme le « Time do Povo » (club du peuple), l’autre comme le « Time da Elite » (club de l’élite). Rien que par ces caractéristiques, ils avaient déjà de grandes chances de s’opposer. Et, avec le temps, la rivalité a commencé à grandir, surtout à partir des années 1940, lorsque le nouveau venu São Paulo a commencé à attirer des milliers de personnes au Pacaembu et à mettre fin à la suprématie du Corinthians dans l’État. Comme les deux clubs comptent un grand nombre de supporters, le célèbre journaliste Thomaz Mazzoni ne pouvait pas choisir de meilleur adjectif pour surnommer le duel : le Majestoso (Majestueux). Ainsi est né le clássico d’État entre les deux équipes qui comptent le plus de supporters, car le Timão et le Tricolor sont les 2e et 3e clubs les plus suivis du Brésil. PS : si l’on parle de classique inter-États, le plus grand est Corinthians x Flamengo, car il réunit les deux équipes les plus suivies du Brésil.
La naissance du Majestoso
Fondé en 1910, le Corinthians entretient déjà une grande rivalité avec Palmeiras dans les années 1930 lorsqu’il commence à affronter un nouveau club fondé dans la capitale : São Paulo. En 1931, un an à peine après la fondation du club, le Tricolor devient champion précisément après une victoire face au Corinthians, sur le score de 4-1. Mais le match qui a poussé les Alvinegros à rivaliser définitivement avec ce nouveau venu s’est déroulé en 1933, lorsque le Tricolor a infligé la plus large goleada de l’histoire du clássico : une victoire 6-1, grâce à un triplé de Luizinho, un but de Waldemar de Brito, un d’Armandinho et un d’Hércules pour São Paulo, tandis que Zuza a « sauvé l’honneur » pour le Corinthians. Le match s’est déroulé dans le cadre de deux championnats, le Paulista et le Tournoi Rio-São Paulo. Il faut attendre 1938 pour que le Timão prenne sa revanche, avec un match nul 1-1 qui a assuré au club le titre pauliste de cette année-là.
Le 10 septembre 1933, São Paulo a remporté sa plus large victoire face au Corinthians : 6-1.
Dans les années 1940, lorque le Tricolor monte son « rouleau-compresseur« , avec Leônidas da Silva en tête de proue, et remporte cinq championnats paulistes, la rivalité se consolide et devient l’une des plus traditionnelles du pays, avec des finales marquantes pour des titres, des confrontations continentales dans les années 2010 et un avantage du Corinthians dans les grandes décisions reconnue par les tricolores eux-mêmes. Cependant, São Paulo a aussi renversé son rival à maintes reprises, provoquant le licenciement d’entraîneurs et de véritables tempêtes au Parque São Jorge. Il est temps de découvrir l’histoire de ce clássico.
La période Leônidas da Silva
Après les confrontations mentionnées plus haut des années 1930, le Corinthians réalise que São Paulo serait l’un de ses principaux rivaux dans l’État. Et en 1940, les attentes deviennent réalité lorsque le Tricolor commence à jouer la plupart de ses matchs dans le tout nouveau Pacaembu, qui a beaucoup contribué à augmenter le nombre de supporters du club. Porté par cette nouvelle ère, avec son nouveau stade et l’un des premiers groupes de supporters organisés du pays – la TUSP, Torcida Uniformizada do São Paulo – et avec une renommée de plus en plus grandissante, São Paulo se devait de transformer tout cela en titres. Mais la tâche était difficile. Bien que le club ait remporté le Tournoi d’ouverture du Championnat de São Paulo en 1940, São Paulo recherchait le titre de champion de l’État. En 1941, l’équipe est toute proche de remporter le trophée, mais termine deuxième. C’est alors qu’en 1942, la direction du Tricolor décide d’aller chercher au Flamengo un craque incontesté : Leônidas da Silva, le plus grand joueur du pays depuis Friedenreich et la grande star brésilienne de la Coupe du monde de 1938.
Leônidas da Silva en action avec São Paulo.
Les débuts de Leônidas da Silva pour São Paulo ont lieu le 25 mai 1942, au Pacaembu, justement lors d’un clássico contre le Corinthians. L’enthousiasme du public pour voir la star est tel que 71 280 personnes se rendent au stade ce jour-là. Le match s’est terminé sur un match nul 3-3 et Leônidas n’a pas marqué, mais les supporters n’ont pas regretté leur venue au vu de l’intensité du match et la présence de la star sur le terrain – il convient de rappeler que c’est après ce match légendaire que le classique a gagné le nom de Majestoso. Après ce match, Leônidas a vaincu les doutes de tous et est devenu la grande star de São Paulo jusqu’à la fin des années 1940.
Grâce au « Diamante Negro« , le Tricolor passe d’un simple club à une force dans l’État et dans tout le Brésil en remportant les championnats paulistes de 1943, 1945, 1946 (invaincu), 1948 et 1949, ainsi que les Coupes des champions des États Rio-São Paulo de 1943, 1945, 1946 et 1948. Sur les 5 titres paulistes du Tricolor, le Corinthians a été vice-champion à trois reprises (1943, 1945 et 1946). Pendant cette période, São Paulo remporte 15 matchs, fait match nul 8 fois et perd à 10 reprises contre le Corinthians, affichant pour la première fois un avantage en victoires sur le rival lors d’une décennie. Si nous prenons seulement la « période Leônidas », entre 1943 et 1949, sur 23 matchs, on comptabilise 12 victoires de São Paulo, 5 matchs nuls et seulement 6 victoires pour le Corinthians.
La gloire avant la crise
Dans les années 1950, le Corinthians reprend le dessus dans l’historique de la confrontation, en grande partie grâce à l’équipe menée par Cláudio, Luizinho, Baltazar, Oreco et compagnie, une équipe qui remporte de nombreux trophées et bat São Paulo 2 à 0 lors de la première rencontre internationale entre les deux équipes, dans le cadre de la « Copa do Atlântico de Clubes« . De plus, le Timão devient champion pauliste en 1952 après une victoire contre São Paulo en finale. En 1957, São Paulo a droit à sa revanche, avec une victoire 3-1 en finale du championnat pauliste de cette année-là, grâce à des cracks comme Canhoteiro et Zizinho, des légendes de l’équipe tricolore à l’époque, dans un match lors duquel il y a eu beaucoup de confusions au coup de sifflet final, et qui deviendra connu comme la « Tarde das Garrafadas » (« Après-midi des jets de bouteilles »).
La ligne d’attaque mythique du Corinthians en1951 : Cláudio, Luizinho, Baltazar, Carbone et Mário.
Dans les années 1960 et au début des années 1970, São Paulo et le Corinthians connaissent des moments difficiles. Alors que le Tricolor n’a pas d’argent pour de grands transferts en raison de la construction du stade du Morumbi, le Corinthians vit également une énorme période de disette. Pour aggraver les choses, Palmeiras et Santos sont à leur apogée et dominent les compétitions de l’époque. Ce n’est que dans la seconde moitié des années 1970 que le Majestoso revient sous les feux de la rampe grâce à la reprise des transferts du côté de São Paulo et le Corinthians qui retrouve le chemin de la victoire.
La fin de la période de disette
Entre octobre 1975 et juillet 1980, le Corinthians réalise une série remarquable de 12 matchs sans défaite, avec huit victoires (dont six consécutives) et quatre matchs nuls, dont une victoire 2-1 en demi-finale du championnat pauliste de 1977, année de la fin de la période de disette de titre de 23 ans du Corinthians dans la compétition. Curieusement, c’est également en 1977 que São Paulo remporte son premier championnat brésilien, laissant son rival comme le seul grand club de l’État sans trophée national à l’époque.
La démocratie corinthiane
Au début des années 1980, le Corinthians prend le dessus dans le classique grâce à l’équipe de la Démocratie menée par Sócrates, Casagrande, Zenon, Biro-Biro et compagnie, qui remporte le championnat pauliste de 1982 contre São Paulo avec une victoire 3-1 en finale (deux buts de Biro-Biro et un de Casagrande) – empêchant un triple sacre consécutif inédit du rival – et réédite l’exploit en 1983. Ces deux finales contribuent à accroître encore davantage la rivalité du clássico et consolident la force du duo dans l’État à cette époque.
Des années plus tard, en 1986, São Paulo allait remporter son deuxième titre brésilien avec les « Menudos do Morumbi« , qui sont restés invaincus pendant 10 matchs contre le rival entre 1985 et 1987. En 1987, le Tricolor remporte le championnat pauliste face au Corinthians après une victoire 2-1 à l’aller et un match nul 0-0 au retour. Entre 1981 et 1990, 36 matchs sont disputés entre São Paulo et le Corinthians, dont 28 matchs pour le championnat pauliste et 8 matchs pour le championnat brésilien. Les stades utilisés à cette période étaient le Pacaembu et le Morumbi. Dans ce laps de temps, São Paulo remporte 9 matchs, le Corinthians 12 et il y a eu 15 matchs nuls.
Le plus grand Majestoso de l’histoire
Mais c’est en 1990 que s’est probablement déroulé le plus grand Majestoso de l’histoire. Les deux équipes ont disputé le titre du championnat brésilien de cette année-là et le Corinthians a finalement remporté son premier titre national tant attendu avec deux victoires contre son rival, dirigé alors par Telê Santana et Raí : 1-0 à l’aller (but de Wilson Mano) et 1-0 au retour (but de Tupãzinho). Les deux matchs se sont déroulés au Morumbi, dont le match retour devant plus de 100 000 personnes.
L’âge d’or de São Paulo
Mais, dans les classiques, il y a toujours des retournements de situation. En 1991, São Paulo démarre la plus belle période de son histoire avec le titre du championnat pauliste remporté contre son rival de manière catégorique : une victoire 3 à 0 lors du match aller de la finale avec trois buts de Raí, une véritable bête noire pour les Corintianos en ce début de décennie. Entre avril 1991 et mai 1993, São Paulo reste invaincu huit matchs consécutifs face à son rival, avec six victoires (dont cinq consécutives) et deux matchs nuls. De plus, lors de ces huit matchs, le Corinthians ne parvient pas à marquer un seul but ! C’étaient les heures de gloire de l’équipe tricolore, qui n’avait comme rival que le Palmeiras de Parmalat.
Le São Paulo de Telê Santana.
En 1993, le Corinthians réussit à renverser une fois de plus le clássico et démarre une série d’invincibilité de sept matchs, avec notamment une victoire 4-1 en 1994, grâce à deux buts de Marques, un de Marcelinho et un de Souza. La réponse tricolore arrive lors de la Copa Conmebol, également disputée en 1994, en éliminant le Corinthians aux tirs au but après une victoire 4-3 à l’aller, une défaite 3-2 au retour et une qualification après une séance de tirs au but remportée 5 à 4. A noter que ces rencontres étaient les premières entre les deux équipes dans le cadre d’une compétition internationale officielle.
Deux ans plus tard, en 1996, le Timão inflige une manita (5-0) à son rival – avec trois buts d’Edmundo – lors d’un match du Paulistão. En 1997, une autre rencontre décisive est disputée entre les deux équipes dans le cadre du Paulistão et le match nul 1-1 donne le titre au Corinthians, un exploit observé par l’empereur japonais Akihito, qui était au Morumbi le jour du match.
Corinthians 5 x 0 SPFC (1996)
Le retour de Raí
La réponse tricolore ne s’est pas faite attendre et est arrivée lors de la finale du Paulistão de 1998, en même temps que le retour du milieu de terrain Raí à São Paulo. L’éternel numéro 10 est arrivé dans un « brasier », car le Tricolor devait gagner à tout prix s’il voulait remporter le trophée. Et Raí a montré qu’il était toujours aussi létal face au rival. L’ancien parisien a ouvert le score de la tête pour l’équipe de Morumbi, et a participé à la victoire 3-1 (les autres buts ont été marqués par le buteur França), qui a donné à l’équipe un autre titre régional, le premier depuis 1992, avant que Raí ne quitte São Paulo pour le Paris Saint Germain.
En 1999, le Corinthians élimine son rival en demi-finale du Paulistão et en demi-finale du championnat brésilien, grâce à un Dida des gros soirs qui réalise l’un des meilleurs matchs de sa carrière en arrêtant deux penaltys de Raí, assurant la victoire de Corinthians par 3-2 au terme d’un match épique. Entre 1991 et 2000, malgré la domination du début de la décennie, les deux équipes s’égalent avec 14 victoires chacune et 16 matchs nuls.
Un nouveau millénaire équilibré
Le début du XXIe siècle commence de manière irrésistible pour le Corinthians. En 2002, le club élimine son rival en demi-finales de la Coupe du Brésil (remportée par le club alvinegro) et, quelques jours plus tard, il remporte le Tournoi Rio-SP contre le Tricolor. En 2003, le Timão remporte deux nouvelles victoires et un autre titre régional contre São Paulo, augmentant encore le bilan des victoires alvinegras lors de confrontations décisives. Ce n’est qu’à partir du Brasileirão de 2003 que São Paulo équilibre quelque peu les rencontres avec une série de 14 matchs sans défaite – neuf victoires et cinq matchs nuls – dont une victoire 5-1 en 2005, au Pacaembu, qui entraîne le licenciement de l’entraîneur Daniel Passarella. Ce n’est qu’en 2007 que le Corinthians met fin à la série noire en gagnant 1 à 0, dans le cadre du Brasileirão. Cependant, le club est relégué, tandis que São Paulo est sacré champion brésilien.
Rogério Ceni, le gardien buteur
En 2011, Rogério Ceni devient le premier gardien de but à atteindre la barre des 100 buts, et ce, lors d’un match spécial : contre le rival Corinthians. Rogério inscrit un superbe coup franc lors de la victoire 2-1 dans le championnat régional de cette année-là. En plus de marquer son 100e but contre le club alvinegro, Ceni le fait devant ses supporters, qui ont pu vivre cet instant historique et inoubliable. Deux ans plus tard, il est devenu le joueur avec le plus de matchs disputé pour un seul club, dépassant Pelé, à Santos. Ces exploits ont valu au joueur une place dans le Livre Guinness des records.
Toujours en 2011, lors du Brasileirão, le Corinthians reçoit São Paulo à l’Arena Corinthians et égale sa plus large victoire face à son rival sur le score de 5-0, record qui datait de 1996.
Le Corinthians dominateur dans les matchs décisifs
En 2013, six Majestosos sont disputés dans l’année, dont une confrontation en finale de la Recopa Sudamericana. Le Timão a alors confirmé son statut de dominateur lors des rencontres décisives en battant le Tricolor lors des deux matchs et a remporté le trophée pour la toute première fois de son histoire. En 2014, après plus d’un an sans remporter aucun classique, São Paulo triomphe de nouveau contre le Corinthians au Pacaembu, avec une victoire 3-2. L’année suivante, en 2015, le Majestoso a lieu pour la première fois en Copa Libertadores. C’était lors de la phase de groupes et chaque équipe a remporté son match à domicile (2-0 à Itaquera et 2-0 au Morumbi). La victoire du Tricolor a eu une saveur spéciale car elle mettait fin à une série de 26 matchs sans défaite du Corinthians cette année-là et à une longue période de huit ans sans victoire contre son rival au Morumbi.
Le Corinthians remporte la Recopa 2013 face à São Paulo/
En novembre 2015, alors qu’il est déjà champion brésilien, le Corinthians affronte São Paulo à l’Arena Corinthians, et après une prestation magnifique, s’impose 6-1, la plus large victoire du clássico, égalant le 6-1 en faveur du Tricolor face à l’Alvinegro de 1933. En plus de la victoire, l’équipe entraînée par Tite a soulevé ce jour-là le trophée du Brasileirão, dans une fête inoubliable pour les supporters qui ont rempli l’Arena, avec plus de 45 000 personnes. Entre 2011 et 2020, le Corinthians a dominé le classique avec 18 victoires, 14 matchs nuls et seulement 10 victoires pour São Paulo. Autre fait marquant, le Timão est longtemps resté invincible face aux Tricolor dans son stade depuis son inauguration en 2014. Ce n’est que le 30 janvier 2024, dans le cadre Paulistão, que São Paulo a réussi à briser le tabou en battant l’Alvinegro 2-1, avec des buts de Calleri et Luiz Gustavo.
Avec plus de 90 ans d’histoire, de matchs captivants, de supporters passionnés et de grandes stars de part et d’autres, le Majestoso porte bien son nom et reste l’un des duels les plus électrisants du football brésilien. Cette rivalité est l’une des plus féroces et des plus anciennes du Brésil, et chaque match entre Corinthians et São Paulo est une bataille pour la suprématie dans la ville et dans l’État de São Paulo. Que ce soit au stade ou à la maison, les supporters des deux équipes attendent avec impatience chaque confrontation, sachant que la victoire contre leur rival est non seulement une victoire sur le terrain, mais aussi une victoire pour dicter quel est le plus grand club de la ville.
Quelques chiffres sur le Majestoso
Quand tout a commencé : le 25 mai 1930, lors de la victoire de Corinthians sur São Paulo par 2 à 1, lors d’un match du championnat pauliste de cette année-là.
Meilleur buteur : Teleco (Corinthians) – 24 buts
Qui a le plus gagné : Corinthians – 133 victoires (jusqu’à janvier / 2024). São Paulo en a remporté 112. Il y a eu 115 matchs nuls.
Plus larges victoires : São Paulo 6-1 Corinthians, 10 septembre 1933
Corinthians 6-1 São Paulo, 22 novembre 2015
Corinthians 5-0 São Paulo, 10 mars 1996
Corinthians 5-0 São Paulo, 26 juin 2011
São Paulo 5-1 Corinthians, 1er janvier 1946
São Paulo 5-1 Corinthians, 8 mai 2005
Curiosités et chiffres marquants
São Paulo a déjà provoqué le licenciement de 13 entraîneurs du Corinthians après un Clasico, tandis que le Corinthians a engendré le limogeage de quatre entraîneurs de São Paulo.
L’ancien gardien de São Paulo Rogério Ceni est le joueur qui a disputé le plus grand nombre de derbys dans l’histoire avec 67 matchs joués.
Le Corinthians a été champion 11 fois dans des tournois où São Paulo a fini deuxième : 8 fois dans le championnat pauliste (1938, 1941, 1952, 1982, 1983, 1997, 2003 et 2019) ; une fois dans le championnat brésilien (1990), une fois dans le tournoi Rio-São Paulo (2002) et une fois en Recopa Sudamericana (2013). Le Corinthians a été couronné champion à l’issue d’un match décisif contre São Paulo à neuf reprises : lors des Paulistões de 1938, 1982, 1983, 1997, 2003 et 2019 ; lors du championnat brésilien de 1990 ; lors du tournoi Rio-São Paulo de 2002 et lors de la Recopa Sudamericana de 2013.
São Paulo a été champion 8 fois dans des compétitions où le Corinthians a terminé deuxième, tous dans le championnat pauliste (1931, 1943, 1945, 1946, 1987, 1991, 1998 et 2005). São Paulo a été couronné champion à l’issue d’un match décisif contre les Corinthians à cinq reprises : 1931, 1957, 1987, 1991 et 1998.
Les supporters du Corinthians surnomment leurs rivaux Bambis, un surnom créé par l’ancien milieu de terrain Vampeta. Les Tricolores, quant à eux, appellent leurs rivaux les Gambás.
La plus grande affluence de l’histoire du clássico est de 119 858 personnes, lors du match São Paulo – Corinthians (3-2), le 5 décembre 1982.
Le 25 juillet 2023, lors du match aller de la demi-finale de la Copa do Brasil, le Majestoso a enregistré la plus forte affluence payante de l’histoire de la Neo Química Arena, avec 46 517 personnes présentes au stade.