La guerre des Malouines est l’un des événements les plus douloureux de l’histoire argentine. 41 ans après son déclenchement, le 2 avril 1982, on vous propose de découvrir l’histoire de dix footballeurs ayant participé à la guerre des Malouines, dans un documentaire produit par le média argentin TyC Sports, La Clase 62 (en espagnol).
Avec les témoignages des protagonistes, le documentaire se concentre sur les garçons qui, après avoir terminé leur service militaire obligatoire en 1981, ont dû rejoindre les forces armées pour participer au conflit.
Juan Colombo (Estudiantes de La Plata), Héctor Cuceli (San Lorenzo), Omar De Felippe (Huracán, ex-entraîneur de Platense), Gustavo De Luca (River), Javier Dolard (Boca), Luis Escobedo (Los Andes), Sergio Pantano (Talleres de Remedios de Escalada), Claudio Petruzzi (Rosario Central), Héctor Rebasti (San Lorenzo) et Julio Vázquez (Centro Español), ont dû troquer leurs rêves de buts contre des fusils et une expérience aux blessures indélébiles.
Independiente traverse l’une des pires crises économiques de son histoire, qui s’est aggravée après que les tribunaux ont confirmé que le club devait payer plus de 2,3 millions de pesos à Gonzalo Verón. En cas de déboursement de cette somme, le club pourrait faire faillite, mais il existe une loi qui, il y a un peu plus de 20 ans, a bénéficié au Racing et qui pourrait maintenant être le salut de l’autre équipe d’Avellaneda.
La « Loi Racing » qui pourrait sauver Independiente de la banqueroute
La loi en question est la loi 25.284, également connue sous le nom de loi des entités sportives en difficulté économique. Elle a été adoptée au milieu de l’année 2000 et son principal objectif était que les associations civiles, comme tous les clubs de football argentins, ne puissent pas déposer le bilan afin de protéger les jeunes et les enfants qui y pratiquent des activités sportives.
Si un club se trouve dans cette situation, il ne sera pas déclaré en faillite comme le stipule la loi, mais il fera l’objet d’une intervention judiciaire et, par l’intermédiaire d’un syndicat, il régulera les revenus de l’institution, en ayant le pouvoir de décider comment et de quelle manière l’argent sera dépensé, toujours en partant du principe que son intention est de rembourser toutes les dettes contractées qui ont abouti à cette situation.
Si Independiente se retrouve dans cette situation, il évitera la faillite institutionnelle mais sera soumis à la décision des tribunaux, et il est donc très probable qu’il devra vendre certains de ses meilleurs joueurs pour commencer à rembourser les dettes, dont les valeurs seront déterminées par le même organisme de réglementation sans aucune participation du club.
En outre, le club ne pourra pas recruter de nouveaux joueurs lors des marchés des transferts durant lesquels il sera sous le contrôle du syndicat, ce qui fait qu’au-delà de l’aspect économique, l’avenir sportif de l’équipe d’Avellaneda pourrait être réellement compromis.
Treize balles de 9 mm lui ont ôté la vie. Un 11 février 2004, à 19h20, dans le quartier 12 de Octubre de Cali, Albeiro Usuriaga, plus connu sous le nom de Palomo, est assassiné par deux tueurs à gages qui, selon les dires du Bureau du procureur général de Colombie (Fiscalía General de la Nación) trois ans après sa mort, auraient été engagés par Jefferson Valdéz Marín, chef d’une bande de sicarios et ex-petit ami de la femme que le footballeur âgé de 37 ans fréquentait.
Palomo se trouvait alors dans un bar où l’on pouvait jouer à des jeux de hasard, situé à l’angle de la Calle 52 et de la Carrera 28F, où il avait l’habitude de passer du temps avec des amis et des voisins, en jouant aux dominos ou aux cartes. À ce moment-là, un jeune homme est descendu d’une moto et lui a tiré dessus à plusieurs reprises, provoquant sa mort immédiate. Sur le coup, la police avait établi un lien entre le meurtre du Palomo et la série de crimes commis dans ce quartier, qui avait commencé quelques jours plus tôt par l’assassinat de cinq hommes dans un taxi. Trois ans plus tard, on découvrira qu’il s’agissait en fait d’un meurtre commandité sur fond de jalousie.
Une vie faite de hauts et de bas
La gloire avec Independiente
Dix ans plus tôt, en mars 1994, le Colombien débarquait dans une équipe d’Independiente pleine de cracks, comme Daniel Garnero, Gustavo López, Sebastián Rambert et Luis Islas, ce qui ne l’a pas empêché de devenir une idole à son tour et de faire le bonheur des supporters.
En deux saisons sous les couleurs du Rojo, il a inscrit 20 buts en 63 matchs et remporté trois titres : le Torneo Clausura, la Supercopa et la Recopa, qui l’ont immortalisé dans l’histoire du club.
Le déclin, la cocaïne et la dépression
Cependant, la gloire et l’idolâtrie acquises en si peu de temps se sont rapidement estompés et sa carrière est entrée en déclin. En 1997, il est contrôlé positif à la cocaïne lors d’un contrôle antidopage, ce qui lui a valu une suspension de deux ans.
Pendant ce laps de temps, Palomo s’est réfugié en Colombie et, après une grave dépression due à l’impossibilité de jouer au football, il a fait son retour en Argentine en 1999 avec des cheveux courts et le maillot de General Paz Juniors pour participer à l’Argentino A, où il a également laissé sa marque. Il a également joué pour All Boys, Sportivo Luqueño (Paraguay) et enfin au Carabobo (Venezuela) où il a terminé sa carrière.
Comme d’autres grandes idoles, sa vie s’est achevée prématurément. Des milliers de supporters lui ont fait leurs adieux dans la Catedral de Colombia et l’ont accompagné jusqu’à son enterrement au cimetière métropolitain de Cali.
Le jour où la tombe de Palomo Usuriaga a permis à de nombreuses personnes de gagner à la loterie
En Colombie, chaque 11 février, les fans du Palomo profitent de l’occasion pour lui rendre hommage en pariant sur le numéro de sa tombe à la loterie. Toutefois, en 2019, ce pari a pris une tournure particulière après qu’un vendeur de loterie de Chontico Millonario ait fait une apparition à la télévision et évoqué ce sujet.
Ce n’était pas le 11 février, mais un 28 avril, mais cette piqûre de rappel a fait que le lendemain de son passage télévisé, de nombreuses personnes ont parié sur ce numéro. Et le soir, le verdict est tombé : 1800 personnes ont remporté le gros lot, par contre, ils ont dû se partager le prix de 525 000 dollars (environ 291 dollars chacun).
Des chats enterrés, de la sorcellerie, de l’exorcisme et beaucoup de superstition : dans les années 1970, les supporters du Racing Club ont été désemparés par une malédiction lancée par leurs rivaux, qui a transformé l’âge d’or du club en un cauchemar sans fin et qui est entré dans l’histoire d’Avellaneda.
Les superstitions ont toujours fait partie du football, notamment en Amérique latine, mais pouvez-vous imaginer une équipe organisant un exorcisme dans son propre stade ? Aujourd’hui, on vous raconte l’histoire du Racing et de la malédiction des sept chats.
Rivalité et sorcellerie : ce qui a poussé le Racing a organiser un exorcisme sur sa pelouse
Les années 60 ont été une décennie de bonheur pour les supporters du Racing qui ont vu le club devenir champion d’Argentine en 1961 et en 1966, remporter la Copa Libertadores en 1967 et devenir le premier club argentin à remporter la Coupe Intercontinentale cette même année. Tous ces succès ont bien sûr agacé les supporters de leur plus grand rival, Independiente, qui ont alors eu l’idée d’utiliser une stratégie pour le moins controversée pour mettre fin à cette période dorée du Racing. Ces derniers ont fait appel à la sorcellerie et ont jeté un sort directement dans le stade Presidente Perón, plus connu sous le nom de Cilindro de Avellaneda, l’antre du Racing.
Bien qu’il existe différentes versions de cette histoire, que vous avez peut être déjà lue ou vue sur YouTube, la plus connue que l’on veut vous raconter ici dit que dans les années 70, des supporters de l’Independiente ont utilisé les clés du jardinier pour s’introduire dans le stade du rival et enterrer 7 chats dans l’un des buts afin de causer le plus de malchance possible.
La décadence du Racing pendant l’âge d’or d’Independiente
Il n’a pas fallu longtemps aux supporters du Racing pour commencer à croire à cette malédiction des sept chats enterrés, car l’ère victorieuse des années 60 était terminée et le club entamait une décadence effrayante. Dans les années 70, alors que le Racing démarrait sa période de disette, Independiente commençait à dominer le football sud-américain, remportant la Libertadores quatre fois de suite, ainsi que la Coupe Intercontinentale de 1973 et trois championnats d’Argentine.
Une première fouille pour déterrer les chats
Alors qu’il voit son son plus grand rival tout gagner, La Academia commence à associer de plus en plus ses échecs à la sorcellerie des chats enterrés par les Diablos Rojos. C’est ainsi qu’en 1980, le nouveau directeur du club, Juan Carlos Lorenzo, tenta pour la première fois de mettre fin à cette prétendue malédiction et ordonna des fouilles sur le terrain pour tenter de déterrer les chats. Selon les rapports, les ossements de six chats ont été retrouvés, mais cela n’a pas suffi à mettre fin à la malédiction.
Trois ans plus tard, le Racing Club a connu la relégation et a passé deux saisons en deuxième division. Et même après son retour parmi l’élite, le club a continué à souffrir des mauvais résultats et de l’absence de titres.
Dans les années 1990, c’est au tour de l’entraîneur du club de tenter de mettre fin à la malédiction en ordonnant une nouvelle fouille pour déterrer les restes du dernier chat. La théorie voulait qu’il restait encore à déterrer ce septième chat. Une fois encore, les efforts n’ont pas porté leurs fruits.
La marche du Racing pour briser la sorcellerie
En 1998, alors que le Racing traversait de graves problèmes économiques et politiques, le président du club, Daniel Lalin, décida d’organiser une sorte d’exorcisme pour mettre fin à cette histoire. L’acte de foi, comme l’appelle le président, a été suivi par plus de 15 000 supporters du Racing. Il y a eu une marche, un prêtre, une messe sur le terrain et même de l’eau bénite.
Le jour où le Racing a cessé d’exister
Malheureusement pour les hinchas de la Academia, la foi n’a pas suffi à contrôler la crise interne du club et, quelques mois plus tard, la promotrice Liliana Ripoll a fait la fameuse annonce disant que le Racing n’existait plus, et a déclaré le club officiellement en faillite. Malgré le décret de faillite, les supporters n’ont pas abandonné le club et ont participé à un moment qui est entré dans l’histoire du football argentin. Le 7 mars 1999, le Racing devait jouer contre Talleres dans le cadre du championnat national et bien que le match ait été annulé, plus de 30 000 supporters se sont rendus au Cilindro de Avellaneda pour manifester leur amour pour le club.
07 mars : El dia del hincha de Racing
Le mouvement des supporters a eu un impact et les tribunaux ont annulé la décision, permettant au Racing de devenir une société et de présenter un plan de reconstruction pour surmonter ses dettes. Ce jour est devenu connu comme « El dia del hincha de Racing », le jour des supporters du Racing, et a marqué la renaissance du club. L’histoire de la malédiction des chats dura encore quelques années avant de prendre fin en 2001 lorsque le Racing, malgré une équipe discréditée au début du championnat, redevint champion d’Argentine après 35 ans et mit fin à sa période de disette une fois pour toutes.
Quiricocho -ou Kiricocho, personne ne sait vraiment comment l’écrire- a de nouveau fait parler de lui au-delà des frontières la semaine dernière lorsque le président de la Conmebol, Alejandro Domínguez, a raconté des anecdotes du Mondial avec son homologue de l’AFA, Claudio Chiqui Tapia. « Nous étions au premier match au Qatar, assis côte à côte, et en 27 ans je n’avais jamais entendu ce nom, mais à chaque attaque contre l’Argentine, ‘Kiricocho, Kiricocho, Kiricocho’. D’abord, j’ai pensé que Chiqui appelait quelqu’un, mais ensuite j’ai supposé que cela avait quelque chose à voir avec le mauvais œil contre l’équipe qui attaquait, mais Kiricocho n’est pas venu contre l’Arabie Saoudite. Au deuxième match, quand (Tapia) est arrivé au stade, je lui dis: ‘Kiricocho, s’il te plaît, viens aujourd’hui car nous allons avoir besoin de toi‘ », a révélé Domínguez, lors de la présentation du projet sud-américain pour la Coupe du Monde 2030.
Au final, Kiricocho l’a encore fait : à sa manière, il a aidé l’Argentine a remporter sa troisième étoile lors du Mondial Qatari 2022. Le mystérieux ambassadeur argentin de la superstition, mentionné par les joueurs sur les terrains de football, par les entraîneurs sur les bancs de touche, par les supporters dans les tribunes et par les dirigeants dans les loges, n’a plus de rien à gagner ni de tournois auxquels participer : il avait également été invoqué par des joueurs espagnols lors de la finale de la Coupe du Monde 2010, par des Italiens en finale de l’Euro 2021 et par des Mexicains lors de la finale des Jeux olympiques de 2012. Sa légende est également arrivée en Ligue des champions et notamment en Liga espagnole, où mentionner Kiricocho est aussi courant que donner le coup d’envoi après chaque but.
Que signifie Quiricocho ?
Originaire de l’Estudiantes de Carlos Bilardo au début des années 80 et exportée quelques années plus tard par les coutumes et les usages des joueurs argentins dispersés dans le monde, Quiricocho est une expression utilisée pour souhaiter la malchance à l’adversaire : elle immunise contre la poisse et provoque le malheur des autres. Mais on ne sait généralement pas grand-chose de Quiricocho, presque rien en fait. Il n’y a pas non plus de références dans le fantastique dictionnaire du football argentin que le journal Olé a publié à la fin des années 90 : de « Quipildor, Carlos, attaquant de Atlanta et Banfield en 1974 et 1975 », on passe à « Quirincich, Jorge, défenseur de Central Norte de Salta dans les Championnats Nationaux de 1976 et 77 ». Le chercher avec un « k » est également peine perdue : après « Kimberley, club de Mar del Plata qui a joué six Championnats Nationaux de Première division », vient « Kiska, Arturo, milieu de terrain de Quilmes en 1976 ».
Ce que l’on sait, c’est que le terme Kiricocho vient de l’époque de l’Estudiantes de Bilardo. Cependant, il est difficile de retracer son histoire personnelle car le technicien champion du monde au Mexique en 1986 n’en a parlé qu’une seule fois. Les superstitions s’accomplissent, elles ne se racontent pas : « Quiricocho était un garçon de La Plata qui était toujours avec nous, et comme cette année-là nous sommes devenus champions (en référence à 1982), nous l’avons adopté comme amulette. C’était un bon garçon, mais après je ne l’ai plus jamais revu. La dernière fois que j’ai entraîné Estudiantes (2003-04), j’ai demandé de ses nouvelles et personne ne savait rien. Mais même si tu ne le crois pas, quand je suis allé en Espagne pour entraîner Séville (entre 1992 et 1993), il y a eu un penalty pour les adversaires et j’ai entendu quelqu’un derrière moi crier : ‘Quiricocho, Quiricocho’. Je n’en croyais pas mes oreilles, jusqu’à ce que El Cholo (Diego Simeone) et Diego (Maradona) me disent qu’ils l’avaient dit quelques fois et que les autres l’avaient appris« .
L’histoire de Juan Carlos Revagliatti, alias Quiricocho
Pour trouver des pistes sur l’homme qui a inspiré des milliers de cris cabalistiques, il faut se rendre du côté de El Mondongo, quartier de La Plata d’où vient également René Favaloro. Comme le célèbre chirurgien cardiaque, qui était supporter de Gimnasia, El Mondongo est un quartier de La Plata plutôt lié à la partie bleue et blanche de la ville. En effet, son nom est lié au surnom d’origine de Gimnasia, le « Tripero », également issu des abattoirs de Berisso, dont les travailleurs revenaient au quartier avec des mondongos (en français : des tripes), des abats et d’autres types de viande. Juan Carlos Revagliatti, le vrai nom de Quiricocho, était pour sa part un supporter d’Estudiantes par héritage de son père, surnommé Titi, « pincharrata » de naissance.
Quiricocho n’a pas eu une vie facile. Selon ceux qui l’ont connu, c’était un homme solitaire, qui n’avait ni partenaire ni enfants, avec une légère déficience cognitive, une condition qui en faisait de lui l’un de ces « alliés » que le football adopte souvent avec une réelle affection – et peut-être une certaine raillerie subtile, mais en fin de compte en lui attribuant une place d’appartenance. Il est né en 1949 et a vécu dès son enfance à quelques mètres de l’église San Pablo. Il a fréquenté la même école que Favaloro, qui porte aujourd’hui le nom du fils prodigue d’El Mondongo, où il a redoublé plusieurs fois jusqu’à ce qu’il termine enfin l’école primaire dans un établissement nocturne.
Déjà enfant, il était apprécié de tous et, conformément à la coutume d’une époque où les garçons se désignaient plus par leurs surnoms que par leurs noms, il avait également plusieurs pseudonymes. Si certains voisins se souviennent aujourd’hui encore qu’il s’appelait Carlos ou Carlos Rodolfo – même si son vrai nom était Juan Carlos -, et qu’ils ne sont même pas d’accord sur l’orthographe de son nom de famille – Revagliatti ou Rebagliatti -, ce qui est certain, c’est qu’ils l’appelaient « Carlitos », « Monito » et « Titi », mais que ses deux surnoms les plus courants étaient « Quiricocho » et son diminutif, « Quiri », dont les origines ou les significations ne sont cependant pas claires. La plupart de ses amis d’enfance, qui pourraient expliquer ce que signifiait le surnom qui deviendrait avec le temps synonyme de malchance dans le football, sont déjà morts.
Bookmaker de père en fils
Quiri, Quiricocho, Carlitos, Monito ou Titi avait l’habitude de fréquenter les clubs de quartier (souvent le Club Social, Cultural y Deportivo Instituto, parfois l’América) et les bars de la zone, également appelés « boliches », où se déroulait une grande partie de la vie sociale après le travail. Son préféré était le Sordo Varela, un lieu camouflé à l’intérieur duquel on diffusait les résultats des courses de chevaux et de « quiniela ». Précisément, les paris – pas les officiels mais les clandestins, les illégaux, bien que tout le quartier et la police soient au courant – ont donné lieu à sa relation avec le football et à l’insolite popularisation de son surnom.
Comme cela se produisait dans le reste du pays, lorsque quelqu’un avait un bon pressentiment – par exemple, si une célébrité décédait et qu’ils voulaient parier sur le 48, « le mort qui parle » dans la signification des chiffres de la loterie-, à El Mondongo, il y avait trois ou quatre personnes de confiance qui offraient un prix plus élevé que les gros lots des loteries nationales ou provinciales. Le père de Juan Carlos, Titi Revagliatti – d’où le surnom de Titi pour Quiricocho – était l’un des « capitalistes » les plus connus, comme on appelait ceux qui prenaient ces paris en dehors des agences officielles et les garantissaient avec leur propre argent. S’ils devinaient les numéros exacts, ils payaient 17 fois la mise. Son fils, Quiricocho, l’aidait à faire ce qu’on appelait alors « passer la quiniela » ou « prendre les numéros ». Autrement dit, Quiri rendait visite à ses clients, prenait leurs paris et les apportait à son père.
C’était illégal mais en pratique, la police laissait faire, sauf lors de quelques désaccords temporaires. Pendant l’un de ces intervalles, Quiricocho a été interpellé dans la rue et envoyé au poste de police de La Plata pour un week-end, mais il n’a jamais remis la preuve du délit : pendant les plus de 48 heures qu’il a passées en détention, il a caché le rouleau de papier avec les annotations du jeu dans son orifice anal. La police l’a fouillé mais n’a rien trouvé et a dû le relâcher : Quiricocho était comme ça. « Je l’ai gravé dans ma tête, maigre, un grand nez, des cheveux châtains tirant sur le blond, légèrement courbé, marchant rapidement, agitant les bras. Il marchait comme s’il se cachait, probablement parce qu’il était en faute« , se rappelle Alfredo, un voisin de cette époque.
Quiricocho était également footballeur et, dans sa jeunesse, il jouait avec ses amis, pour la plupart originaires de Gimnasia, sur les terrains de fortune du Bosque de la ville. Dans les années 1960, il était voisin de Bilardo et de Raúl Madero – tous deux médecins, joueurs de l’Estudiantes vainqueur de la Coupe intercontinentale de 1968 et plus tard membres du staff technique – qui avaient également vécu à El Mondongo. Mais son entrée dans le football professionnel date du début des années 1980, lorsque l’Estudiantes de Bilardo a commencé à s’entraîner occasionnellement, surtout les jours de pluie, au « Líder », un potrero du Bosque. En tant que supporter du Pincha, Quiricocho avait l’habitude d’y aller. Et tout comme il avait déjà ses clients éparpillés dans différents endroits du quartier et de la ville, un jour il a aussi commencé à prendre des paris au sein de l’équipe d’Estudiantes de 1982.
Une réputation de « mufa »
Mythe ou réalité, coïncidence ou plaisanterie, on a commencé à dire au club que, si on parie sur un numéro avec Quiricocho comme releveur, ce numéro ne sortirait pas. Puis cette rumeur a commencé à prendre de l’ampleur. Il est facile d’imaginer des phrases comme « Avec toi, on ne gagnera jamais« , l’une des façons dont l’équipe a fini par intégrer un jeune homme attachant, qui venait de passer le cap des 30 ans. Ainsi, Juan Carlos Revagliatti, bien que personne ne l’appelle par son prénom ou par son nom, a gagné une réputation de « mufa » (poissard). Ou « fierro », comme on disait à l’époque. Si quelqu’un devait tirer un penalty à l’entraînement, de loin on entendait crier « Quiricocho ! De même pour un coup franc ou un face-à-face. Jusqu’à ce que ce qui était une blague interne à l’équipe franchisse un jour cette barrière et que Bilardo et les joueurs la transforme en une arme orale sur les terrains de football : Quiricocho est entré dans la liste des cabales des entraîneurs superstitieux.
Une « mufa » que le superstitieux Bilardo a fait jouer en sa faveur
Sa présence à l’entraînement est devenue quotidienne, et non plus seulement en tant que bookmaker. L’entraîneur a assigné à Quiricocho deux rôles lors de chacun des matchs à domicile d’Estudiantes. Tout d’abord, il attendait l’arrivée des équipes adverses pour se faire passer pour un supporter et donner une tape d’encouragement à chaque joueur. Puis, il se rendait ensuite dans les tribunes des visiteurs pour transmettre son énergie supposée négative pendant les matchs. De temps en temps seulement, il avait du travail supplémentaire la semaine précédente et se rendait aux entraînements de l’adversaire pour commencer à répandre sa malchance.
Cette équipe d’Estudiantes était une grande équipe et a remporté le Metropolitano 1982 et le Nacional 1983, même si dans ce dernier tournoi l’entraîneur était déjà Eduardo Luján Manera (Bilardo venait de prendre en charge la sélection argentine après son récent succès). Entre les deux campagnes, ils n’ont perdu que deux matchs à La Plata, 1-2 contre Boca dans le Metro 1982 et 0-1 contre Vélez dans le Nacional 1983. Pour les plus superstitieux, Estudiantes doit donc deux titres à Quiricocho, qui était d’abord une personne puis est devenu un rite et un cri, que ce soit à Estudiantes, au sein de l’équipe nationale de Bilardo et finalement en Europe (et dans le reste du monde).
Quirocho, un terme repris à travers le monde
L’histoire ne s’est pas arrêtée là. Au début des années 1990, Maradona et Simeone, qui ont joué six matchs avec l’équipe nationale de Bilardo entre 1988 et 1990, ont apporté l’expression du « Narigón » à Séville. Quiricocho, qui avait alors disparu de la scène footballistique, a commencé à se faire un nom en Espagne. Il était déjà une célébrité sur les terrains argentins : les joueurs et les entraîneurs de n’importe quelle équipe criaient Quiricocho pour porter la poisse à leurs adversaires chaque fois qu’ils avaient une chance très concrète de marquer, surtout un penalty. Les supporters, toujours prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes, qu’ils soient irrationnels ou non, n’ont pas tardé à faire de même.
L’ex-gardien de but Rubén Cousillas, entraîneur adjoint de Manuel Pellegrini à Villarreal puis au Real Madrid, a également joué un rôle déterminant dans sa mondialisation, en criant ce nom étrange depuis le banc des remplaçants à chaque attaque adverse. Parmi les joueurs que le duo sud-américain a dirigé dans ce sous-marin jaune entre 2007 et 2009, il y avait le latéral Joan Capdevila, qui, lors du Mondial sud-africain de 2010, a fait appel à lui lors de la finale lorsque l’attaquant néerlandais Arjen Robben s’est retrouvé seul devant Iker Casillas. « En désespoir de cause, j’ai eu l’idée de crier « Quiricocho ». Cousillas n’arrêtait pas de dire ce mot et nous lui avons demandé ce que cela voulait dire. Il nous a dit ‘malchance pour l’adversaire’ et ça a marché pour moi« , a admis Capdevila.
Quiricocho a également été champion olympique : les joueurs mexicains ont raconté comment ils ont invoqué son nom lors de la finale contre le Brésil à Londres en 2012. Lors de la séance de tirs au but de la Coupe du monde 2014 contre les Pays-Bas, Enzo Pérez a admis avoir crié quelques kiricochos lorsque les Néerlandais ont tiré le penalty. Après avoir été vainqueur de la Coupe du monde 2018 en Russie, dans une vidéo d’un entraînement de l’équipe de France qu’Antoine Griezmann a mise en ligne sur ses réseaux sociaux, on peut entendre l’un de ses coéquipiers lui crier quiricocho pour lui porter la poisse alors qu’il s’apprêtait à tirer.
En février 2021, dans un reportage intitulé « La leyenda de Quiricocho« , l’émission « El día después » a démontré que l’amulette originale de Bilardo est toujours utilisée dans le championnat espagnol. L’absence du public en raison de la pandémie a fait que l’on a pu entendre les gardiens de but et les joueurs adverses hurler « quiricocho » quelques secondes avant que Lionel Messi et Luis Suárez ne tirent des penalties respectivement pour le FC Barcelone et l’Atlético de Madrid. Le Norvégien Erling Haaland, alors au Borussia Dortmund, a également crié « Quiricocho » en mars 2021 pour répondre au mot mystérieux crié par Bono, le gardien de but marocain de Séville et supporter de River, pour tenter de sauver un penalty en Ligue des champions. Et quelques mois plus tard, lors de la finale de l’Euro 2021, l’Italien Giorgio Chiellini a également dit « Kiricocho » avant que Gianluigi Donnarumma n’arrête un penalty de l’Anglais Bukayo Saka à Wembley.
– Journaliste allemand : “Qu'as-tu crié au gardien de Séville ?”
– Haaland: “Je ne sais pas. J'ai crié la même chose qu'il m'a crié, mais je ne sais pas ce que ça veut dire”.
Derrière ces cris existe une superstition venue d'Argentine. Suivez ce thread pour la découvrir. pic.twitter.com/ez3cRKrCNL
Ce qui est curieux, c’est qu’à ce moment-là, bien qu’en vérité depuis son passage à Estudiantes au début des années 80, on n’a plus jamais revu Quiricocho dans le monde du football. La tragédie a frappé sa famille avec la mort de son père, que plus d’une rumeur dans le quartier décrit comme un meurtre, prétendument pour une dette impayée. La nouvelle a même fait la première page des journaux locaux. Sa mère est également décédée et Quiricocho a continué, seul, à exercer son travail de bookmaker. Mais la dépression a commencé à le gagner chaque jour un peu plus. Peu avant la pandémie, en 2019, alors qu’il était âgé de 70 ans et qu’il n’avait pas répondu aux appels des quelques amis auxquels il parlait encore, il a été retrouvé sans vie à l’intérieur de sa maison, à l’endroit même où son père était mort. Il n’avait aucun lien avec le football depuis plusieurs décennies, un environnement dans lequel des millions de personnes l’ont mentionné sans savoir qui il était. Aujourd’hui encore, son nom continue à résonner dans les stades du monde entier, et nulle doute qu’il sera gravé à jamais.
Leopoldo Jacinto Luque fait partie des champions du monde de 1978, mais cette Coupe du monde n’a pas été facile à vivre pour lui. Le jour où la sélection argentine a affronté la France, il a perdu son frère et a joué le match sans le savoir. Ce mondial a été marqué par la dictature de Videla qui sévissait dans le pays, et qui l’a fait kidnapper un an plus tard. Il a d’ailleurs reconnu avoir craint pour sa vie. Découvrez l’autre facette de la vie de celui qui fut un grand buteur de l’Albiceleste.
Une Coupe du Monde entachée par le décès de son frère Oscar
Lepoldo Jacinto Luque est l’un des auteurs des pages dorées du football argentin, avec en point d’orgue, la Coupe du Monde remportée avec l’Albiceleste en 1978. Sauf que durant cette Coupe du Monde, Luque a perdu un membre de sa famille dans un accident de la route et l’a appris, par décision de la famille, seulement après avoir été décisif lors du match contre la France. Ce match était le deuxième de l’équipe argentine dans la compétition, après s’être imposé 1-0 dans le match d’ouverture contre la Hongrie.
L’Albiceleste a gagné 2-1 face aux Bleus grâce à un but sur penalty de Daniel Alberto Passarella et à un golazo de Luque, alors que Michel Platini avait égalisé pour la France. L’attaquant a joué ce match sans savoir que son frère était décédé dans un accident de voiture alors qu’il était en route pour aller au stade le voir jouer.
« Mon frère est allé à la gare pour acheter des billets pour venir me voir à Buenos Aires, mais il n’a pas réussi à en obtenir. Au lieu de rentrer chez lui, il a cherché une autre solution et a rencontré un ami qui allait à Buenos Aires. Il s’est joint à lui et à hauteur de San Isidro, il a percuté un camion dans un virage et mon frère est décédé« , a raconté Luque dans l’émission de télévision PH de Telefe au sujet de l’accident de son frère Oscar.
Les proches de Leopoldo ne voulaient pas qu’il se distrait du match, c’est pourquoi ils ont décidé de ne pas lui raconter la tragédie qui s’était produite avant une confrontation aussi importante que celle contre la France pour la Coupe du monde. « Mes parents et la femme de mon frère ont donné l’ordre de ne pas me prévenir. J’ai joué sans le savoir et je me suis cassé le coude, je ne l’ai pas fait pour me faire passer pour un héros. Le lendemain, j’ai remarqué qu’ils étaient bizarres, j’ai pensé qu’ils venaient me voir pour la blessure. Mais mon père m’a tout raconté… Je suis allé l’identifier en pleine Coupe du monde et je l’ai emmené à Santa Fe », a expliqué Luque.
Après avoir été déterminant face aux Bleus, le héros à la moustache a manqué la rencontre suivante contre l’Italie. « Nous étions en train de transporter le corps à Santa Fe lorsque mon père a allumé la radio. C’était juste au moment où les équipes entraient sur le terrain. Muñoz a dit qu’il allait y avoir une minute de silence et que les joueurs tenaient une banderole qui disait ‘Leopoldo, on t’attend' », raconte-t-il.
Au début, il n’avait pas l’intention de revenir dans le groupe, mais il a fini par le faire, après le match contre la Pologne. Il a fait son retour face au Brésil, a marqué deux buts lors de la large victoire contre le Pérou et a été excellent en finale contre les Pays-Bas, match qu’il a terminé avec le nez en sang après un choc avec un adversaire. À la fin du match, il a eu le privilège de soulever la coupe. « Pendant un moment, j’étais comme un zombie. Les gens chantaient, faisaient la fête et je pensais à mon frère », a-t-il déclaré.
« Le silence de mort » à cause de la dictature
Pendant la Coupe du Monde de 1978, qui se disputait en Argentine, le pays n’était pas en démocratie et Leopoldo Jacinto Luque se souvient d’une triste anecdote qu’il a vécue avec ses coéquipiers durant la compétition. « Le bus avait une radio Motorola et c’et de là que les policiers recevaient des ordres. Le jour du match d’ouverture, alors que nous allions au stade, on entend un bruit à la radio, puis une voix qui dit : Les garçons, je parle aux joueurs. Ne jouez pas, ne vous laissez pas utiliser par ces ordures, ils tuent des gens. Immédiatement, l’un de ces types a sauté et dit : ‘éteignez ça s’il vous plaît, ‘. Je me souviens qu’il y a eu un silence de mort« , a raconté Luque.
En 1979, Luque a été enlevé par les militaires du pays juste après un match de River, que n’avait d’ailleurs pas disputé l’attaquant par décision de l’entraîneur, Ángel Labruna. Après le match, Leopoldo a été agressé et séquestré par les forces armées des militaires : ils ont pris ses affaires et l’ont menacé de mort.
« Ça m’énerve quand on dit qu’on a été champions grâce à la dictature. Ils disent qu’on traînait avec les militaires alors qu’ils m’ont séquestré, volé et que je n’ai pas été tué par miracle. Je te le dis, quand j’ai commencé à marcher et à affronter le terrain vague, dans ma tête, j’attendais juste le bruit du coup de feu, le Puum! qui me tuerait« , a déclaré Leopoldo Luque. Il se souvient également que l’un d’entre eux avait « une plaque de police dans une main et un pistolet dans l’autre« .
Plus tard, l’ex-attaquant de la sélection argentine a pu récupérer ses affaires et a été convoqué à une identification pour reconnaître ceux qui l’avaient enlevé et a déclaré : « C’était un militaire. Mais je n’ai rien dit. Je ne sais pas, j’ai eu peur, j’ai pensé que ce serait pire« .
L’engagement de Luque envers les Mères de la place de Mai
En 1977, un groupe de femmes argentines dont les enfants ont « disparu » a commencé à se réunir sur la place de Mai (en espagnol : Plaza de Mayo) pour demander justice. Le gouvernement de Jorge Rafael Videla décida alors de mener une dure répression contre les mères et ces dernières ont supplié les joueurs de l’équipe argentine de leur venir en aide : « Vous êtes notre dernier espoir, s’il vous plaît, aidez-nous« . Cependant, l’aide n’est pas venue.
Trente ans plus tard, Luque a rencontré les Mères de la Place de Mai au stade Monumental, le lieu où le monde l’avait vu soulever la Coupe avec l’équipe nationale argentine. « Nous l’avons fait pour ces vieilles dames. Pour leur lutte, pour ce qu’elles ont enduré, parce qu’elles le méritent. Vous savez ce que c’est de perdre quelqu’un et de ne pas savoir où il est ? J’ai perdu un frère pendant le Mondial, mais je savais qu’il était mort, j’ai pu l’enterrer. Elles ne savaient pas où étaient leurs enfants. C’est pourquoi nous sommes allés à cet hommage« , a déclaré Luque pour la revue Líbero. »
Les éloges de Diego Maradona pour Leopoldo Luque
Leopoldo Luque a eu la chance de partager un terrain avec Diego Armando Maradona. En février 1977, l’Argentine a affronté la Hongrie lors d’un match amical durant lequel le prodige de Villa Fiorito a fait ses débuts avec le maillot albiceleste.
Luque a été appelé pour laisser sa place à Maradona, qui n’avait alors que 16 ans. L’ex-attaquant de River se souvient avoir quitté la pelouse avec beaucoup de colère, non pas à cause du changement, mais parce que César Luis Menotti ne l’avait pas laissé jouer avec El Pelusa.
Au fil des années, les deux hommes ont noué une grande amitié et Leopoldo se souvient des éloges que lui a prodigués le champion du monde en 1986 : « Nous avions une excellente amitié, lors de mon anniversaire, il m’a envoyé un message et m’a dit : ‘Leopoldo, tu as été le meilleur joueur que j’ai connu‘ ».
Entre les années 1920 et les années 1930, un seul clássico dominait la ville de Belo Horizonte, celui entre l’América et l’Atlético, tandis qu’un certain Palestra Itália cherchait encore à faire ses preuves. Mais dans les années 1940, le jeune Palestra Itália – qui deviendra plus tard Cruzeiro – a commencé à se battre assidûment pour les titres de l’État du Minas Gerais, alors que l’América était en profond déclin. De son côté, le Galo restait fort et a commencé à regarder d’un mauvais œil cette audacieuse équipe bleue. La mèche a été allumée dans les années 1960, lorsqu’un colosse de béton appelé Mineirão a été construit à Pampulha pour accueillir les principaux matchs de football de l’État et recevoir la masse croissante de supporters de l’Atlético et de Cruzeiro. À partir de ce moment-là, la rivalité était lancée. Atlético x Cruzeiro est devenu le plus grand clássico du football du Minas Gerais. Il a conquis le Brésil et est devenu l’un des duels les plus chauds et les plus disputés du football brésilien, et même mondial.
Cruzeiro – Atlético-MG : un duel centenaire
Des supporters fervents et passionnés qui aiment se provoquer, des grands joueurs qui ont contribué à bâtir les périodes dorées du football brésilien au cours de différentes décennies, des équipes inoubliables, qui ont tout gagné, et un stade construit dans l’intention d’accueillir ces clubs et leurs supporters. Tout cela et bien d’autres choses encore entourent le Clássico Mineiro entre l’Atlético et Cruzeiro, qui a fêté ses 100 ans en 2021. Avec ses histoires particulières, ses hégémonies et ses contrastes, le duel entre alvinegros et azuis s’est fondu dans l’histoire du football du Minas Gerais et est l’un des plus disputés et tendus du pays. Sa croissance a accompagné l’expansion démographique de la ville de Belo Horizonte et a polarisé l’attention de la capitale après le déclin des performances de l’América dans les années 40. Puis avec l’arrivée du Mineirão, le clássico a définitivement explosé et est devenu un événement unique qui déchaîne les passions et qui motive des milliers de petits garçons et de filles nés dans le Minas Gerais à devenir joueur et joueuses de football.
La naissance de la rivalité
Fondé en 1908,l’Atlético est le tout premier champion de l’histoire du Campeonato Mineiro, qui a débuté en 1915, trois ans après la fondation de l’América, qui remporta l’édition 1916. Le Coelho a ensuite réalisé une impressionnante série de 10 titres consécutifs, un fait unique dans l’histoire du football de Minas Gerais, et seulement égalé par l’ABC-RN parmi tous les tournois d’État du Brésil.
À la fin de cette série de dix championnats, une équipe fondée par des Italiens à Belo Horizonte en 1921, appelée Palestra Itália, a osé se battre pour le titre en 1922 (deuxième place) et en 1924 (deuxième place). Considéré à l’époque comme le plus grand club de Minas, l’América ne considérait que l’Atlético comme rival et les deux clubs jouaient le fameux « Clasico das Multidões », tandis que les Palestrinos cherchaient encore leur place.
Le 17 avril 1921, Palestra Itália, qui n’avait disputé jusqu’alors qu’un seul match officiel, a affronté l’Atlético pour la première fois en match amical et s’est imposé 3-0, dans un match arbitré par l’ex-président (et l’un des fondateurs) de l’Atlético, Aleixanor Alves Pereira.
Une goleada historique
Par la suite, les rencontres entre les deux clubs ont été équilibrés, du moins jusqu’au 27 novembre 1927, date de la victoire historique de l’Atlético sur le score de 9-2 contre le Palestra, la plus large victoire de l’histoire de la confrontation, fruit de l’attaque prolifique menée par Said, Jairo et Mário de Castro, le « Trio Maldito », directement responsables de huit buts – triplé de Said, triplé de Jairo et doublé de Mário de Castro. Getúlio a inscrit le neuvième but. Cette victoire a lancé l’Atlético vers un deuxième titre consécutif dans le championnat d’État.
Jairo, Said et Mário de Castro, l’attaque de l’Atlético qui s’est fait connaître sous le nom de Trio Maldito (Trio maudit) dans les années 1920.
La réponse de Palestra ne s’est pas fait attendre et en 1928, le club a gagné son premier titre régional, et a démarré une série de trois titres consécutifs (1928, 1929, et 1930) avec notamment une goleada 5-2 contre l’Atlético en novembre 1929.
Le début l’antagonisme
En 1931, le titre est revenu à l’Atlético, puis Villa Nova a remporté trois titres consécutifs. A la fin de la décennie, le Galo a remporté d’autres titres grâce notamment à Guará, le meilleur buteur de l’histoire du derby, qui a inscrit ses 26 buts durant cette période. Entre septembre 1937 et janvier 1939, le Galo a également réalisé sa plus longue série d’invincibilité face au Palestra : 10 matchs, avec 8 victoires (six consécutives) et deux nuls. Jusqu’alors, le duel était amical, avec peu de querelles et, comme ils étaient voisins, il leur est même arrivé de jouer sur le terrain de leur rival, au Barro Preto (Palestra Itália), ou au Lourdes (Atlético).
Le stade Prado Mineiro a été le premier à accueillir le clássico entre l’Atletico et Cruzeiro à Belo Horizonte.
Mais la tension est vraiment montée d’un cran en 1940, lors du troisième match décisif qui a défini le champion de cette année-là. Le match s’est terminé sur une victoire 2-0 du Palestra (buts d’Alcides et de Niginho, le meilleur buteur celeste de l’histoire du clássico avec 25 buts), a décrété le titre du Palestra (le dernier du club sous ce nom), a empêché un inédit troisième titre consécutif de l’Atlético et une bagarre a eu lieu pendant le match. Même l’arbitre venu de Rio de Janeiro (Mário Vianna) n’a pas réussi à calmer les esprits. Ce fait, ajouté au tricampeonato de Cruzeiro entre 1943 et 1945 et aux confrontations de plus en plus disputées entre les deux équipes, a définitivement forgé une rivalité qui n’a fait que s’amplifier dans les années qui ont suivi.
La bagarre lors du derby de 1940 a cimenté la rivalité une fois pour toutes.
De l’Independência au Mineirão
Les années 1950 ont commencé de manière très prometteuse pour le football mineiro. La Coupe du monde 1950 au Brésil a laissé un héritage : la construction du stade Independência, qui a élevé le niveau du football dans la ville, car avant cela, les trois grands clubs de la capitale avaient des stades petits et exigus. Le terrain à Horto (le quartier où se trouve le stade) devint le nouveau domicile des clubs mineiros, en particulier de l’Atlético, l’équipe à la mode à Belo Horizonte à l’époque car elle avait les meilleurs joueurs, le plus grand nombre de supporters de la ville et le nombre record de titres d’État – en 1950, le Galo avait remporté 14 titres mineiros contre 8 pour le Cruzeiro et 11 pour l’América.
Les Campeões do Gelo
Au cours de cette période, l’équipe connue sous le nom de Campeões do Gelo a brillé, allant jusqu’à figurer dans l’hymne du club, et a remporté un inédit triple sacre consécutif de champion d’État (l’équipe a finalement enchaîné cinq titres consécutifs entre 1952 et 1956) grâce à des joueurs de légendes comme Ubaldo, Lucas Miranda, Tomazinho, Nívio, Zé do Monte etc.
La rivalité entre le Cruzeiro et l’Atlético s’est accrue à partir des années 1940 – photo : archives Estado de Minas
Cruzeiro devient le plus grand rival de l’Atlético
C’est dans les années 1950 et grâce au stade Independência, ainsi qu’au développement industriel de Belo Horizonte, que les supporters du Cruzeiro ont dépassé ceux de l’América en nombre et fait définitivement du club le grand rival de l’Atlético. Avec l’arrivée de nombreux immigrants dans la capitale du Minas Gerais, le club celeste était un choix courant, principalement des Italiens ou de leurs descendants, sans compter ceux de l’intérieur de l’État qui se partageaient entre Atlético et Cruzeiro. L’expansion économique et sociale a contribué à l’augmentation exponentielle du nombre de supporters, les clubs aidant bien sûr, avec des titres et de grands joueurs portant le maillot des deux équipes.
L’inauguration du Mineirão
Il en fut ainsi jusqu’à l’inauguration, en septembre 1965, du stade Minas Gerais, qui sera populairement connu sous le nom de Mineirão, le stade le plus moderne du pays à l’époque et le deuxième plus grand stade couvert du monde. À l’intérieur, la structure des gradins, avec la grande arche faisait que le Mineirão ressemblait au Maracanã, mais c’est à l’extérieur que le « Gigante da Pampulha » se distinguait par sa hauteur et ses 88 portiques en béton armé disposés autour d’une ellipse. À l’intérieur, il y avait également une grande piste d’athlétisme autour du terrain.
Le Mineirão dans les années 70.
La fête de l’inauguration a commencé à 9 heures du matin, le 5 septembre 1965, avec sept coups canons. Les portes ont ouvert à 10 heures et plusieurs spectacles festifs – dont une fanfare de police et des parades – ont eu lieu avant le match inaugural entre la Sélection de Minas Gerais et River Plate. Pour la plus grande joie de tous, l’équipe locale a gagné 1-0, avec un but du jour de l’Atléticano Buglê. Parmi les invités, le président de la CBD, João Havelange, l’entraîneur du premier titre mondial brésilien, Vicente Feola, et Bellini, capitaine de la seleção lors du titre de 1958, ont fait le tour du stade et allumé le bûcher olympique. Un hélicoptère de l’armée de l’air a largué le ballon de match à basse altitude, suscitant l’admiration des spectateurs présents dans les tribunes.
La montée en puissance du football mineiro
Avec ce stade, le football mineiro a commencé à devenir une véritable puissance au Brésil. L’Atlético et Cruzeiro étaient, bien sûr, des clubs déjà remarquables, mais il est indéniable que le Mineirão a joué un rôle dans l’émancipation des deux clubs sur la scène nationale. Cruzeiro, avec des joueurs comme Dirceu Lopes, Piazza et Tostao, a remporté six championnats mineiros au cours de cette décennie, dont cinq consécutifs entre 1965 et 1969, ainsi que la Taça Brasil en 1966, avec une victoire retentissante 6-2 face au Santos de Pelé lors du match aller de la finale. Cruzeiro est également devenu le premier club du Minas Gerais à remporter une compétition nationale, au grand dam des Atléticanos.
Dirceu Lopes, Tostão et Pelé.
C’est également en 1966 qu’une loi a changé le nom du stade de Minas Gerais en Governador Magalhães Pinto, en allusion au gouverneur de l’État de l’époque. Le premier derby au Mineirão entre Cruzeiro et l’Atlético a eu lieu en octobre 1965. La Raposa l’a emporté 1-0, avec un but de Tostão, au terme d’un match lors duquel il y a eu une bagarre, qui s’est terminé avant la fin du temps réglementaire et qui a montré que les deux clubs se disputeraient le premier rôle dans le plus grand stade de Minas.
Entre 1966 et 1968, Cruzeiro a égalé la série de 10 matchs consécutif sans défaite de l’Atlético avec cinq victoires et cinq matchs nuls durant cette période. Avant cela, entre novembre 1964 et février 1966, la Raposa avait remporté sept victoires consécutives, un record dans le clássico à l’époque.
Une bagarre lors du premier classico disputé au Mineirão…
L’hégémonie de la Raposa
En 1969, les supporters de l’Atlético et de Cruzeiro ont établi le record historique d’affluence payante dans le stade : 123 351 personnes ont acheté leur place pour assister au clássico du 4 mai, remporté par la Raposa 1-0. Au cours de cette décennie, l’équipe celeste a été hégémonique dans ce qu’on appelle « l’ère Mineirão » et a remporté cinq titres d’État consécutifs.
L’Atlético premier champion du Brésil
En 1969, l’Atlético, avec le maillot de la Federação Mineira de Futebol, a remporté un match amical contre la Sélection du Brésil (qui allait remporté son troisième titre mondial au Mexique quelques mois plus tard) sur le score de 2-1 pour la plus grande fierté de ses supporters. Deux ans plus tard, en 1971, le Galo a gravé son nom dans l’histoire en remportant la première édition du championnat brésilien de football après de grands matchs joués au Mineirão.
Cruzeiro premier Mineiro champion de la Libertadores
Même avec le titre brésilien en poche, l’Atlético ne parvient pas à être hégémonique dans le Minas Gerais au début des années 1970 et voit Cruzeiro enchaîner un autre tetracampeonato (4x champion) entre 1972 et 1975, qui ne ne s’est pas transformer en penta à cause du Galo en 1976. Cette année-là, Cruzeiro est devenu le premier club du Minas Gerais à remporter la Copa Libertadores, en battant River Plate en finale, avec des cracks comme Raul, Piazza, Nelinho, Zé Carlos, Jairzinho, Joãozinho, etc.
L’équipe de Cruzeiro championne de la Libertadores en 1976.
La dynastie du Galo
Reinaldo, le roi du Mineirão.
La réponse de l’Atlético est arrivé en 1978, lorsqu’a débuté la dynastie du Galo (champion mineiro de 78 à 83) de Reinaldo, le meilleur buteur du clássico de l’ère Mineirão avec 16 buts. Le Roi est devenu le grand bourreau des Celestes et une véritable terreur pour l’équipe Cruzeirense, qui a été vice-championne à six reprises au cours de cet âge d’or pour le club alvinegro, qui a battu son rival 4-0 (deux buts d’Éder, un de Reinaldo et un autre de Renato) en 1983, lors de la campagne du hexa (six titres consécutifs).
⚽👑 Reinaldo marcou ao todo 1️⃣5️⃣ vezes contra nosso rival, é o maior goleador do Galo na era dos clássicos jogados no Mineirão. É assim que se faz!
En 1984, Cruzeiro prend enfin sa revanche en s’imposant 4-0 dans le premier match de la finale du Mineiro, avant de s’incliner 1-0 dans le second. Cruzeiro a ainsi remporté le titre, mais a surtout empêché les Alvinegros de remporter un septième titre d’affilée. Si on tient en compte du fait que l’Atlético a remporté les titres de 1985 et 1986, Cruzeiro a empêché une série de 9 titres consécutifs de ses rivaux. C’est dans les années 1980 que l’Atlético a atteint le plus grand record d’invincibilité dans le clássico : 13 matchs, entre 1985 et 1987, avec 5 victoires et 8 nuls.
Ronaldo sous les couleurs de Cruzeiro.
Pendant la majeure partie des années 1990, le derby a été dominé par Cruzeiro, qui a remporté cinq championnats d’État au cours de la décennie et s’est définitivement détaché de ses rivaux en remportant une multitude de trophées, dont la Copa do Brasil, la Libertadores et d’autres compétitions de la Conmebol. En 1994, un jeune joueur de 17 ans a fait terriblement mal au Galo : Ronaldo, qui portait le maillot bleu de Cruzeiro et a marqué les trois buts de la victoire 3-1 de cette année-là.
Ce n’est qu’à la fin de la décennie, en 1999, que l’Atletico est parvenu à remporter des victoires mémorables face à son rival lors du Campeonato Brasileiro, lorsque les deux équipes se sont rencontrées pour la deuxième fois dans une phase à élimination directe du tournoi (la première fois, c’était en 1986, avec deux matchs nuls – 0-0 et 1-1 – et la qualification du Galo). En quarts de finale, une équipe du Galo composée de Velloso, Belletti, Gallo, Robert et des infernaux Marques et Guilherme a anéanti son adversaire avec deux victoires : 4-2 et 3-2, toutes deux dans un Mineirão en ébullition avec près de 65 000 spectateurs lors de chaque rencontre.
La Tríplice Coroa de Cruzeiro et la relégation de l’Atlético en Série B
Les joueurs de Cruzeiro célèbrent la Tríplice Coroa.
Les années 2000 ont marqué un grand contraste entre les deux clubs. Alors que Cruzeiro continue de gagner et atteint son apogée en 2003, en remportant la Tríplice Coroa (triplé Championnat du Brésil, Coupe du Brésil et Championnat Mineiro) lors de l’année magique d’Alex et de l’entraîneur Vanderlei Luxemburgo, l’Atlético est confronté à de graves problèmes financiers et administratifs qui aboutissent à sa relégation en Série B du Brasileirão en 2005, trois ans seulement avant son centenaire. L’équipe a redressé la barre en 2006, avec le titre de la Segundona (deuxième division), a fait son retour parmi l’élite et a remporté le titre de Minas Gerais en 2007.
En 2007, Kerlon a réalisé la fameuse "foquinha" lors du clássico Mineiro, provoquant la colère des joueurs du Galo. pic.twitter.com/kuIHkE8XPZ
En 2009, cependant, Cruzeiro a de nouveau soulevé le trophée d’État en infligeant une goleada 5-0 au Galo. Entre 2007 et 2009, la Raposa a réalisé sa plus longue série d’invincibilité de l’histoire contre son rival : 12 matchs, avec 10 victoires (dont six consécutives et deux victoires 5-0) et deux nuls. Les supporters alvinegros ne supportaient plus de rester dans l’ombre de leur rival en termes de nombre de titres majeurs, de défaites concédées et aussi de voir le nombre de supporters de Cruzeiro augmenter chaque jour un peu plus.
Cruzeiro au top tandis que l’Atlético est au plus mal
La goutte d’eau a fait déborder le vase en 2011. L’Atlético a misé une fois de plus sur des joueurs renommés, qui se sont avérés être forts sur le papier mais faibles sur le terrain, comme Lima, Dudu Cearense et Mancini. Après avoir perdu le titre régional face à Cruzeiro et avoir échoué dans le championnat brésilien, le club a licencié l’entraîneur Dorival Junior et a fait venir Cuca, qui venait de l’ennemi juré et ne suscitait pas de grandes attentes chez les supporters en raison de sa réputation de « poissard ».
Le nouvel entraîneur était à deux doigts de donner sa démission lorsqu’il a enchaîné six défaites consécutives lors de sa première saison avec le Galo, mais les joueurs eux-mêmes ont fait en sorte que Cuca revienne sur sa décision et reste à la tête de l’équipe, qui a dû se battre une fois de plus pour éviter la relégation. L’union a fonctionné, l’équipe a remporté des victoires importantes et s’est maintenue grâce à une bonne campagne dans la seconde moitié de la compétition.
Cependant, la saison s’est terminée de la pire des façons, avec une défaite 6-1 contre Cruzeiro, qui luttait pour ne pas descendre et devait absolument gagner ce jour-là, à l’Arena do Jacaré, lors de la dernière journée du championnat brésilien. C’est la plus grosse goleada que Cruzeiro ait jamais infligée à l’Atlético dans toute l’histoire du classico.
Le plus grand clássico mineiro de l’histoire
La situation était difficile jusqu’à ce que, en 2013, le Galo de Ronaldinho, Jô et compagnie remporte une Copa Libertadores historique et mette fin une fois pour toutes à la période de disette de grands titres.
L’année suivante, l’équipe a remporté la Recopa Sudamericana et a atteint la finale de la Copa do Brasil. L’adversaire ? Cruzeiro ! En plus d’affronter son plus grand rival, l’Atlético avait une raison supplémentaire d’être motivé : la Raposa avait remporté le championnat d’État et le championnat brésilien cette année-là et était à la recherche de sa deuxième Triple Couronne.
La finale aller au Independência et le retour au Mineirão
C’était l’adversaire idéal pour que le Galo termine l’année avec un titre inédit dans le plus grand des clássicos mineiros. Après tout, c’était la première finale sur le plan national de l’histoire entre les deux équipes. Et, bien sûr, le duel avait plusieurs ingrédients pour chauffer encore plus la confrontation, comme le choix du terrain, qui a cessé d’être les deux matchs au Mineirão pour que lors de la finale aller, avec le Galo qui recevait, se joue au Independência. Les supporters savaient que dans le Horto, c’était une autre histoire. Là-bas, le Galo avait un taux de victoire de près de 80% à l’époque. Contre Cruzeiro, quatre victoires et trois nuls en sept matchs. Cruzeiro et l’Atlético connaissent très bien le Mineirão, mais personne ne connaît l’Horto aussi bien que l’Atlético…
Le 12 novembre, plus de 18 000 personnes ont transformé le stade Independência en véritable chaudron. L’Atlético a ouvert le score par l’intermédiaire de Luan à la huitième minute, et a creusé l’écart en début de seconde période, avec un but de Dátolo. Le Galo s’est imposé 2-0 et a pris un un bel avantage pour le match retour.
L’ambiance de folie au stade Independência.
Le 26 novembre, au Mineirão, l’Atlético a prouvé qu’il ne connaissait pas seulement le Mineirão mais que c’était également son salon de fête habituel. Cruzeiro s’est même présenté sur le terrain vêtu de blanc, comme le jour de la goleada infligée à son rival en 2011, mais cette superstition n’a rien donné.
La Raposa n’a pas bien joué, l’Atlético a été supérieur tout au long du match et a montré que la Coupe du Brésil 2014 avait un propriétaire. Diego Tardelli a marqué le seul but de la rencontre en fin de première période, qui a scellé une victoire 1-0 et le troisième titre du Galo en deux ans. Plus que cela, il a donné à l’équipe alvinegra la victoire dans le plus grand clássico mineiro de l’histoire et a confirmé son invincibilité contre le rival au cours de la saison, avec quatre victoires et trois nuls.
Cruzeiro relégué en Série B
Mais le pire allait encore arrivé… Cruzeiro a éliminé ses rivaux en quart de finale de la Coupe du Brésil 2019 et a étendu son avantage en nombre de titres d’État en finale directe contre l’Atlético – 14 contre 8 -, mais l’année a été marquée par la chute du club bleu en Série B du championnat brésilien pour la première fois de son histoire, ce que les supporters de l’Atlético ont célébré (et célèbrent encore) tout au long de l’année 2020. Pour aggraver la situation de Cruzeiro, le club n’est pas parvenu à retrouver l’élite que cette année, en 2023, et a dû fêter son centenaire en Série B. Une aubaine pour les supporters atleticanos qui ne manquent jamais l’occasion de leur rappeler.
Cruzeiro relégué – Estado de Minas
Les 100 ans du clássico et le Triplete Alvinegro
En 2021, le clássico a complété 100 ans d’histoire et, sur le terrain, la célébration a eu lieu quelques jours plus tôt, le 11 avril. Avant le match, en raison de la supposée différence de niveau entre l’Atlético et Cruzeiro, beaucoup pensaient que le club bleu serait vaincu. Une lettre de la Galoucura (groupe de supporters de l’Atlético) a même été envoyée aux joueurs à propos du match, disant que « c’est la guerre », que « le clássico ne se joue pas, il se gagne ». Mais un derby est un derby. Et sur le terrain, Cruzeiro a gagné 1-0, a fait taire les supporters alvinegros et a célébré la victoire dans le clássico du centenaire, prouvant que la lutte des géants de Minas a toujours un ingrédient spécial…
Néanmoins, à la fin de l’année, le Galo est parvenu à réaliser l’exploit dont Cruzeiro est si fier : la Tríplice Coroa, qu’ils ont appelé Triplete Alvinegro afin de faire différent de leur rival.
La mascotte de l’Atlético avec les trois trophées remporté par le Galo en 2021.
En 2022, Cruzeiro a remporté le titre de champion de la Série B à six journées de la fin, un record, et fera donc son retour en Série A pour l’édition 2023 du Brasileirão. Le géant est de retour !
Quelques chiffres sur le Clássico Mineiro
Quand tout a commencé : la première confrontation a eu lieu le 17 avril 1921, avec une victoire de Palestra Itália 3-0 contre l’Atlético.
Meilleur buteur : Guará (Atlético-MG) : 26 buts
Qui a le plus gagné : L’Atlético-MG est en tête avec 209 victoires, contre 171 pour Cruzeiro. Il y a eu 138 matchs nuls.
Plus largesvictoires : Atlético 9-2 Palestra Itália, 27 novembre 1927
Atlético 6-1 Palestra Itália, 21 juin 1936
Atlético 6-1 Cruzeiro, 27 mai 1942
Cruzeiro 6-1 Atlético, 4 décembre 2011
Cruzeiro 5-0 Atlético, 27 avril 2008
Cruzeiro 5-0 Atlético, 26 avril 2009
Curiosités et chiffres marquants :
L’Atlético devance ses rivaux au niveau du nombre de titres d’État : 46 contre 38 pour Cruzeiro ;
Dans les finales directes de l’Estadual, cependant, Cruzeiro a l’avantage : 14 titres contre huit pour l’Atlético, ainsi que le titre partagé de 1956 ;
Pour ce qui est des titres internationaux, Cruzeiro a l’avantage : 7 trophées (2 Libertadores, 2 Supercopas Libertadores, 1 Recopa Sudamericana, 1 Copa Master et 1 Copa Ouro) contre 4 pour l’Atlético (1 Libertadores, 1 Recopa Sudamericana et 2 Copas Conmebol) ;
En nombre de titres nationaux, les Cruzeirenses ont l’avantage : 11 titres (1 Taça Brasil, 3 Championnats du Brésil, 6 Copas do Brasil et 1 titre de champion de Série B), contre 7 en faveur de l’Atlético (2 Championnats du Brésil, 2 Copas do Brasil, 1 Copa dos Campeões do Brasil, 1 Copa dos Campeões Estaduais et 1 Brasileiro de Série B) ;
En plus de l’avantage général, l’Atletico a le dessus dans les rencontres du championnat brésilien : 26 victoires pour le Galo, 22 nuls et 22 victoires pour le Cruzeiro ;
Le Mineirão a été le seul stade du clássico entre 1965 et 1995, avec un match à l’Independência le 10 août 1995. Le Colosso da Pampulha a accueilli les rivaux pendant 30 ans sans interruption, un record dans l’histoire du derby !
L’Atlético et Cruzeiro ne sont pas d’accord sur le nombre de matchs disputés dans l’histoire de la confrontation, chacun ayant un décompte différent. Le plus utilisé est celui de l’Atlético, avec 518 matchs, tandis que Cruzeiro compte 500 matchs. En 2007, les clubs ont tenté de trouver un consensus, mais en vain ;
Et si on écoutait une petite musique qui représente ce que représente le Clássico Mineiro ? Skank – É Uma Partida De Futebol. Un véritable hymne du football.
Liverpool a remporté la Supercopa Uruguaya 2023 au stade Centenario grâce à une victoire retentissante 1-0 contre le favori Nacional. Malgré les absences, l’équipe negriazul a été héroïque et a surpris son adversaire pour remporter le trophée comme en 2020.
Liverpool bat Nacional 1-0 et s’offre la Supercopa
L’équipe de Jorge Bava a fait la différence grâce à un but de Gonzalo Napoli, qui a bien suivi pour se retrouver à la tombée d’un ballon relâché par le gardien Sergio Rochet après un coup franc puissant de Gastón Martirena. Ensuite, l’expulsion du milieu de terrain Lucas Lemos à la 36e minute de jeu, après une faute grossière sur Christian Almeida, les a conditionnés. Liverpool s’est alors retranché en défense, et a misé sur les contre-attaques. En seconde période, l’équipe est parvenu à résister grâce notamment à un Lentinelly infranchissable, et à Martirena qui était partout, et qui n’a pas été loin de faire le break lorsque son missile sur coup franc a touché la barre transversale du but gardé par Rochet.
Liverpool est resté fidèle à son football habituel, bien huilé, et les joueurs entrés en jeu ont donné un bol d’air à l’équipe en seconde période. Cette équipe a du cœur, et le fait de jouer en infériorité numérique et la pression mise par Nacional ont mis en valeur les efforts faits par des jeunes joueurs comme Matias Silva, le bastion du milieu de terrain.
Nacional s’est battu plus qu’il n’a joué et n’a toujours pas gagné cet été. Les tricolores ont souffert et malgré une prise d’initiative en seconde période, ils n’ont pas réussi à faire le jeu. Le milieu de terrain Camilo Cándido a été proche d’égaliser à deux reprises et un missile du défenseur Fabián Noguera a donné du fil à retordre à Lentinelly, mais les changements en attaque, avec Federico Martínez qui a disputé ses premières minutes, n’ont rien changé.
Au final, ce sont les supporters du club du Belvédère qui ont fait la fête, pour Liverpool qui a remporté la Supercoupe d’Uruguay pour la deuxième fois de son histoire.
Ce week-end, Palmeiras est venu à bout de Flamengo au terme d’un match spectaculaire pour s’offrir la Supercoupe du Brésil 2023. On revient sur ce qu’il s’est passé.
Supercoupe du Brésil : Palmeiras 4-3 Flamengo
On a assisté à un jogaço au Mané Garrincha ! La première finale de la saison du football brésilien a été à la hauteur de ce que l’on attendait d’une finale entre Palmeiras et Flamengo. Au total, sept buts ont été marqué, avec l’équipe locale qui a ouvert le score grâce à un penalty transformé par Gabigol, pour ouvrir les vannes dans un match qui était jusqu’alors tronqué. Toujours en première période, Raphael Veiga a égalisé et juste avant la pause, Gabriel Menino a marqué un superbe but de l’extérieur de la surface.
La seconde période a débuté tambours battants, avec Flamengo qui a mis la pression et a été chercher l’égalisation grâce à un nouveau but de Gabigol. Mais Palmeiras a repris l’avantage grâce à Raphael Veiga depuis le point de penalty. Un avantage de courte durée car Flamengo a une nouvelle fois égalisé, avec un golaço de Pedro qui a marqué sur une jolie talonnade. Finalement, Gabriel Menino a marqué le but de la victoire, sur une action polémique, car selon certains, celui-ci aurait dû être refusé car un joueur de Palmeiras en position de hors-jeu gênait la visibilité du gardien. On vous laisse juger.
Deux golaços dans une même finale
Sept buts ont été inscrits samedi après-midi, dont deux vraiment magnifiques. Les golaços – un pour chaque équipe – ont été marqués par Gabriel Menino (le but du 2-1) et Pedro (troisième but de Flamengo, pour l’égalisation). Regardez les vidéos.
🚀 Le golaço de Gabriel Menino lors de la finale de la Supercopa contre Flamengo pic.twitter.com/wkFKHflL29
Si les sept buts attirent l’attention, le nombre de cartons distribués pendant le match a également été élevé. En tout, Wilton Pereira Sampaio a dû avertir neuf protagonistes : cinq joueurs de Flamengo (dont Marinho, sur le banc) et un de Palmeiras. En plus d’eux, Abel Ferreira – qui a shooté un micro – et son assistant ont été expulsés durant la rencontre. Luís Miguel, assistant de Vítor Pereira, a également été averti en première période.
Un duel portugais
La Supercoupe de cette année entre Abel Ferreira et Vítor Pereira était la quatrième confrontation entre les deux entraîneurs portugais au Brésil. Et c’est l’entraîneur de Palmeiras qui s’en sort le mieux avec quatre victoires en autant de rencontres face à l’entraîneur de Flamengo, arrivé cette année après une saison passée au Corinthians.
« Hoje teve gol(s) do Gabigol »
Gabriel Barbosa a disputé sa 14ème finale avec Flamengo. En tout (certains matchs aller-retour ne comptent que pour une finale), l’attaquant a marqué 14 fois, dont deux fois samedi après-midi.
Carioca 2019: ❌
Libertadores 2019: ⚽⚽
Mundial 2019: ❌
Carioca 2020: ❌
Supercopa do Brasil 2020: ⚽
Recopa Sul-Americana 2020: ⚽
Supercopa do Brasil 2021: ⚽
Carioca 2021: ⚽⚽⚽
Libertadores 2021: ⚽
Supercopa do Brasil 2022: ⚽
Carioca 2022: ⚽
Libertadores 2022: ⚽
Copa do Brasil 2022: ❌
Supercopa do Brasil 2023: ⚽⚽
Palmeiras, le plus grand champion
Avec le titre de Supercopa de samedi après-midi, Palmeiras a augmenté son avance sur Flamengo en tant que plus grand vainqueur de titres nationaux. L’équipe paulista était déjà passée devant le rubro-negro lorsqu’elle a remporté le Brasileirão 2022. Ils comptent désormais deux titres de plus.
Il est difficile de se faire à l’idée que Vasco a fait ses adieux à Roberto Dinamite, car un joueur si grand qu’il est devenu synonyme du club qu’il a défendu avec tant de brio et de hargne, et un professionnel si charismatique qu’il inspirait respect et admiration même à ses adversaires, est éternel. Le club de São Januário était sa vie, symbolisée non seulement par son nombre record de matchs et de buts, mais aussi par son lien inextricable avec les supporters. Attaquant complet, géant du football brésilien, Roberto est décédé ce dimanche 8 janvier 2023 à l’âge de 68 ans, après une longue bataille contre un cancer de l’intestin.
Dinamite, le buteur explosif !
En 1971, un jeune joueur de 17 ans a montré que le mot « dynamite » pouvait être utilisé pour décrire l’action d’un être humain qui déclenche une lourde frappe. En novembre de cette année-là, il a dribblé quatre joueurs avant d’envoyer un pétard du pied droit qui n’a laissé aucune chance au gardien. Tout le monde était stupéfait. Le lendemain, le journal Jornal dos Sports immortalisait l’exploit avec un grand titre : “Garôto dinamite explodiu” (Le garçon dynamite a explosé). Il a explosé au Maracana et est devenu le plus gros explosif de Vasco dans l’histoire du championnat carioca. Le plus gros de l’histoire du championnat brésilien. Le plus gros de l’histoire du stade São Januário.
Il s’agissait d’un type d’explosif qui ne causait pas de dégâts matériels, mais qui faisait des ravages devant les buts. Il a marqué énormément de buts, et de toutes les sortes. Pendant plus de deux décennies, il a résonné dans les stades de tout le Brésil et même du monde entier. Carlos Roberto de Oliveira était de la dynamite à l’état pur. C’était Roberto Dinamite, le plus grand buteur de l’histoire de Vasco et l’un des attaquants les plus remarquables que le Brésil ait jamais connu. Avec des statistiques individuelles remarquables, il est une légende qui a toujours été dévoué à la croix de malte, sa bannière. On revient sur la carrière du « garôto-dinamite ».
L’enfance de Calu
Né à Duque de Caxias, dans la Baixada Fluminense, fils d’un fonctionnaire et d’une femme au foyer, Roberto grandit avec le football à sa porte. En effet, un terrain de foot se trouve juste devant sa maison. Il adore jouer au ballon, mais sa passion est presque interrompue par les problèmes de santé dont il souffre jusqu’à l’âge de 12 ans. D’apparence frêle, Roberto subit deux opérations aux jambes et pense même qu’il ne pourra plus jamais jouer au football.
« C’est un miracle. Un miracle parce que, quand j’avais sept ou huit ans, j’ai été pratiquement cloué au lit pendant trois mois, j’ai dû être opéré d’une tumeur à la cuisse et on m’a mis un plâtre sur toute la jambe gauche, la taille et l’autre jambe, et ce traditionnel manche à balai au milieu. Je suis resté trois mois au lit, assisté par ma mère, et j’étais très maigre. Un enfant qui jusqu’à l’âge de sept ans a eu beaucoup de problèmes. À sept ans j’avais un sérieux problème à la jambe gauche. À 12 ans j’avais un autre problème à la jambe gauche. Je crois que nous venons dans ce monde avec une mission, nous pouvons nous améliorer ou non, et je pense que j’ai été privilégié. »
Roberto Dinamite, dans une interview accordée à SporTV, le 12 avril 2014.
Après avoir été plâtré pendant des mois, sa mère lui interdit de jouer au football. Mais comme il connaît le coin de la fenêtre d’où l’on peut voir le terrain devant sa maison, il joue en cachette. Le temps passe et le plus jeune des trois frères réussit à obtenir une place à São Bento, un club de Duque de Caxias, où son père jouait comme gardien de but. Là, il commence à se faire remarquer par sa capacité à marquer des buts, mais aussi par son caractère très « individualiste ». Il ne pense qu’à marquer. Calu, comme il était surnommé à l’époque, gagne en puissance et ne ressemble en rien au garçon fragile des années antérieures. À l’âge de 13 ans, il fait déjà preuve d’une habileté remarquable sur les tirs de l’intérieur et de l’extérieur de la surface et d’une précision chirurgicale des deux pieds. Sur le terrain, il s’inspire de son idole Jairzinho, « l’ouragan de la Coupe du monde 1970 ».
Ses bonnes performances avec São Bento tapent dans l’œil de Francisco de Souza Ferreira, dit Gradim, recruteur de Vasco, qui fait en sorte que le jeune adolescent, alors âgé de 14 ans, rejoigne le centre de formation du Cruzmaltino. Après avoir passé les tests avec succès, il commence à prendre deux bus chaque jour pour aller et pour rentrer des entraînements. Tous ces efforts finissent par payer. Roberto gagne environ 15 kg de masse musculaire et, à l’âge de 16 ans, il est déjà le meilleur buteur des équipes de jeunes. Dès sa première année, il inscrit déjà 46 buts ! Grand et fort, Roberto est une pépite à polir. En 1971, il est appelé avec l’équipe première. À ce moment-là, il compte déjà des dizaines de buts à son actif et possède un ensemble de caractéristiques qui font de lui un buteur né : un bon jeu de tête, fort dans les duels, un bon positionnement, une bonne impulsion et des tirs précis et dévastateurs.
Calu devient le garoto-dinamite
Lors des séances d’entraînement, Roberto se fait de plus en plus remarquer et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’obtienne une chance de jouer avec l’équipe première. En 1971, lors d’un déplacement à Bahia, l’entraîneur Admildo Chirol fait entrer le jeune attaquant face au tricolor. Roberto avait alors déjà un surnom inventé par les journalistes Eliomário Valente et Aparício Pires, qui avaient suivi les premiers pas du jeune joueur avec l’équipe de jeunes de Vasco : garôto-dinamite (que l’on peut traduire par : le gamin dynamite). Ce surnom a été mis en avant un jour avant le match qui a suivi, contre l’Atlético-MG, avec le Jornal dos Sports qui a souligné : « Vasco titularise le gamin-dynamite ». Cependant, face à une telle pression, le jeune joueur n’a pas répondu aux attentes et a été remplacé lors de la défaite 2-1 de Vasco. Les véritables grands débuts de celui que l’on appelait le garôto-dinamite allaient avoir lieu le 25 novembre 1971, au Maracanã, contre l’Internacional.
Des débuts prometteurs
Roberto retrouve le banc des remplaçants pour le match contre l’Inter. Impatient, il a hâte d’entrer en jeu pour montrer sa véritable valeur. Les supporters de Vasco sont présents en masse au Maracanã. C’était l’occasion rêvée pour marquer son premier but. Et alors que Vasco menait déjà 1-0 en seconde période, le jeune joueur est appelé pour s’échauffer, puis il est entré en jeu. Sur son premier ballon, il élimine trois joueurs, dribble Pontes et déclenche une frappe qui ne laisse aucune chance au gardien Gainete : 2-0 pour Vasco. C’était le premier but de Dinamite avec l’équipe professionnelle. Les supporters étaient euphoriques, tout comme Roberto, qui ne savait pas comment le célébrer tellement il était heureux. Le lendemain, le Jornal dos Sports publiait ce gros titre :
Jurema Crispim, la femme de sa vie
Suite à cela, Roberto ne serait plus jamais Calu. Et il ne serait plus seulement Roberto. À partir de ce jour, il est devenu Roberto Dinamite. Malgré ce premier golaço, Dinamite continue à évoluer progressivement. Il continue à faire des heures de bus jusqu’au centre d’entraînement de Vasco pour mûrir et ne pas être ébloui par ce succès soudain. C’est à ce moment-là, plus précisément en 1972, dans un bus qui reliait Caxias à Praça Mauá, que Roberto a rencontré Jurema Crispim, 24 ans, de six ans son aîné.
Cette année-là, ils entament une histoire d’amour intense et une union qui se répercutera directement sur la vie footballistique de l’attaquant. Jurema sera la compagne, l’amie et même la « manager » de la star, faisant preuve de beaucoup de fermeté et de courage dans un environnement aussi hostile pour les femmes à l’époque. Le début de l’idylle est compliqué pour lui, car sa famille s’oppose à cette relation du fait que Jurema était veuve et avait un fils. Malgré tout, Dinamite a poursuivi la relation. Même les supporters de Vasco s’en mêlaient, mais il s’en fichait. Sur le terrain, il répondait avec des buts.
Meilleur buteur et champion du Brésil
En 1974, alors titulaire indiscutable, il marque 16 buts, est pour la première fois meilleur buteur du championnat du Brésil et joue un rôle clé dans le parcours du Cruzmaltino vers le titre national, le premier de l’histoire du club. En phase finale, Dinamite marque lors de la victoire 2-1 contre Santos (qui comptait encore Pelé dans ses rangs), et un autre lors du match nul 2-2 contre Internacional. Lors de la finale, contre Cruzeiro, il ne marque pas, mais joue un rôle important dans la victoire 2-1 qui a donné le titre à l’équipe carioca. C’était le premier titre de Roberto pour Vasco. Et la consécration d’une promesse devenue idole.
« C’était le début de tout, y compris de ma place de titulaire dans l’équipe. Gagner le Brasileirão en 1974 m’a donné la confiance dont j’avais besoin pour poursuivre ma carrière et arriver là où j’en suis aujourd’hui. Techniquement, Cruzeiro était meilleur, mais nous avons tout surmonté avec beaucoup de détermination et de discipline. Cela a également servi d’exemple pour toute ma carrière ».
Roberto Dinamite, dans une interview accordée au site NetVasco, août 2013.
L’homme des clássicos
Dinamite montre chaque jour une évolution remarquable. Il se positionne bien, tire des coups francs avec précision, ne perd quasiment aucun duel. Il est puissant et difficile à marquer. Lorsqu’il reçoit le ballon, il le protège à merveille et parvient toujours à trouver la voie du but. Comme si cela ne suffisait pas, il aime marquer des buts dans les clássicos, notamment contre Fluminense, qui commençait alors à bâtir sa légendaire Máquina Tricolor. Rien qu’entre décembre 1973 et août 1976, Roberto inscrit 9 buts en 15 matchs entre Vasco et le Tricolor. Aujourd’hui encore, il est le meilleur buteur de l’histoire du Clássico dos Gigantes avec 36 buts. Outre le Flu, il a également fait des dégâts contre Flamengo et Botafogo, contre qui il a inscrit respectivement 27 et 25 buts. Il est également le meilleur buteur de l’histoire de ces deux clássicos.
Une crise émotionnelle qui a failli virer au drame
En 1975, Dinamite vit un moment compliqué en dehors du terrain. Lors d’une journée d’entraînement à Vasco, son père s’est disputé avec le frère de Jurema et c’est uniquement parce qu’on l’a empêché qu’il ne l’a pas frappé. Dinamite souffre alors de cette situation. Gardant tout pour lui, il est rentré chez lui et a pris les pilules que Jurema avait laissées sur la table de chevet. Il en a pris une vingtaine pour essayer de dormir et de se déconnecter du monde, comme il l’a confié au magazine Placar en 1984.
« Je gardais pour moi cette angoisse (…) Et j’ai pris une forte dose de tranquillisant, mais je n’avais pas l’intention de me suicider, comme certains l’ont dit. Je voulais dormir pendant deux jours d’affilée pour me déconnecter du monde. »
Roberto Dinamite, lors d’une interview pour le magazine Placar, 21 septembre 1984.
Le problème est qu’une telle dose est exagérée et composée de Gardenal et de Librium. L’attaquant a été retrouvé inconscient par Jurema qui a immédiatement appelé un médecin de Vasco. Roberto est transporté à l’hôpital et reste aux soins intensifs pendant environ six heures pour des lavages d’estomac et l’administration de médicaments pour activer les fonctions cardiaques et respiratoires. Cinq jours plus tard, il quitte l’hôpital sain et sauf. À partir de ce jour, Jurema a essayé de gagner une fois pour toutes la sympathie de la famille de Roberto et de protéger l’être aimé de tout et de tous. Elle a « conquis » la mère et les frères de la star, à l’exception de son père, José Maia de Oliveira, qui était totalement opposé à ce mariage.
Cela provoqua un éloignement entre le père et le fils et fait que Roberto n’était pas « totalement heureux », comme le disait Jurema, car la figure paternelle lui manquait dans une période cruciale de sa carrière. Cette même année, Roberto a fêté son 21e anniversaire avec sa famille et plus de 100 amis, une fête très spéciale pour le jeune homme, qui a rétribué cela en marquant plus de 50 buts pour Vasco, dont 15 dans le Brasileiro, lors duquel il a terminé deuxième meilleur buteur derrière Flavio, de l’Inter, qui en a marqué 16.
Une première convocation avec la Seleção
Tous ces buts conduisent Roberto à la sélection brésilienne, pour laquelle il est convoqué pour la première fois en 1975, pour disputer la Copa América (le Brésil s’est incliné en demi-finale). L’année suivante, il reste dans le groupe, et est appelé pour disputer le tournoi de la Coupe du bicentenaire aux États-Unis, durant lequel il inscrit son premier but avec la Seleção, lors d’une victoire 1-0 contre l’Angleterre. Toujours dans la compétition, il marque un but magnifique lors de la victoire 4-1 face à l’Italie et permet au Brésil de remporter le titre.
Jouant à la même époque que des grands noms comme Zico, Rivellino, Toninho Cerezo, Zé Maria, Leão, Edinho et Rodrigues Neto, pour n’en citer que certains, Roberto et les supporters brésiliens étaient sûrs que le Brésil pouvait gagner la Coupe du monde 1978 en Argentine (en 1974, il n’a pas été convoqué).
Les espoirs placés en l’attaquant ont continué à grandir en 1976, non seulement pour les buts marqués avec la Canarinha (dont un doublé contre le Paraguay) mais aussi pour cette merveille réalisée contre Botafogo, en finale de la Taça Guanabara 1976 :
Ce but est considéré par beaucoup comme le plus beau de la carrière du joueur. Dinamite était de plus en plus létal. Il avait une moyenne de près de 0,7 but par match. Avant la Coupe du monde, Roberto a aidé Vasco à remporter le championnat carioca de 1977, en marquant le tir au but décisif contre Flamengo en finale. Lors de cette campagne, Roberto avait déjà inscrit deux buts lors de la victoire 3-0 lors de la première phase du championnat. En tout, il inscrit 25 buts et n’est devancé que par Zico, qui en a marqué 27. Après avoir fêté le titre, il fallait déjà tourner le regard vers le Mondial en Argentine.
La Coupe du monde 1978 en Argentine
À l’âge d’or du football brésilien, gagner une place de titulaire au sein de la Seleção n’est pas une mince affaire. La concurrence est rude et l’équipe de Claudio Coutinho doit choisir entre trois joueurs pour une même position : Reinaldo, Nunes et Roberto Dinamite. « Rien que ça. » Dans l’ordre de préférence de l’entraîneur, le Roi est en tête, suivi de Nunes et Dinamite complète le podium. Cependant, ce dernier a gravi un échelon lorsque Nunes s’est blessé et s’est retrouvé sur la touche, ce qui a permis à Dinamite d’être appelé pour disputer la Coupe du monde.
La première phase de poule
Le Brésil fait partie des favoris avec des grands noms comme Leão, Oscar, Rodrigues Neto, Cerezo, Gil, Zico, Dirceu et compagnie. Lors des deux premiers matchs, contre la Suède et l’Espagne, la Seleção fait match nul 1-1 et 0-0. Roberto ne dispute aucune minute et voit l’attaquant Reinaldo marquer lors du premier match, mais faire choux blanc face aux Espagnols. Face au besoin impératif de s’imposer lors du dernier match de groupe contre l’Autriche, Coutinho décide de titulariser Roberto. Et le numéro 20 de la Seleção de déçoit pas. Après une superbe passe de Gil dans la surface, Dinamite domine le ballon avec classe et fusille le gardien Koncilia : 1-0. Le Brésil est qualifié !
La deuxième phase
La deuxième phase se joue en deux groupes de quatre équipes, avec les premiers de chaque groupe qui gagnent une place pour la finale. Dinamite est titulaire face au Pérou et est déterminant dans la victoire brésilienne par 3-0. Il est d’abord victime d’une faute à l’entrée de la surface, qui a permis à Dirceu d’ouvrir le score. Puis, en seconde période, il se fait faucher dans la surface par Duarte, provoquant un penalty que Zico a transformé.
Lors du match suivant, le Brésil et l’Argentine se neutralisent sur un score nul et vierge. Et, lors du dernier match de cette phase finale, le Brésil l’emporte 3-1 contre la Pologne, grâce notamment à une performance de gala de Roberto, qui réalise un doublé grâce à son opportunisme habituel, en se retrouvant à la tombée de deux ballons qui ont touché le poteau. Dinamite était un véritable aimant à ballons !
Dinamite avec le maillot de la Seleção
A ce momebt-là, le Brésil est quasiment qualifié pour la finale, car seule une victoire avec plus de quatre buts d’écart de l’Argentine face au Pérou pouvait mettre fin au rêve du « tetra ». Sauf que l’Albiceleste a gagné sur le score incroyable de 6-0, s’est qualifié pour la finale et a fini par remporter le titre. Cela a été une énorme déception pour les Brésiliens, qui ont ensuite dû jouer la petite finale contre l’Italie (victoire 2-1) et se sont proclamés « champions moraux », en raison du fait que le Brésil a terminé la compétition invaincu et des soupçons de truquage lors de la rencontre entre le Pérou et l’Argentine.
Malgré tout cela, Roberto gagne des points lors de cette Coupe du monde. Il finit meilleur buteur de l’équipe aux côtés de Dirceu, avec trois buts, et gagne la place de Reinaldo. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’un club étranger vienne solliciter les services du joueur.
Un passage frustrant à Barcelone
En plus de disputer la première Coupe de sa carrière en 1978, Roberto est pour la première fois meilleur buteur du championnat carioca, avec 19 buts. Vasco ne remporte pas le trophée, mais la façon dont il mène les actions offensives de l’équipe est impressionnante. Numéro 10 et capitaine depuis 1975, l’attaquant est le leader de l’équipe et l’idole des supporters.
Cependant, à la fin de l’année 1979, la convoitise dont il fait l’objet ne laisse pas d’autre choix à Vasco que de vendre son joueur vedette. Barcelone voulait un attaquant pour remplacer l’Autrichien Hans Krankl, qui s’était brouillé avec l’entraîneur catalan de l’époque, Joaquín Rifé. Dinamite est ainsi recruté en échange de 56 millions de pesetas, une fortune à l’époque. Il part le cœur brisé. Il aime vraiment Vasco. Pour ses débuts, il réalise un doublé et enflamme les supporters catalans. Mais cela ne dure pas, car peu après sa signature, l’équipe engage l’entraîneur Helenio Herrera et l’attaquant brésilien finit par être mis de côté par l’Argentin.
« Herrera n’a jamais aimé les joueurs sud-américains parce qu’il a eu un très gros traumatisme avec le Santos de Pelé, à l’époque où il entraînait l’Inter Milan« , avait déclaré Roberto. Le climat est un autre facteur qui influence sa volonté de départ. Il est arrivé en début d’année, en plein hiver. Les jours nuageux et pluvieux contrastaient beaucoup avec la chaleur à laquelle il est habitué à Rio.
Après quatre mois, des rumeurs indiquent déjà que Dinamite pourrait retourner au Brésil. A la surprise générale, Flamengo évoque la possibilité d’aller chercher le joueur. Une conversation a même lieu entre le président du club rubro-negro et la direction catalane. Cela finit par arriver aux oreilles de Vasco, qui n’hésite pas un seul instant à faire revenir son attaquant. Du coup, avant même la fin du premier semestre, Roberto portait déjà à nouveau le maillot vascaino. Il a disputé son premier match après son retour sur la pelouse de Náutico, mais sa nostalgie n’a été comblée que devant les supporters. Il avait besoin de buts, de chaleur, du Maracanã.
Un retour triomphal
Manchete Esportiva : « Dinamite est revenu »
Le 4 mai 1980, plus de 100 000 personnes ont rempli les tribunes du Maracanã pour la rencontre entre Vasco et le Corinthians dans le cadre du championnat brésilien. C’était le retour « officiel » de Dinamite dans le temple du football, dans son club et dans la compétition dans laquelle il aimait le plus marquer des buts. Vous imaginez l’enthousiasme d’un attaquant qui ne marquait plus depuis des mois lorsqu’il a vu les tribunes bondées au Maraca.
Roberto réalise alors le meilleur match de sa carrière et détruit l’équipe paulista. Il marque un but tout en puissance, un deuxième sur un tir de l’extérieur de la surface, un troisième après une jolie passe en profondeur de Guina, un quatrième en se retrouvant à la retombée d’un ballon repoussé par le gardien et enfin un cinquième but, après une feinte de frappe avant de déclencher un missile qui termine dans la lucarne de Jairo. Roberto a réalisé un quintuplé ! Roberto Dinamite 5, Corinthians 2.
Ce jour-là, le Maracanã a vu la résurrection de l’un de ses plus grands buteurs.
« Il y a des joueurs qui marquent cinq buts dans un match, mais c’est contre Madureira, Campo Grande… J’ai marqué cinq buts contre le Corinthians, non ? Je venais de quitter Barcelone et j’étais devenu une interrogation. Qui est ce joueur qui est venu du Brésil en tant que buteur, idole et qui n’a pas réussi ? […] Le problème ce n’était pas moi ! »
Roberto Dinamite, dans une interview accordée à UOL Esporte, le 12 décembre 2017.
Une année record
Le retour de Dinamite à Vasco est tout simplement magique. En 1981, il signe la saison la plus prolifique de sa carrière, avec un nombre absurde de 62 buts inscrits dans l’année, dont 31 dans le championnat carioca (meilleur buteur) et 14 dans le Brasileirão. Cette année-là, il termine meilleur buteur du Brésil devant Zico, qui traversait une phase splendide avec sa super équipe de Flamengo.
Roberto Dinamite et Zico
Dans le championnat carioca, on assiste à un duel à distance entre Dinamite et le Galinho. Après les trois premiers tours, les deux équipes se retrouvent en finale et Vasco doit gagner trois matchs contre Flamengo pour être champion, vu que le rubro-negro avait gagné deux tours et les cruzmaltinos un seul. C’était un règlement absurde du passé sombre du football brésilien de l’époque. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Dans la première confrontation. Roberto Dinamite réalise un doublé et donne à Vasco sa première victoire : 2-0. Lors du second match, trois jours plus tard, sous une pluie torrentielle, alors que le score était de 0-0 à la 88e minute et que les supporters flamenguistas criaient déjà « on est champion ! », Roberto voit le ballon tomber dans une flaque d’eau dans la surface et déclenche une bombe qui explose dans le but flamenguista : 1-0. Vasco est toujours dans la course pour le titre ! Avant la rencontre, Zico avait déclaré que Flamengo perdrait « difficilement » deux clássicos d’affilée. C’est pourtant ce qu’il s’est passé ! Ce n’est que lors de la dernière confrontation que le Fla a fini par l’emporter 2-1. Et, grâce au règlement, ils ont remporté le titre. Mais ces victoires ont malgré tout marqué Roberto tout comme les supporters de Vasco.
La frustration de la Coupe du monde 1982
En 1982, Roberto est appelé pour disputer la Coupe du monde en Espagne, cette fois en remplacement de Careca, blessé. Tout comme en 1978, il n’est pas le favori du sélectionneur de l’époque, Telê Santana, qui titularise plutôt Serginho Chulapa. Bien qu’il était en grande forme, Roberto voit depuis le banc le Brésil se faire éliminer par l’Italie au terme d’un match mythique qui est resté connu sous le nom de « la Tragédie du Sarriá ». Roberto n’a pas disputé la moindre minute, même s’il était meilleur que Serginho à ce moment-là. Connaissant son flair devant les buts, et servi par Zico, Éder et Sócrates, il aurait pu faire de sérieux dégâts dans les défenses adverses.
« Ma plus grande frustration a été celle de 1982, de faire partie d’un groupe et de ne pas être utilisé, de ne pas avoir servi au sein d’une sélection dont tout le monde parle, qui était l’une des meilleures. Je suis parti frustré parce que je n’ai pas eu l’occasion de jouer ».
Roberto Dinamite, dans une interview accordée à SporTV News, le 12 avril 2014.
Cette Coupe du monde a été la dernière du joueur, mais il continuera à être convoqué avec la Seleção jusqu’en 1984. Au total, il a disputé 47 matchs et marqué 26 buts pour le Brésil, mais n’a remporté aucun trophée majeur.
En novembre 1982, la star a inscrit le 500e but de sa carrière lors d’un match nul 1-1 contre Volta Redonda dans le championnat carioca, que Vasco finira par remporter.
La perte de sa bien-aimé
Roberto Dinamite avec sa femme Jurema
En 1984, Roberto conduit Vasco à une autre finale du championnat brésilien, en terminant meilleur buteur de la compétition pour la deuxième fois de sa carrière, avec 16 buts inscrits. En finale, son équipe s’incline contre Fluminense de Washington et Assis, mais cette défaite n’était rien par rapport ce qu’il s’apprêtait à vivre. En effet, il a perdu la personne qui l’a accompagné pendant plus de 12 ans, qui a été son port d’attache, son agent, sa muse et la mère de ses deux enfants : Jurema. Elle est décédée d’une maladie rénale après avoir été sous hémodialyse pendant un an et demi depuis que ses reins ont cessé de fonctionner. Alors qu’ils recherchaient un donneur pour une greffe, Roberto a offert son rein, une centaine de supporters de Vasco ont offert les leurs, mais toutes les tentatives ont été vaines. Ce fut l’un des plus grands drames de la vie du joueur.
L’émergence de cracks
Dinamite fait en sorte de rapidement se remettre sur pied et de faire ce que sa cher Jurema aimait tant : qu’il joue au football et marque des buts. En 1985, il est à nouveau meilleur buteur du Carioca, cette fois avec 12 buts. Il parvient à préserver sa place de titulaire en attaque et voit émerger une nouvelle génération de cracks à São Januário. Parmi eux, un certain Romário… Et oui, les supporters de Vasco ont eu le plaisir et la joie de voir une paire d’attaquants formée par Roberto Dinamite et le baixinho lors du championnat carioca 1987.
Dinamite avec Romario, Geovani, Tita et Mauricinho
Avec cette nouvelle génération mélangée aux plus anciens, l’équipe inscrit un nombre incroyable de 61 buts en 31 matchs et ses attaquants monopolisent les premières places du classement des buteurs : Romário a marqué 16 buts, Roberto, 15, et Tita, 12. L’année suivante, l’équipe cruzmaltina brille à nouveau et remporte le championnat pour la deuxième année consécutive. Outre les conquêtes régionales, l’équipe s’illustre également dans des tournées internationales et remporte les tournois Ramón de Carranza en 1987, 1988 et 1989.
Un départ à la Portuguesa avant de raccrocher les crampons
En 1989, le désormais vétéran de 35 ans perd sa place à Vasco. Bebeto vient d’arriver de Flamengo et Bismarck cartonne. Il accepte alors l’invitation de la Portuguesa, dirigé par son vieil ami Antonio Lopes, pour disputer le championnat brésilien. Avec neuf buts inscrits, il aide la Lusa à aller chercher la septième place du classement, et atteint le cap des 190 buts marqués dans la compétition, un record aujourd’hui encore inégalé. Malgré ce record, son départ dans le football paulista lui coûte un titre de champion du Brésil, car Vasco a été champion cette année-là. Néanmoins, il peut se targuer du fait qu’aucun attaquant de cette équipe de Vasco n’a marqué plus de buts que lui durant le championnat. Bismarck en a marqué huit. Bebeto en a quant à lui inscrit six.
Le 21 octobre 1989, Roberto se rend à São Januário avec le maillot de la Lusa pour affronter son Vasco, et les supporters locaux ne manquent pas de rendre hommage à leur idole. C’est un match spécial pour lui. Durant la rencontre, lorsqu’il a bénéficié d’un coup franc, on a pu entendre le commentateur de Radio Globo, Washington Rodrigues, dire : « si Roberto marque, l’arbitre devra mettre sur la feuille de match que c’est un but contre son camp« . Au final, il n’a pas marqué. Sur une autre action, il s’est retrouvé en bonne position dans la surface, mais il est tombé tout seul. On aurait dit qu’il ne voulait pas marquer, et le match s’est terminé sur un score nul et vierge. Un résultat qui convenait à Roberto, qui n’a pas marqué contre son Vasco, mais qui n’a pas vu non plus son Vasco marquer contre sa nouvelle équipe.
L’année suivante, Roberto fait son retour à Vasco, il fait un bref passage à Campo Grande, une équipe de Rio, avant de définitivement raccrocher les crampons en 1993, peu avant son 39e anniversaire, lors d’un match amical au Maracanã contre l’équipe espagnole du Deportivo La Corogne, qui comptait à l’époque de grands joueurs comme Mauro Silva, Bebeto, Djukic et Fran. On a pu voir Zico, un ami de l’âge d’or du football brésilien, porter le maillot de Vasco pour rendre hommage à son ami. Le match s’est terminé sur une victoire 2-0 des Espagnols, mais peu importe. Tout le monde n’avait d’yeux que pour Dinamite, qui ce jour-là a dit au revoir aux supporters qui ont tant vibré avec lui, pendant deux décennies.
Une légende cruzmaltina
Roberto Dinamite lors de l’inauguration de sa statue à São Januário.
Après avoir raccroché les crampons, Roberto est devenu politicien et a cumulé plusieurs mandats en tant que député d’État. Après s’être brouillé avec Eurico Miranda, il s’est présenté à la présidence de Vasco et a remporté les élections en 2008. Cependant, Roberto n’a pas connu le même succès que lorsqu’il était joueur et a vu son équipe être reléguée à deux reprises en Série B du championnat brésilien en 2008 et 2013. Son seul succès a été la victoire en Coupe du Brésil en 2011. Des années plus tard, Dinamite a été honoré d’une statue à São Januário pour immortaliser encore davantage ses prouesses. Le 8 janvier 2023, Dinamite est décédé à l’âge de 68 ans, après avoir souffert pendant plus de deux ans d’un cancer de l’intestin.
L’image qui restera gravée de lui est celle d’une idole, d’un buteur, d’un joueur qui a disputé plus de 1000 matchs sous les mêmes couleurs et qui aura été le symbole de toute une génération. Dinamite a marqué plus de 700 buts dans sa carrière (le chiffre exact reste un mystère, car il n’y avait pas de comptage officiel), il fait partie des plus grands attaquants de l’histoire du football brésilien. Une véritable légende du football.
Son parcours professionnel en bref
Les clubs où il a joué
Vasco da Gama (1971-1980, 1980-1989, 1990 et 1992-1993),
Barcelone (1980),
Portuguesa (1989),
Campo Grande (1991).
Palmarès
1 Championnat du Brésil (1974),
5 Championnats Cariocas (1977, 1982, 1987, 1988 et 1992),
2 Trophée Ramón de Carranza (1987 et 1988).
Distinctions personnelles
Bola de Prata par la revue Placar : 1979, 1981 et 1984
Meilleur buteur du Championnat du Brésil : 1974 (16 buts) et 1984 (16 buts)
Meilleur buteur du Championnat Carioca : 1978 (19 buts), 1981 (31 buts) et 1985 (12 buts)
Meilleur buteur de la Copa América : 1983 (3 buts)
Meilleur buteur de Vasco lors de chaque saison entre 1973 et 1985
Meilleur buteur de l’histoire du Championnat du Brésil : 190 buts en 328 matchs
Meilleur buteur de l’histoire du Championnat Carioca : 284 buts
Meilleur buteur de l’histoire de Vasco da Gama : 702 buts en 1110 matchs
Meilleur buteur de l’histoire du stade São Januário : 184 buts
Joueur qui a le plus porté le maillot de Vasco da Gama dans l’histoire : 1110 matchs
Plus de chiffres
Roberto Dinamite a marqué 702 buts en 1110 matchs avec Vasco. Il en a inscrit 26 en 47 apparitions avec la Sélection du Brésil. Durant son court passage à Barcelone, il a marqué 3 buts en 10 matchs, et en a inscrit 9 en 17 matchs avec la Portuguesa. Au total, il aura marqué aux alentours de 740 buts dans sa carrière.